mercredi 21 janvier 2026
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Frédéric Boudineau : À livre ouvert

Il est le gardien des ouvrages de Colmar. Même si à l’origine la littérature n’est pas trop son « truc ». À Proust, il a longtemps préféré Tolkien. Pourtant, il a consacré toute sa carrière aux bibliothèques dans de grandes métropoles. Marié à une Alsacienne, il a pris la tête du réseau des bibliothèques de Colmar en juillet 2023. Depuis, il en assure la bonne marche. Son objectif ? Rendre ces lieux toujours plus accueillants pour le public, et organiser des événements comme le Festival du livre. Cet homme de l’ombre a accepté de revenir sur son parcours et sa vision dans Maxi Flash.

Quel est le rôle d’un directeur de réseau de bibliothèques ?

Frédéric Boudineau : Administrativement, mon poste se nomme chef de service lecture publique pour la ville de Colmar, mais ça fait un peu techno (rires). Alors directeur du réseau, ça me va.

Mon rôle est de coordonner, de planifier de nouveaux services, d’organiser la répartition des tâches et des effectifs. C’est une fonction assez administrative en fait, de management. Je ne vais pas m’occuper de ce qu’achète individuellement une bibliothèque, est-ce qu’on achète plus de romans d’un côté, plus de livres d’histoire de l’autre.

Mon rôle est d’harmoniser de manière que les bibliothèques ne travaillent pas chacune dans leur coin.

Pourtant, au départ, vous ne vous destiniez pas au monde des livres ?

C’est vrai. Je pensais que les bibliothèques étaient réservées à la culture classique, aux gens qui avaient fait du latin et du grec, très cliché (rires). J’ai fait des études d’histoire puis j’ai passé des concours administratifs, j’ai été attaché d’administration pendant deux ou trois ans.

Et c’est en préparant ces concours-là que j’ai fréquenté le plus assidûment ces endroits. Un jour, un bibliothécaire m’a dit : « Mais si vous préparez des concours, pensez à ceux des bibliothèques, c’est intéressant ». Je n’ai même pas son nom, mais il a beaucoup influencé mon destin et m’a convaincu de passer aussi des concours de bibliothèques.

J’ai d’abord été attaché d’administration pendant deux ans puis je suis parti à Lyon pour une formation de conservateur de bibliothèques. Vous savez, mon rapport au livre est très classique. Il y en avait toujours beaucoup à la maison. Mais je n’étais pas un grand lecteur. Je lisais essentiellement des romans d’héroïque-fantasy.

C’est Tolkien qui m’a fait découvrir ça quand je l’ai lu à 10 ans. C’était considéré comme de la souslittérature. La littérature classique, avant l’université, je détestais. Je trouvais ça très scolaire.

« Je pensais que les bibliothèques étaient réservées à la culture classique, aux gens qui avaient fait du latin et du grec, très cliché (rires). »

Finalement, votre carrière entière a été dans ce secteur.

Oui. J’aime l’organisation des services et faire en sorte que les bibliothèques soient des lieux les plus accueillants possible. On peut dire que j’ai eu une carrière assez riche, mais je ne suis pas tout jeune, j’ai 55 ans (rires).

J’ai essentiellement travaillé à Paris, notamment à la Bibliothèque publique d’information au sein du Centre Pompidou. J’ai aussi été directeur adjoint du réseau des bibliothèques de Lille. Entre 2010 et 2014, je me suis occupé d’une bibliothèque à Prague pour l’ambassade de France.

Cela, j’en suis très fier. Une expérience très enrichissante dans une ville magnifique. Un institut français à l’étranger doit promouvoir la culture française et francophone, ça m’a beaucoup préparé à ce que je fais ici car l’une des spécificités de Colmar, c’est quand même le Festival du livre.

En parlant de cet événement, quel bilan faites-vous de l’édition 2025 ?

Un très bon bilan. On est encore en train d’analyser un certain nombre de choses. On a une fréquentation stable à 30 000 personnes en deux jours.

Un invité phare qui était Douglas Kennedy, aux 8 millions de livres vendus en France, quand même. Les gens étaient contents, les auteurs étaient contents, les libraires étaient contents. C’est vraiment un festival populaire, familial.

De plus, les libraires étaient satisfaits du nombre de livres vendus, un mois avant Noël. Et puis il y a cette particularité colmarienne, qui réside dans le fait que ce sont les bibliothèques qui organisent en partie l’événement. Il n’y a pas beaucoup de responsables de réseau qui ont une telle manifestation dans leur périmètre d’activité. Surtout de cette taille, elle a sa place dans les 10 ou 15 premiers festivals. C’est absolument passionnant.

Le succès du Festival du livre montre que la littérature a encore quelques belles années à vivre. Peut-être qu’un jour, ce sera un objet du passé, mais pour l’instant ce n’est pas encore le cas, heureusement.

Pourtant, les Français lisent en effet de moins en moins. Vous trouvez que le livre est en désuétude ?

Sur une génération, oui, c’est sûr. Mais en réalité, il y a toujours eu des problèmes avec la lecture, qui m’ont touché moi-même, entre 12 ans et 22 ans.

« Le succès du Festival du livre montre que la littérature a encore quelques belles années à vivre. »

On a accusé la télévision, puis Internet, et maintenant les réseaux sociaux. C’est vrai que les chiffres sont préoccupants, je me fais un peu de soucis sur la lecture des jeunes, mais en 1999 – 2000, on parlait déjà de ça. Donc je resterais plutôt optimiste. Oui, le livre a du présent. De l’avenir, je ne sais pas, mais en tout cas il va résister plus longtemps que ce qu’on craignait.

À l’approche des élections municipales, la réserve électorale vous empêche de parler des projets à venir. Mais qu’avez-vous fait depuis votre arrivée ?

Ce dont je suis fier, c’est l’organisation interne. On a arrêté de faire des ponts.

Ça paraît très petit comme progression, mais c’est vrai qu’on avait un système qui faisait qu’on fermait avec un nombre considérable de ponts pendant l’année. Casser la fréquentation du public en étant fermé, il n’y a rien de plus triste !

Et l’autre chose dont je suis fier, c’est d’être bien intégré au sein du réseau et d’être apprécié par mes collègues. Vous savez, parmi tout ce que je voyais en Alsace, ce poste était vraiment le plus beau. Il me reste beaucoup de choses à faire ici. Ce poste, pour ma carrière, c’est un sommet.

Le chiffre

4

C’est le nombre d’établissements du réseau des bibliothèques de Colmar : Le pôle média-culture (PMC) Edmond Gerrer, la Bibliothèque des Dominicains, la Bibliothèque Europe et la Bibliothèque Bel’Flore.


 Ses préférences

  • Un film : La nuit du chasseur, de Charles Laughton
  • Un groupe : The Legendary Pink Dots, « Mon groupe fétiche, que personne ne connaît »
  • Un livre : Le Seigneur des Anneaux, de J.R.R. Tolkien
  • Un endroit hors d’Alsace : Prague
  • Un plat : Le foie gras

Repères

  • 1996 : Il commence à travailler dans la fonction publique
  • 1999 : Son entrée dans les bibliothèques
  • 2010 : Il prend son poste à Prague
  • 2023 : Son arrivée à Colmar
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