200 ANS DE PHOTOGRAPHIES, DE NIEPCE AUX PHOTOGRAPHES ALSACIENS.
À l’occasion du bicentenaire de la photographie, Maxi Flash vous propose une série consacrée aux photographes alsaciens.
Comment est née votre passion pour la photo ?
Tout d’abord, j’ai un oncle qui faisait de la photographie d’animaux. J’ai aussi grandi avec des parents qui m’ont emmenée voir beaucoup d’expositions. C’est une chance. Et puis un jour, j’ai fait un boulot d’été dans un journal. Il fallait illustrer les articles. Ça a été un déclic. J’ai également grandi dans la nature. Je pense que ça m’a donné une capacité d’émerveillement.
Comment décrivez-vous vos photos ?
Personnellement, je suis à mi-chemin entre le documentaire et la photo d’art. Il y a ce côté documentaire que j’adore parce qu’effectivement, la seconde après le cliché, il n’y aura plus rien. J’aime aussi le côté social de la photographie. J’ai besoin que les choses racontent une histoire. Un rocher, une main qui prend un bouquet de menthe sur un marché … Je suis attachée au détail qui, dans son contexte, raconte une émotion.
Avec la photo, je suis dans une pratique quotidienne. Je ne serai jamais rassasiée, c’est un besoin qui est là en permanence. La photographie, c’est une manière de voir la vie autrement, de retranscrire des émotions, de trouver de la beauté.
Vous êtes autodidacte, spécialisée dans la technique du collodion. Pourquoi celle-ci et pas une autre ?
C’est une bonne question. J’ai commencé la photo en argentique en 2000. Quand on est passé au numérique, je me suis aperçue que je passais énormément de temps derrière l’ordinateur à traiter les images. J’ai eu envie de revenir à des choses artisanales, avec cette idée de fabriquer à la main. Revenir à l’essentiel de la photographie, à quelque chose de très simple. Cela pousse à réfléchir à ce qu’on veut raconter et ça crée un lien entre le photographe et son modèle. C’est vraiment une pratique qui permet de faire une pause dans le temps, d’être dans une bulle.

Romain Villiers-Moriamé, son voisin. / ©AUDE BOISSAYE
À ce propos, qu’est-ce qui fait une bonne photo, selon vous ?
J’ai l’impression que c’est d’être là, dans l’instant. Je trouve qu’un bon portrait, par exemple, c’est quand l’autre fait tomber le masque, lâche prise. C’est un moment où tout s’aligne. Je capte l’intensité dans le regard, j’appuie sur un bouton, j’ouvre le bouchon pour laisser passer la lumière, et tout est là.
Qu’a apporté la photographie au monde ?
En voilà une grande question ! Je crois que ce qui me fascine le plus dans la photographie, c’est qu’elle permet au plus grand nombre de laisser une trace. Avant, seuls les plus riches pouvaient s’offrir les services d’un peintre pour avoir leur image en tableau qui traversait les siècles. La photographie a permis de créer un rituel où chacun peut venir dessiner la cartographie de son océan personnel. C’est comme si on dessinait quelque chose de soi sur une paroi. Il y a cela de mystère, d’infini.
Repères
- 1975 : Sa naissance à Mulhouse.
- 2002 : Pour Terre sauvage, elle réalise un reportage en Mauritanie.
- 2008 : Elle donne une exposition, tirée de sa traversée du Rhin, depuis la source jusqu’à l’embouchure.
- 2013 : Elle crée son studio Cui Cui et apprend le collodion.
- 2020 : Le studio déménage à Pantin.
- 2026 : Elle organise l’exposition Manufacture à l’Institut français d’Algérie à Oran.


