De la farine, de l’huile, de l’eau et un peu de sel. Un produit simple et sain, au savoir-faire bien gardé, « les ingrédients sont inscrits sur la boîte », lance d’entrée Nicolas Meckert avec un grand sourire, l’autre marque de fabrique maison. Même lorsqu’il évoque la situation actuelle dans le monde, l’impact d’une guerre qui peut commencer un soir, se terminer le lendemain matin, ou le contraire, son sourire ne quitte pas son visage. Une façon de voir la vie, un optimisme à toute épreuve, « tout va bien chez nous. On a des bretzels, on a de la bière, alors on sourit ».
Quelques éclats de rire plus tard, il se lance facilement dans l’histoire de l’entreprise Boehli qui débute comme un film : 1935, Marcel Boehli tient une petite boulangerie à Gundershoffen, il fabrique des bretzels fraîches, à la main, une par une, il les vend au comptoir des bars, à la sortie des églises. Il aura l’idée de génie de faire des mini-bretzels, un biscuit apéritif cuit à cœur qui se conserve une année. C’est le début de la belle aventure. Le lien avec la famille Meckert s’entrelace à partir de 1998, Edouard Meckert, le père de Nicolas, devient propriétaire. Deux ans plus tard, on construit une nouvelle usine à Gundershoffen, avec deux lignes de production et une vingtaine de personnes. Dès lors, l’entreprise n’arrêtera plus de grandir.
Aujourd’hui, sept lignes de production et 90 salariés sont en action pour que les produits de la marque arrivent pour l’apéro dans les foyers de 22 pays. 31 tonnes de marchandises sortent de l’usine chaque jour, des bretzels dorées, des sticks croquants et d’autres biscuits apéritifs distribués en grandes et moyennes surfaces, à la fois sous des marques distributeurs et sous la signature Boehli : « L’accent est mis sur la qualité, les investissements, ce qui facilite le quotidien des salariés », affirme l’héritier qui espère transmettre l’entreprise, « cette passion », comme son père, 84 ans et toujours présent, a réussi à la confier à ses enfants.
UN MORCEAU D’ALSACE DANS LA BOUCHE
Le directeur général est tombé tout petit dans cette histoire entrepreneuriale, celle du Moulins des Moines, pionnier des produits biologiques en France et propriété de la famille depuis les années 70 : « L’entreprise, c’était comme un frère ou une sœur, même le mercredi et pendant les vacances, on travaillait déjà, on allait coller des étiquettes sur les paquets de farine. Je devais avoir 7 ou 8 ans, j’ai appris la rigueur très tôt. Mes parents ont vécu pour ça, ils ont construit un parc économique (Boehli, Celtic, Moulins des moines, etc.) qui réalise 70 millions de chiffre d’affaires et qui emploie 200 salariés et 50 intérimaires ». Le bilan est beau, mais ce n’est pas aussi simple que la recette de la bretzel.
La réussite passe par une gestion rigoureuse, toujours avec des capitaux propres, à l’alsacienne : « Mes parents sont issus de la terre, ma mère est fille de paysans et mon père de viticulteurs. On n’est jamais dans l’extravagance ». La vie de Nicolas Meckert c’est la boîte, les vacances une semaine par an, pas plus. Le plaisir, c’est le travail, dès le matin, malgré les soucis que rencontrent toutes les entreprises : « Ma fierté c’est de résoudre les problèmes. L’avantage c’est que je ne suis pas seul, j’ai la chance d’être entouré d’une équipe et de ma famille ». Ici, on a gardé les bons réflexes, les bonnes manières de faire, « un sou gagné, on le garde ».

Chaque année à Gundershoffen, on consolide l’entreprise et on travaille en équipe : « L’idée c’est d’emmener tout le monde là où on veut aller. C’est encore mieux si c’est l’autre qui trouve l’idée qui va nous porter, nous amener plus haut. On veut progresser chaque jour, car ne rien faire, c’est déjà reculer ». Parfois, c’est la vie qui décide de faire marche arrière ; en 2022, un incendie a détruit une grande partie du site de production de Moulin des Moines, 12 000 m2 ont brûlé en une nuit : « Heureusement que nous avions les reins solides, on avait des réserves et les assurances nous ont suivis. Ça nous a permis de reconstruire », analyse Nicolas Meckert le sourire moins marqué, mais qui revient très vite lorsqu’on lui demande de nous dévoiler le secret de Boehli.
Il répond : « Un bon produit, plus craquant que les autres, de bonnes matières premières, un bon outillage, une équipe performante et des prix de vente qui tiennent la route ». On n’en saura pas plus. Boehli poursuit son développement en répondant à l’engouement des consommateurs d’apéritifs à croquer, en France la consommation moyenne par foyer est de 7,5 kg/an. Le succès de Boehli est presque insolent, mais toujours dans une forme de simplicité à l’alsacienne, une humilité revendiquée, dans l’esprit d’un certain Albert Schweitzer. Ici, « on aime donner sans forcément recevoir », conclut le patron.
L’info en plus
L’entreprise Boehli est partenaire des Bretzel D’or, pour la nouvelle activité, le soutien des jeunes talents alsaciens.
Les chiffres
22,7 millions de chiffre d’affaires en 2024, 90 salariés, 31 tonnes de biscuits produits par jour (7 000 par an)
Repères
- 1935 : Ouverture de la boulangerie de Marcel Boehli
- 1952 : Création des premières mini-bretzels apéritives
- 1998 : Rachat de l’entreprise Boehli par Edouard Meckert
- 2000 : Construction d’une nouvelle usine à Gundershoffen.
- 2017 : Inauguration de la Fabrique à Bretzels, un espace de visite ouvert au public
- 2024 : Nouveau hall logistique et démarrage de la 7e ligne de production
La fabrique à bretzels
Après d’importants travaux de rénovation, La Fabrique à Bretzels Boehli a ouvert ses portes. Premier musée dédié à la bretzel en France, le site se dévoile dans une nouvelle scénographie plus immersive, plus ludique et plus accessible, pensée pour renforcer la transmission du patrimoine alsacien et offrir une expérience de visite pédagogique et participative avec vue sur les lignes de production. C’est vraiment la vitrine d’une entreprise de culture alsacienne. Et vous ne manquerez pas la boutique entièrement relookée. Réservez : www.lafabriqueabretzels.fr



