Qu’est-ce que cela vous fait de retrouver le fauteuil de maire ?
Ça fait plaisir de se rendre compte que les gens pour qui tu as travaillé pendant plus de 20 ans ne t’ont pas oublié. Ça met un peu de baume au cœur. Après, ça fait surtout beaucoup de boulot. J’étais retraité depuis neuf ans, j’avais pris l’habitude d’un rythme assez cool. Retraité, c’est un boulot extraordinaire (rires). Je ne me rappelais plus qu’il fallait jongler toutes les 3-4 minutes avec autre chose. C’est compliqué, surtout que mon choix, c’est d’être auprès des gens, accessible. Il me faut une demi-heure pour faire 50 mètres dans la rue. Je suis aussi un mec chiant, parce que je veux que tout soit cadré. Je suis écolo bien sûr, mais je suis aussi cartésien, un angle droit, c’est un angle droit. Quand on fait un truc, on le fait correctement.
Comment s’est déroulée la campagne ?
Je savais que j’allais gagner depuis le début. Si j’y suis allé, c’est pour gagner. L’équipe sortante n’a pas fait le boulot qu’il fallait. Elle était discréditée. Et les habitants de Kaysersberg m’ont connu pendant plus de 20 ans. J’ai envie de dire, une fois qu’on m’a connu, on en reprend (rires). À Sigolsheim, les gens me connaissent uniquement via les « on dit » qui ont donné une fausse image de moi. Ils vont comprendre très rapidement qui je suis et puis ils m’adopteront.
Justement, votre précédent mandat s’est terminé sur des frictions entre élus. Pensez-vous que ce sera plus simple de diriger la commune dix ans après ?
Les fractures ont été créées par quelqu’un de malfaisant qui rêvait de devenir maire de la Commune Nouvelle. Alors qu’au fond, un habitant de Sigolsheim, de Kientzheim et de Kaysersberg, c’est la même personne, il a deux pieds et un cerveau. Les gens rêvent de la même chose : vivre tranquillement, qu’on s’occupe de leur quotidien, de leur environnement, et qu’on permette à leurs enfants de vivre correctement. Donc je ne suis pas inquiet.

Que représente cette Commune Nouvelle pour vous ?
La Commune Nouvelle est partie d’une idée, c’est qu’il y avait deux villages, Kientzheim et Sigolsheim, où il n’y avait quasiment plus de ressources financières. Et Kaysersberg n’avait plus de moyens de construire, donc c’était un deal : nous, on a un peu d’argent et vous, vous avez du terrain. C’était un partage. Cette notion est ancrée en moi, je suis un ancien boy-scout, c’est normal que celui qui a, aide celui qui n’a pas. Je suis un mec qui a comme seule préoccupation que les gens vivent heureux. Mon choix est clair, c’est celui de l’entraide.
Alors quels sont vos grands projets pour le mandat à venir ?
On va faire de petites choses pour plus d’environnement, avec de petites placettes. Des choses qui rendent service aussi, comme des bancs. Ça paraît bête mais la personne qui a des difficultés à marcher, elle est contente d’en trouver. On va aussi aménager des petites gloriettes sur des chemins, refaire des sentiers. Autrement, mon seul grand projet, c’est réussir cette fusion et que les gens se sentent enfin habitants de Kaysersberg Vignoble. L’idée, c’est de créer une vraie communauté villageoise, de dire qu’on est fiers d’habiter là et de montrer qu’on va préparer l’avenir pour nos gosses. À ce sujet, il y a un truc que tout le monde sous-estime : le bouleversement climatique. Ça va nous tomber dessus et ça va faire mal.
D’ailleurs, Kaysersberg Vignoble est la seule commune « verte » du Haut-Rhin. Que pouvez-vous faire à votre échelle de maire ?
Je ne vais pas dire qu’elle est verte. Le maire est vert. Mais j’ai dans mon équipe des gens de droite, de gauche, qui ont envie de bosser pour le bien commun. Quant à ce que je peux faire, c’est mettre un maximum d’espaces verts. On va végétaliser les cours d’école et les parkings, planter des arbres, aller dans le sens de la résilience.

D’où vient votre engagement écologique ?
Tout a commencé en 1972. J’ai lu un bouquin de René Dumont, « L’utopie ou la mort ». Je vois encore la couverture du bouquin… Il disait : « Il faut choisir, soit on se tape le mur, soit on prend le virage ». Malheureusement, tout ce qu’a prédit cet agronome sur le réchauffement climatique s’est réalisé. J’avais 20 ans et ce bouquin m’a totalement bouleversé. Puis j’en ai lu d’autres, j’ai fait un peu d’humanitaire et j’ai fini par adhérer aux Verts (EELV). J’ai choisi la politique parce que l’associatif a ses limites. Tu demandes au maire pour mener une action et il te dit non. Une fois que tu es aux manettes, tu commandes, tu peux dire oui. En tant que maire, on n’a pas le pouvoir de faire, on a le pouvoir de dire oui.
Votre retour signe-t-il aussi celui de la célèbre cravate en bois ?
Bien sûr, c’est toujours ma marque de fabrique ! La première fois que j’ai fait un grand discours, je n’en avais rien à faire de l’aspect vestimentaire. Des personnes ont dit : « Il n’a même pas de cravate ». J’ai donc acheté des cravates, avec Mickey Mouse dessus, des choses comme ça. Et puis, un jour, j’ai reçu une boîte avec une cravate en bois dedans. Un mec m’a écrit : « Monsieur Stoll, j’adore ce que vous faites, j’aime bien votre façon de penser, mais vous avez des cravates de merde, je vous en offre une en bois ». Par la suite, j’en ai fait fabriquer une quinzaine. Cravate en bois égale Stoll, Kaysersberg, écologie.
Propos recueillis et rédigés par
Grégoire Levy
L’info en plus
En 2010, Henri Stoll a annoncé sa candidature à la primaire d’Europe Écologie Les Verts pour l’élection Présidentielle.
Ses préférences
- Un auteur de bande dessinée : Gotlib
- Un instrument de musique : La guitare
- Un homme politique : Lionel Jospin
- Un endroit hors d’Alsace : Le Parc national de la Vanoise
Repères
- 1974 : La rencontre avec son épouse.
- 1979 : Il survit miraculeusement à une chute de 40 mètres en montagne.
- 1995 : Il devient maire de Kaysersberg.
- 2025 : Il se rend sur la tombe d’Albert Schweitzer à Lambaréné.
- 2026 : Il revient à la mairie de Kaysersberg.





