mardi 8 septembre 2026
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Denis Digel, Maire humaniste

Maraîchers de père en fils depuis plus de soixante-dix ans, les Digel ont produit des légumes et des fleurs, avant de se concentrer exclusivement sur la production maraîchère depuis 2017. Denis, Sélestadien de 54 ans, dernier d’une fratrie de quatre a repris à son tour l’exploitation en 1994. Il connaît le sens de l’engagement depuis toujours. Une bonne raison, entre autres, pour devenir maire en mars dernier. Le premier invité de la rédaction de Maxi Flash est un édile qui mouille sa chemise blanche pour sa ville natale et son entreprise.

Sur votre compte Facebook, il est écrit : Maraîcher engagé et Maire de Sélestat. Maraîcher d’abord ?

Oui, c’est une évidence pour moi. Peut-être plus trop dans mon emploi du temps, mais je suis maraîcher et je resterai maraîcher, je gère plusieurs entreprises, j’ai des salariés, des clients. Alors oui, je suis maraîcher, et engagé depuis très longtemps au niveau local et national où j’étais syndicaliste, secrétaire national des producteurs de légumes de France pendant 10 ans. J’ai pris un peu de recul depuis que je me suis investi pour Sélestat, mais le fond reste le même. Dès que l’on parle de paysans en difficulté, l’oreille se dresse. C’est mon engagement, et c’est ce qui a fait ce que je suis. Je m’engage pour les autres.

« Pour moi, il n’y a rien au-dessus du collectif. »

Votre vie a changé depuis votre élection, en cette rentrée, à quoi pensez-vous en vous réveillant le matin ?

À mon exploitation agricole. Je pense à mes salariés. On commence à 7h, à 6h quand il fait chaud. Ma famille travaille avec moi alors forcément la première chose que je vois le matin, c’est mon travail. J’ouvre la porte, je vois mon boulot. Quand je m’engage quelque part, je le fais à fond. C’est le cas pour mon exploitation et pour la mairie.

D’où vient cette force de l’engagement ?

Du cocon familial. Comme mon frère Fabien qui est devenu maire en même temps que moi, à Neubois. Nous avons une sœur qui est également adjointe dans le Sundgau et mon petit cousin est maire de Mackenheim, nous avons quelque chose dans le sang. L’associatif était notre école de vie, comme le bénévolat pour organiser un Corso fleuri ou une manifestation de maraîchers. J’ai joué au foot aussi, jusqu’en Promotion à l’époque, et j’ai été Grand maître de la confrérie des Zewwelatreppler, des Piétineurs d’oignons de Sélestat pendant trois ans. Ici, l’engagement vient de loin, bien avant le XXe siècle. Notre corporation des jardiniers fête encore son patron, Saint-Roch.

Vous avez dit « Mon seul parti, c’est Sélestat, qui est au-dessus de tout ».

Je fais tout à vélo, alors j’arrive souvent en retard à mes rendez-vous parce que les gens m’arrêtent dans la rue (rires). On se parle, ça fait partie de la fonction d’être au contact des Sélestadiens. Il m’arrive d’aller boire une bière, un maire peut avoir soif oui, je m’arrête dans un troquet et souvent j’apprends des choses essentielles. Je suis guidé par un attachement profond à la ville où je suis né. Être présent, c’est essentiel. Je n’ai pas l’intention de me défausser. Lorsque des campements de gens du voyage arrivent à Sélestat, il faut y aller, je n’ai pas peur. Lorsqu’il faut rencontrer des vanniers, eh bien on y va, lorsqu’il s’agit d’expulser les familles, on le fait aussi. On n’a pas été élu pour reculer, mais pour avancer, pour faire respecter la loi.

À quel moment avez-vous imaginé devenir maire ?

Cela s’est fait au fil de l’eau. Lorsque j’ai reçu le Mérite agricole en 2017 des mains de la présidente de la FNSEA, alors que j’étais conseiller municipal délégué à la forêt à Sélestat, j’avais dit que la forêt était devenue trop petite. Ce que je voulais dire, c’est qu’en faisant de la politique je me suis rapproché de gens qui étaient loin de l’agriculture, j’ai rencontré des personnalités différentes, et ça m’a vraiment plu. Forcément quand ça te plaît, tu cherches à aller un peu plus loin. Ensuite, il y a eu des histoires avec le maire sortant et j’ai pris mes responsabilités. Je voulais autre chose pour ma ville, un autre fonctionnement.

Denis Digel, avec son triporteur, toujours entre son entreprise et la mairie. /©Eric Genetet

L’une des images qui ont marqué le second tour de l’élection municipale est votre poignée de main glaciale avec Marcel Bauer qui était maire depuis un quart de siècle. Avec le recul, que pouvez-vous dire de votre relation avec votre prédécesseur ?

C’est un homme que j’ai toujours respecté, malgré les différends que j’ai eus avec lui. À chaque fois que je suis quelque part et qu’il est présent, je le cite, je le salue, je respecte la fonction, le temps qu’il a consacré à la mairie.

On dit de vous que vous êtes un humaniste, dans la cité humaniste. C’est encore possible dans le monde d’aujourd’hui ?

Lorsque je suis devenu maire, j’ai fait la tournée des services et je suis passé par la Bibliothèque Humaniste. Je suis tombé sur un texte du philologue Beatus Rhenanus, prononcé en 1523. C’était la guerre des paysans, la guerre des religions, et dans cette lettre aux Sélestadiens, il appelait à la concorde. Il affirmait que seule la concorde amène de la stabilité. Je me suis appuyé sur ce texte, encore d’actualité, pour écrire le discours de mon premier 14 juillet.

Nous allons entrer dans un cycle électoral encore très compliqué, il y aura de grandes tensions sociales, je ne l’espère pas mais ça en prend le chemin, et j’ai appelé de mes vœux à une concorde à Sélestat. N’apportons pas ici les conflits d’ailleurs, les conflits politiques nationaux, si je me suis présenté sans étiquette, ce n’est pas pour rien. Une campagne électorale doit être un moment d’enthousiasme, d’échanges et de confrontations. Alors, on est comme on est, moi je fais confiance aux gens, j’aime les gens, je n’ai peur de personne, c’est ça la définition d’un humaniste.

Au risque de vouloir plaire à tout le monde ?

Non, je ne crois pas. Mon fil rouge c’est agir ensemble pour Sélestat. On prend des décisions courageuses, on sait dire non, mais on explique pourquoi. On a changé certaines choses, j’ai par exemple nommé un adjoint aux ressources humaines, à la performance et à l’optimisation des services, c’est sûr que ça bouscule un peu, mais c’est la nécessité d’aujourd’hui : faire plus avec moins.

Que retenez-vous de vos premiers mois de mandat ?

La reconnaissance des Sélestadiens. Je suis surpris par le respect qu’inspire la fonction. Ce que j’aime aussi, c’est célébrer les mariages. Je ne l’avais jamais fait. Unir deux personnes c’est extraordinaire. Être au contact des associations, ça aussi c’est formidable, j’aime sentir que les gens comptent sur nous et je n’imaginais pas à quel point. Mais ce qui me plaît le plus, c’est de passer du coq à l’âne vingt fois par jour.

À la fin de votre mandat, qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous ?

Que j’ai bien fait le taf, que je n’ai pas changé. Pas plus.

Maxi Flash arrive à Sélestat, qu’en pensez-vous ?

C’est une bonne nouvelle, c’est de l’info positive, l’information qui mettra en avant notamment nos associations. Nous avons 200 associations à Sélestat, sportives, culturelles, solidaires, un tissu très riche. On les soutient beaucoup. Alors si votre journal parle de cette énergie qui existe à Sélestat, c’est très bien.

Ses préférences

  • Un livre : Une biographie de Nelson Mandela
  • Un film : La Bataille de Gaulle, j’ai vu les deux volets
  • Une pièce de théâtre : Le cabaret du théâtre de Neubois
  • Un lieu dans le monde : La Hague dans le nord-ouest du Cotentin, extraordinaire.
  • Un plat : Le cassoulet, parce qu’il comporte beaucoup de savoir-faire agricole.
    Une héroïne : Simone Veil.
  • Un héros : Marcel Rudloff, mon courant de pensée politique, le centre droit.

 

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