dimanche 22 mars 2026

SCHWEITZER NOUS PARLE

Nous sommes au début des années 1920. Albert Schweitzer a déjà passé quelques années à Lambaréné, il a connu la détention pendant la Première Guerre mondiale, il assiste avec effroi à l’idéal de la force développé par Nietzsche, il fustige le déclin de la civilisation.

La philosophie

 

Pour cela il emploie une image : « Lorsqu’on fait une coupe dans la forêt vierge, les grands arbres sont vites remplacés par un fouillis de broussailles et de lianes. De même lorsque les grandes convictions s’effondrent, elles sont remplacées par les idées du tout-venant qui remplissent les mêmes fonctions, mais à un niveau inférieur ». Mais Schweitzer ne s’en tient pas à ce constat tragique. Pour lui, le déclin de la civilisation n’est pas irréversible, il faut de nouveaux fondements. « Une solidarité nous oblige à penser l’un comme l’autre et la naissance de cette solidarité est qu’un être provient de l’autre. Déjà chez les animaux cette solidarité existe ».

Albert Schweitzer vient de trouver une éthique, totalement inédite chez les penseurs occidentaux. Il a ses sources d’inspiration : « Le boudhisme est aussi une grande religion qui a énoncé la fraternité des hommes. La fondation de cette fraternité est que l’autre est la même chose que toi. Mais nous devons aller plus loin. Un homme n’est réellement éthique que s’il obéit au devoir impérieux d’apporter son assistance à toute vie ayant besoin de son aide et s’il craint de lui être dommageable ».

Il continue : « Une poule protège son poussin jusqu’à mourir pour lui. En religion et en morale, nous appelons cela amour. L’homme est solidaire de tous les êtres humains. Il ne peut pas dire, je suis seulement bien pour ceux de ma famille, de ma nationalité, mais il doit trouver dans tout être humain son frère ». En venant au secours des autres vies, l’être humain concilie deux éthiques généralement opposées : l’éthique du dévouement et l’éthique de l’accomplissement de soi. Son argumentation : « Toute créature est comme nous, elle nous ressemble. Elle a la volonté de vivre, elle a le désir du bonheur, elle a la crainte du malheur et la crainte de mourir. C’est une grande ressemblance. Alors nous découvrons quelque chose qui peut approfondir notre morale à nous-mêmes… ».

Regroupées dans deux volumes, ces pensées de Schweitzer ont été refusées par un premier éditeur allemand, puis critiquées par des théologiens protestants strasbourgeois. Mais faire face à l’adversité a toujours été son destin et ne l’a jamais empêché de continuer à tracer sa route. Au contraire !

Francis Guthleben a publié Albert Schweitzer intime, aux éditions AISL. L’ouvrage regroupe 100 témoignages sur le prix Nobel de la Paix recueillis dans le monde entier.

Retrouvez l’ensemble des articles sur Albert Schweitzer : L’année Schweitzer

Chronique rédigée par Francis Guthleben

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