mardi 21 juillet 2026
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Les grues volent vers le sud de Lisa Ridzén

Et si la plus grande peur n'était pas de vieillir, mais de ne plus pouvoir choisir sa propre vie ? Avec une infinie délicatesse, ce premier roman éclaire une réalité intime qui nous concerne tous. Éditions La Peuplade.

La vieillesse est l’un des derniers angles morts de notre société. Alors que certaines civilisations en font un âge de la transmission et de la sagesse, nous continuons à tenir le grand âge à distance. Dans une époque fascinée par la jeunesse, la performance et l’illusion d’une vitalité sans fin, le temps qui marque les corps est devenu un tabou. On efface les rides, on retarde les années, on maquille le temps jusqu’à oublier qu’il est pourtant la matière même de nos existences.

Nos aînés sont souvent entourés d’aidants dont le dévouement force l’admiration. Mais qu’en est-il de leur quotidien, de leur liberté, de leur dignité ? Peu à peu, on leur retire les clés, les habitudes, le droit de choisir. On décide pour eux, souvent avec amour, toujours au nom de leur sécurité. C’est cette contradiction que Lisa Ridzén explore avec une remarquable finesse dans son premier roman. À travers Bo, quatre-vingt-neuf ans, qui s’accroche à sa maison, à son chien et aux derniers repères de son indépendance, elle montre combien la frontière est fragile entre prendre soin d’un être aimé et le déposséder doucement de lui-même. Sans jamais forcer l’émotion, l’autrice laisse parler les silences, les souvenirs qui vacillent et cette voix intérieure d’une bouleversante justesse.

Surtout, elle fait le choix rare de raconter la vieillesse depuis celui qui la traverse. Bo demeure un homme habité par le désir, la colère, les regrets et l’amour. Il est vivant avant d’être vieux. Bien plus que le portrait d’un homme âgé, ce roman interroge notre propre regard sur le vieillissement. Il rappelle qu’une société qui célèbre la longévité ne peut continuer à détourner les yeux du grand âge. Un premier roman d’une rare délicatesse, profondément humain, à lire en pensant à ceux qui nous sont chers.

Isa sur Insta : lodyssee_des_mots

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