Ce dessin contient la douceur de Noël telle que je l’ai ressentie dans mon enfance et telle que je la cherche aujourd’hui encore. Cette illustration de Hansi me dit ce que la fête devrait revêtir en simplicité. Il y a ce paysage enneigé traversé par un homme portant un sapin, accompagné d’enfants, précédés par une femme. Il fait nuit et ils vont vers la chaleur d’une maison éclairée dans laquelle ils feront entrer de la verdure. Le sapin, symbole de la vie qui renaît avec le printemps, rassurait il y a des siècles déjà, à l’approche du solstice d’hiver où les nuits longues faisaient craindre à ceux qui nous ont précédés que peutêtre la lumière ne reviendrait pas.
Le sapin reste pour moi l’élément merveilleux que chaque année je décore tel que je l’ai vu dans l’enfance, avec des oiseaux sur ressort pincés dans les branches, avec des boules de verre qui font rêver, avec des cheveux d’ange, des guirlandes et une pointe à l’allure princière piquée sur la cime.
La même magie opérait lorsque nous faisions germer du blé, trois semaines avant Noël, et que ses grains montés en herbe étaient posés près de la crèche. Nous aimions l’idée de nous rassembler au chaud dans une pièce, pour manger les Wihnàchtsbredle dont le parfum beurre-cannelle imprégnait les murs. Sans cette variété de petits gâteaux, il n’y aurait pas de vrai Noël. J’y ajoute la fragrance du vin chaud savouré au retour de la messe de minuit.
J’aime croire aux miracles inscrits dans la mémoire populaire qui disent que durant les 12 coups de minuit des villages anéantis par les Suédois durant la guerre de Trente Ans surgissent brièvement en miniature, que les étables et les ruches s’animent, que les rosiers fleurissent quelques secondes, car le monde animal et végétal ne doit pas être exclu de la mystique de Noël.
Il faudrait que cette fête chrétienne ouvre nos coeurs pour y laisser entrer la joie, la sérénité et le désir de paix. Avec la pleine conscience que le mot Noël, qui par ses racines latines signifie « jour de naissance », contient en alsacien une force qu’il ne faudrait jamais oublier : Wihnàchte signifie « nuit sacrée ».
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