L’amour
Une sacrée histoire pour Albert Schweitzer. Nous sommes le 6 août 1898. Albert Schweitzer rencontre Hélène Bresslau lors d’un mariage. Il a 23 ans. Elle en a 19. Il la complimente pour sa culture littéraire. Elle lui recommande la lecture d’une nouvelle russe.
Dans la foulée commence une correspondance. Ils s’écrivent plus qu’ils ne se parlent et qu’ils ne se rencontrent. En hyperactif qu’il est, Albert Schweitzer multiplie déjà les voyages, les études, les concerts. Mais il avait conscience des dangers de ce rythme.
Bien des années plus tard, il en tirera cette leçon : « Si nous sommes enfermés en nous-mêmes et dans notre travail, alors notre humanisme risque de ne pas se développer. » Il a appliqué son principe. Entre sa rencontre avec Hélène Bresslau et leur mariage quatorze ans plus tard, il lui a adressé des centaines de lettres. Parfois deux ou trois par semaine.
Dans le surmenage qui était le sien, qu’il soit midi ou minuit, qu’il se trouve dans un train, dans un hôtel, à Gunsbach ou ailleurs, il prenait le temps d’écrire à sa future épouse. Il a formulé sa conviction : « Quand quelqu’un ne pense pas seulement à ses intérêts, à son existence, mais pense à aider une autre existence, comme s’il y avait une liaison interne, alors c’est le début de l’amour. »
Pour illustrer ce propos, un rappel : dix ans avant son mariage, Albert Schweitzer et sa future épouse se retrouvent au bord du Rhin. Tous deux sont venus à vélo. C’était le 22 mars 1902. Ils s’avouent pudiquement leur admiration, leur étonnement de se trouver en compagnie d’un esprit semblable et, de plus en plus librement. C’est une déclaration et un serment d’amitié.
Mais Albert Schweitzer est un homme en questionnements, parfois même en proie à des tourments internes. Aujourd’hui on dirait qu’il a navigué entre spleen et déprime. L’histoire familiale faite de décès prématurés d’enfants ou de conjoints ne devait sans doute pas l’aider à voir dans le couple un chemin serein et paisible.
Mais jamais il ne renoncera à la notion universelle du mot amour. À savoir l’affection, la bienveillance et le respect pour toute chose dans l’existence. Voilà bien une des raisons pour laquelle Albert Schweitzer est résolument de notre temps et que nous avons encore tant besoin de ses pensées et de ses recommandations. Au quotidien.
Francis Guthleben vient de publier Albert Schweitzer intime, aux éditions AISL. L’ouvrage regroupe 100 témoignages sur le prix Nobel de la Paix recueillis dans le monde entier.
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Chronique rédigée par Francis Guthleben




