mercredi 11 mars 2026

Schweitzer nous parle

Albert Schweitzer et sa relation avec les femmes… Voici une source de fantasmes et de rumeurs.

Les femmes

 

Je vais les passer en revue. Je commence par une mignonnerie… Racontée par Albert Schweitzer lui-même : « À 5 ans, Louise la fille du boulanger m’a demandé d’inscrire quelques lignes dans son album ». Louise a voulu guider la main du petit Albert, mais il ne s’est pas laissé faire. Malgré son jeune âge, il s’est donné de la peine pour écrire : « N’oublie pas ton Albert Schweitzer ».

Je fais maintenant un bon dans le temps, jusqu’en 1913. Schweitzer a 38 ans… « À Lambaréné j’ai fondé un hôpital avec ma femme ». Il a rendu hommage à sa femme. C’est la réponse courte et percutante à ceux qui disent qu’il s’est occupé des malades du Gabon en délaissant son épouse. Et n’oublions jamais que les trois lettres figurant sur tout ce qui concernait l’hôpital de Lambaréné étaient ASB. Le B se rapportant à Bresslau le nom de famille de son épouse Hélène. C’est d’autant plus remarquable que nous sommes alors en 1913, encore très loin des revendications d’égalité des sexes de 1968.

J’ajoute autre chose : dans le musée de Gunsbach, un espace est consacré à Hélène Bresslau. Au-dessus de son portrait géant, il y a cette phrase prononcée par Albert Schweitzer : « Sans elle, aucun de mes projets n’aurait abouti ».

Passons maintenant à Rhéna, la fille d’Albert Schweitzer. Elle m’a raconté un jour : « Le soir on avait nos discussions, ça se terminait toujours en bonne entente ». Avant de devenir biologiste, cet enfant unique souhaitait être médecin. Albert Schweitzer a réfréné ce désir, mais pas d’ambiguïté, il ne voulait pas brider sa fille, il avait peur pour elle. Il redoutait que ce métier soit trop exigeant. Certains prétendent aussi que Schweitzer était misogyne. Mais c’est oublier cette phrase retentissante qu’il a prononcée : « Tout ce que je possède, je le dois à des femmes ».

Je souhaite aussi vous lire ce qu’il écrivait autour de 1910 lorsque la société Bach de Paris avait des difficultés à trouver des femmes pour composer son choeur. « Les principales difficultés seront levées le jour où l’émancipation féminine aura triomphé, en accordant aux jeunes femmes une plus grande liberté de mouvement ».

Et à la fin de sa vie, quelle reconnaissance pour les infirmières, cuisinières, secrétaires qui ont travaillé pour lui. « Puisse mon oeuvre encore bénéficier de l’aide des femmes ». Là encore, n’oublions pas que nous sommes au début des années 60. Schweitzer était avant-gardiste face au triptyque qui résumait alors la femme à trois fonctions : la reproduction, la dévotion et l’alimentation. Ou si vous préférez en allemand : Kinder, Kirche, Küche.

Francis Guthleben vient de publier Albert Schweitzer intime, aux éditions AISL. L’ouvrage regroupe 100 témoignages sur le prix Nobel de la Paix recueillis dans le monde entier.

Retrouvez l’ensemble des articles sur Albert Schweitzer : L’année Schweitzer

Chronique rédigée par Francis Guthleben

 

ARTICLES SIMILAIRES
- Publicité -

LES DERNIERS ARTICLES

- Publicité -