mercredi 4 mars 2026

Schweitzer nous parle

En 1913, lorsque Albert Schweitzer est parti au Gabon, ses amis, sa famille et par dessus tout sa mère, craignaient pour sa santé.

Le Gabon

 

Sous les latitudes tropicales, l’espérance de vie d’un Européen se limitait alors à quelques années. Et d’ailleurs la majorité de ses collaborateurs dans son hôpital de Lambaréné ne sont restés sur place que de deux à cinq ans.

Pour Albert Schweitzer c’était autre chose. « Au Gabon j’ai trouvé le bonheur ». L’enfant de Gunsbach a réalisé 14 séjours à Lambaréné et 13 allers-retours entre les continents africain et européen. Le dernier a eu lieu en 1959. « J’ai trouvé des gens qui me comprenaient, j’ai trouvé des gens que je pouvais aider ».

C’est ainsi qu’il a cumulé 35 ans et 3 mois de présence au Gabon. Et écouter sa douceur, sa délicatesse pour décrire son pays d’adoption : « Un énorme enchevêtrement de racines recouvertes de lianes s’avancent dans le fleuve. Des palmiers petits et grands entremêlés de bois touffus aux rameaux verts et aux feuilles immenses, des arbres morts, desséchés sur pieds, qui se dressent vers le ciel dans cette verdure exubérante … ».

Sur le sol africain, Albert Schweitzer a retrouvé la poésie, voire le lyrisme, dont il avait fait preuve dans sa correspondance avec celle qui deviendra sa femme, Hélène Bresslau. Il avait alors une trentaine d’années. Dans un enregistrement, réalisé à plus de 80 ans, il dit : « Dans chaque éclaircie des nappes d’eau miroitent. Le spectacle reste le même des heures durant. Monotonie qui accroît jusqu’à l’infini l’impression de puissance que dégage cette nature ».

Et cette admiration pour l’orée de la forêt vierge et son respect absolu pour toute vie qui y demeure lui fait écrire : « Une dette pèse sur nous et sur notre civilisation. Nous ne sommes pas libres de choisir si nous voulons, oui ou non, faire du bien aux hommes de couleur, nous le devons. Le bien que nous leur faisons est un acte, non de charité, mais de réparation. Pour chaque homme qui a fait souffrir, il en faut un qui parte et porte secours. Et quand nous aurons fait tout ce qui est en notre pouvoir, nous n’aurons réparé qu’une petite partie des fautes commises ». Ces mots remontent à 1923. Cela fait alors dix ans qu’il a quitté l’Alsace pour Lambaréné. La décolonisation ne commencera que trente ans plus tard. Et laissons-lui la conclusion. Elle est remplie de tant d’amour du prochain : « Je suis profondément attaché à ce pays ».

Retrouvez l’ensemble des articles sur Albert Schweitzer : L’année Schweitzer

Chronique rédigée par Francis Guthleben

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