200 ANS DE PHOTOGRAPHIES, DE NIEPCE AUX PHOTOGRAPHES ALSACIENS.
À l’occasion du bicentenaire de la photographie, Maxi Flash vous propose une série consacrée aux photographes alsaciens.
Comment la photographie est-elle entrée dans votre vie ?
C’est anecdotique, mais lorsque je faisais des études d’art, je m’orientais vers la peinture et la sculpture. Les diverses femmes de ma vie exigeaient que je range et nettoie entre deux séances, alors je suis passé à la photo parce qu’il n’y avait pas besoin d’atelier ! J’ai toujours pensé que l’art était vital et essentiel, c’est « le seul moyen de relier les mondes physique et spirituel » comme le disait Joseph Beuys.
Quand je me suis orienté vers la photo, au début, je m’amusais, j’expérimentais puis j’ai voulu rendre l’image plus lisible et accessible, moins conceptuelle. Je me suis consacré aux portraits et aux histoires, essentiellement en noir et blanc parce que c’est intemporel, cela permet à tous de rentrer dans l’image quelle que soit l’époque. La couleur est datée, il y a des codes couleur qui orientent la lecture des photos.
Quels photographes vous inspirent ?
Je peux citer Duane Michals pour son travail narratif en général, Cindy Sherman pour ses autoportraits travestis, et Nan Goldin parce qu’elle raconte une époque. Lorsqu’on m’a appelé pour la première fois en 2012 pour une exposition en Normandie, j’ai rencontré mon mentor Alain-Gilles Bastide. Jusque-là, j’étais dans l’idée de faire de la belle image et lui m’a déclaré que ce n’était pas son problème ! C’était violent, mais il m’a expliqué : une photo ne doit pas être belle, mais raconter quelque chose. La fois d’après, je lui ai dit que je n’ai pas fait des photos, mais des rencontres, et il était content…

Quelle est votre approche de la photographie ?
La photo permet de donner du temps au temps, contrairement à la vidéo où une image est chassée par la suivante. Il faut se donner du temps pour comprendre une image fixe, et c’est bien dans le monde d’aujourd’hui. On est quelque 6 milliards de photographes sur la planète, je n’ose pas imaginer le nombre de photos qui sont prises chaque heure, alors c’est une excellente école de l’humilité. La photo que je prends a sans doute déjà été faite, et je reproche à certains photographes de croire qu’ils détiennent la photo du siècle ! Quand je prends une photo, je sais déjà laquelle je veux faire, parfois ça passe, parfois ça casse. Mais c’est de la photo sincère, une certaine approche des visages, sans trucage, sans retouche, j’ai une éthique. Si j’utilise l’IA, ce n’est pas pour retravailler une image mais pour créer celle que je ne pourrai jamais faire !
Après 200 ans, la photo a donc un bel avenir devant elle ?
C’était l’objectif de mon projet Unchain my Hoerdt : quand je suis arrivé en 2019, au-delà de m’intégrer, j’ai fait plus de 1000 portraits comme un travail sur la mémoire de demain. Quand je fais des brocantes, j’achète des photos noir et blanc et je demande aux gens pourquoi ils vendent leur grand-père, ils répondent qu’ils n’ont plus de place. Je ne comprends pas, mais j’achète ! Quand j’étais instit’, j’ai enseigné la photo à mes élèves avec un double objectif (sans jeu de mots) : en faisant des photos eux-mêmes, qu’ils arrivent mieux à lire les images qui les entourent ; et pour leur permettre de s’exprimer et de raconter une histoire à partir de la grammaire de la photo et non celle des mots. Et c’est ce dont je suis le plus fier, d’avoir permis à des enfants en perdition de communiquer.
Quels sont vos projets ?
Je vais participer pour la troisième fois au prix photo Pink Ribbon Estée Lauder, pour lequel j’ai fait connaissance avec beaucoup de femmes malades à la clinique Rhéna. C’étaient des rencontres extrêmes, hallucinantes de beauté et d’intelligence, pas seulement de douleur et de souffrance. Pour les accompagner à ma mesure, j’ai suivi le parcours de certaines d’entre elles jusqu’au bloc et j’exposerai à Rhéna tout le mois d’octobre, en noir et blanc évidemment, mais cette fois aussi pour adoucir le propos.






