lundi 27 avril 2026
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Yolaine Wuest, la lumière des sentiments

L’émotion et la vie sont l’essence même de son travail, de ses peintures, oscillant entre ombre et lumière. Sa carrière a débuté tardivement, à 28 ans. Le succès, lui, a été fulgurant. L’art de Yolaine Wuest est de l’ordre de l’intime, une huile teintée de clair-obscur. Elle le pratique dans son atelier lumineux au vieux parquet craquant, non loin du centre de Colmar, en face de l’école maternelle où elle est allée enfant. Comme un retour aux sources. C’est aussi là qu’elle a travaillé sur un ouvrage monographique, Sillages, consacré à ses 10 dernières années de création. La préface est signée Laurence Tardieu. Ce livre sortira le 20 mai aux éditions Lelivredart. Pour l’occasion l’artiste plasticienne a accordé une interview exclusive à Maxi Flash.

Comment décrire vos œuvres ?

Comment l’expliquer ? J’ai toujours eu beaucoup de mal à parler de mon travail. Je crois que c’est assez pudique et intime. J’ai une écriture qui est radicalement le clair-obscur. L’univers et l’écriture du clair-obscur, c’est-à-dire une certaine monochromie dans mon travail est complètement assumée parce que c’est quelque chose qui me parle, m’émeut. Je ne trouve pas forcément joyeuses les toiles en couleur, par exemple. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, mon travail, c’est essentiellement un travail sur la lumière. Ma quête, c’est de proposer quelque chose qui m’anime, de le proposer au regard de l’autre. J’ai déjà eu des gens qui pleuraient devant mon travail et c’est extraordinaire. Je ne veux pas faire quelque chose qui ne soit pas habité. Il y a une volonté de transmettre des émotions, de témoigner, en toute humilité.

À quel moment l’art est-il arrivé dans votre vie ?

L’art m’a toujours habitée, mais je n’ai pas eu l’occasion de faire des études dans ce monde immédiatement après le bac. Quand mon fils a grandi, qu’il est devenu un peu plus autonome, j’ai dit : c’est maintenant ou jamais. J’en avais besoin.

Yolaine Wuest
Yolaine Wuest a exposé en Alsace comme à l’étranger. / ©DR

Vous avez alors intégré l’école d’arts plastiques de Colmar ?

Oui, en 1995. J’avais 28 ans. Avant, j’ai essayé des choses un peu classiques, comme la déco et les mises en scène dans les vitrines. J’ai pris des cours de peinture, de dessin, un peu de gravure aussi. Ensuite, j’ai travaillé pendant 10 ans avec un intervenant professionnel au sein d’un atelier collectif. J’avais besoin d’un regard professionnel. Toutefois, j’ai mis très longtemps à montrer mon travail. Il y avait une pudeur. Il fallait que mon propos soit mature. C’est un ami qui avait un lieu assez intéressant, une galerie à Mulhouse, qui connaissait mon travail, qui m’a poussé à le montrer.

Un jour, il est entré dans l’atelier, avec un journaliste qui m’a dit : « Vous ne pouvez plus garder ça pour vous ». Ils m’ont organisé une expo, ma première. Évidemment, acte manqué, je suis arrivée en retard au vernissage (rires). Mais, en toute modestie, ça a été un succès dingue. Ce qui m’a perturbée parce que mon but n’était pas de vendre. Quand ma première toile est partie, je vous assure, c’était comme un bébé. J’étais complètement bouleversée.

« Il y a des œuvres que je n’aime pas forcément, mais qui me touchent »

Cela ne vous a pas empêché d’enchaîner les expositions.

En effet, par la suite des professionnels parisiens de l’art qui ont vu mon travail m’ont accompagnée. Ils continuent de me suivre d’ailleurs. J’ai fait aussi de très belles rencontres professionnelles. Bien sûr, le travail a joué. Toutes ces rencontres s’appuient sur un vrai travail. Voilà, depuis cette première exposition, je continue de suivre mon chemin, gentiment. Je reçois toujours ça comme un cadeau merveilleux.

Avec le temps, vous avez testé plusieurs supports. Lequel préférez-vous ?

À la base, je travaille à l’acrylique, mais cette quête de la lumière dans mes ouvertures, je ne peux l’acquérir qu’avec un médium qui ne sèche pas vite. De plus, j’ai besoin de l’odeur. Donc je travaille à l’huile sur toile. Et au moment du confinement, le travail sur calque est devenu récurrent. Je suis arrivée dans mon atelier, après un gros Covid. Je n’arrivais plus à trouver ma lumière incisive. Je me suis dit : « Je suis une amoureuse de la vie, la lumière est toujours présente, mais différente ». Voilà comment travailler le calque m’est apparu comme une évidence, parce que ça permettait une lumière non plus incisive, mais diffuse. Sinon, je travaille le papier aussi, c’est la base.

Un livre
La couverture du nouveau livre de
Yolaine Wuest. / ©DR

Parlons d’un autre support : le livre. Vous vous apprêtez à en sortir un nouveau ?

Tout à fait. J’ai participé à La bible de l’art abstrait en 2012, puis j’ai publié Trame en 2013. Un jour, avec Myriam Lefrère, de la maison d’édition Lelivredart, on s’est dit qu’il serait intéressant de faire une monographie sur mes dix dernières années, vu qu’il y a eu la toile, le passage au calque et le retour au papier. C’est comme ça qu’est né le projet de ce nouveau livre, Sillages. Les textes sont de Ludovic Duhamel et Christian Noorbergen. Pour la préface, je voulais quelque chose de littéraire, de sensible. J’ai eu la chance extraordinaire que Laurence Tardieu, avec qui j’ai eu une relation épistolaire de nombreuses années, accepte de l’écrire. Elle a accepté avec un bonheur qui m’a bouleversée. La critique d’art Iléana Cornéa y signe aussi un texte analytique.

« J’ai déjà eu des gens qui pleuraient devant mon travail et c’est extraordinaire »

Et maintenant que ce livre retraçant dix années de création est terminé, que représente l’art pour vous ?

L’art, c’est l’émotion. Il me touche. Par exemple, je ne suis pas du tout attirée par l’art déco, on met un truc parce que c’est joli au-dessus du canapé. S’il n’y a pas d’émotion, quelle qu’elle soit, ça glisse. Il y a des œuvres que je n’aime pas forcément, mais qui me touchent. C’est exactement ça. L’art doit être vecteur d’une émotion. C’est pour cela aussi que mon inspiration, c’est la vie, sans conteste. Je l’ai déjà dit, mais je suis une amoureuse de la vie. J’aime les autres, les rencontres, prendre le temps, et transmettre.

L’info en plus

Dans le cadre du lancement du livre de Yolaine Wuest, une exposition signature sera organisée à la Galerie Murmure, à Colmar, du 21 au 23 mai.

 


 

Ses préférences

  • Un artiste : Pierre Soulages
  • Un film : La vie est un long fleuve tranquille, de Étienne Chatiliez
  • Un lieu hors d’Alsace : Grignan, dans la Drôme
  • Un plat : Des pene avec un filet d’huile d’olive, une tapenade et du parmesan
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