Que représente Sélestat dans votre parcours ?
Je suis né ici et c’est ce qui me définit à la base : je suis Sélestadien. Je ne compte pas quitter cette ville. Vers 14 ou 15 ans, il était évident que mon engagement politique aurait lieu ici.
Comment votre engagement politique est-il né, et quel rôle Marcel Bauer, l’ancien maire de Sélestat, a-t-il joué ?
L’actualité et l’histoire me passionnaient. J’avais connu Marcel Bauer en cinquième, en 2000 : il était mon professeur de mathématiques ! Plus tard, je lui ai demandé comment m’engager. Après mon bac en 2006, j’ai intégré Sciences Po Strasbourg et pris ma carte à l’UMP. Mes études, le militantisme et le lien avec Sélestat se sont mêlés. Il m’a ensuite donné mes premières responsabilités : conseiller municipal en 2014, puis adjoint aux finances en 2020. Ce mandat m’a appris à préparer un budget, à décider et à engager ma responsabilité. En 2021, il m’a encouragé à me présenter aux départementales. Je lui suis extrêmement reconnaissant : c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. Il a toujours été bienveillant avec mes contraintes entre les études, Paris et Sélestat.
Vous avez réalisé une année d’étude à l’étranger de 2008 à 2009, pourquoi avoir choisi Istanbul ?
Je voulais complètement changer d’univers et j’avais très peu voyagé. Istanbul m’attirait comme une ville à cheval entre deux mondes. L’université Galatasaray était francophone et Erasmus me permettait d’avoir une bourse. J’ai beaucoup aimé découvrir une autre culture, une autre civilisation. Je me suis pris de passion pour l’histoire de la Turquie et pour le Moyen-Orient.
Qu’avez-vous retenu de vos années de recherche ?
Après un mémoire sur la diplomatie turque au Moyen-Orient, mes professeurs m’ont encouragé à poursuivre. Ma thèse portait sur la politique française concernant l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La psychologie compte beaucoup dans la décision politique : en politique étrangère, les choix reposent sur peu de personnes. Je suis content d’avoir fait cette thèse, même si je n’ai pas poursuivi dans l’enseignement et la recherche. J’ai ensuite rejoint Bruno Le Maire au ministère des Finances en 2017.

Comment est né votre premier roman, La Golf blanche ?
Je ne pensais absolument pas publier un roman. J’aimais les livres, les bibliothèques et l’écriture. Paris a aussi joué : à Sciences Po, j’étais entouré de librairies et d’universitaires. Vers 2018, j’ai commencé à écrire ce qui me passait par la tête. Mon enfance compliquée revenait, alors j’ai approfondi cela.
Dans ce livre, vous évoquez les violences de votre père quand vous étiez enfant. Est-ce que cette enfance difficile a joué un rôle dans votre engagement politique ?
Elle m’a forgé en tant que personne. Qu’elle explique mon engagement politique, j’en suis moins certain. Je ne suis pas convaincu par l’idée que l’exposition publique servirait à combler des failles. Tout le monde en a.
« Pour moi, la vie est une succession d’événements et de bifurcations. Si Marcel Bauer n’avait pas été mon professeur de maths, aurais-je fait de la politique ? »
Peut-être pas. On aime tirer de grandes vérités générales après coup.
Vous êtes l’un des députés les plus assidus aux votes solennels, avec 99 % de participation depuis 2024, selon Datan. Pourquoi cette présence aussi régulière dans l’hémicycle ?
Un député expérimenté m’avait conseillé d’y aller beaucoup, même sans connaître le sujet, pour écouter et suivre. C’est chronophage, on siège beaucoup la nuit, mais les députés sont d’abord indemnisés pour siéger à l’Assemblée. Le travail en commission doit être fait, mais l’hémicycle reste fondamental : c’est là que les textes et les amendements sont discutés et votés. Être présent tout le temps est impossible, notamment avec les réunions qui se chevauchent. Mais je m’astreins à cette discipline depuis mon élection.
Comment trouvez-vous l’équilibre entre Paris et la circonscription ?
Sur une année, je dirais moitié-moitié, mais cela varie. À l’automne, avec le budget et la commission des finances, je suis davantage à Paris. Le calendrier est plus difficile à anticiper depuis la majorité relative. Ici, j’essaie de répondre aux sollicitations dans une circonscription assez vaste.

Quel moment vous a donné le sentiment d’être utile comme député ?
Le vote, en avril, du texte sur la sortie de l’Alsace du Grand Est, en première lecture. Le soir, en rentrant, j’ai dit à ma compagne : « Là, je sens que je sers à quelque chose comme député ». Cela a été un moment de grande satisfaction. Le texte doit être complété, il est imparfait, et le dossier doit maintenant aller au bout. Nous ferons tout pour.
Quel regard portez-vous sur la nouvelle équipe municipale de Sélestat ?
Pour moi, c’est un changement dans la continuité. L’équipe de Denis Digel réunit une partie de l’équipe sortante de Marcel Bauer. Il y a un saut générationnel, mais les habitants ont aussi voulu conserver une gestion dont ils étaient globalement satisfaits. Je connais une grande partie de cette équipe, pour avoir travaillé avec elle comme élu municipal. Ce sont des gens sérieux et je pense que cela va bien se passer.
Comment définiriez-vous vos convictions politiques aujourd’hui ?
«Je suis d’une droite républicaine, modérée, démocratique et pro-européenne. J’ai une aversion très forte pour les forces extrémistes, qui vient, je pense, de mon éducation.»
Le discours de Jacques Chirac en 2007 me marque davantage avec le temps. Au-delà de son image chaleureuse, il faut entendre ses avertissements. On n’est jamais définitivement immunisé contre les extrêmes.
Que vous inspire l’arrivée de Maxi Flash en Centre Alsace ?
Je suis attaché à la presse écrite et content qu’un nouveau titre s’installe ici. Écrire prend du temps, oblige à prendre du recul. Pour le lecteur aussi, il y a un effort : prendre quelques minutes, s’asseoir, lire, assimiler et analyser une information. C’est important pour l’équilibre social.
ses préférences
Un livre : La Maison vide, de Laurent Mauvignier. « Un chef-d’œuvre pour moi. »
Un film : Les enfants du Marais, publié en 1999
Un jeu vidéo : Medal of Honor, sur ordinateur.
Un plat : La bouchée à la reine.
Un sportif : Le cycliste Jan Ullrich, qui l’a marqué durant son enfance et son adolescence.
Un lieu : Sainte-Sophie, à Istanbul. « Un lieu qui est fascinant. »
Un discours : L’allocution de Jacques Chirac du 11 mars 2007 et ses avertissements contre les extrêmes.
repères
3 décembre 1988 : naissance à Sélestat.
2006 : bac au lycée Docteur-Koeberlé, entrée à Sciences Po Strasbourg et adhésion à l’UMP.
2008-2009 : année d’études à l’université Galatasaray, à Istanbul.
2014 : élu conseiller municipal de Sélestat.
2016 : docteur en science politique à Sciences Po Paris.
2017 (Jusqu’en 2021) : conseiller politique de Bruno Le Maire au ministère de l’Économie et des Finances.
2020 : publication de La Golf blanche aux éditions Gallimard et élu adjoint aux finances.
2021 : élu conseiller d’Alsace avec Catherine Greigert.
2022 et 2024 : élu, puis réélu député de la 5e circonscription du Bas-Rhin.


