Dans ce deuxième ouvrage, vous partagez votre expérience sur la perte de poids. Quand avez-vous eu conscience de votre surpoids ?
Je pense que je me suis toujours vue comme ayant trop de poids, en revanche sur les photos de moi petite, je vois bien que ça allait, je n’étais pas mince mais pas en surpoids. J’avais un problème de poids lié à l’image, j’étais ronde et puis un peu plus, un peu plus… Mais c’est surtout de 20 à 40 ans que j’en ai pris de manière conséquente et régulière, et surtout après mes grossesses.
Votre entourage vous a-t-il donné l’idée d’écrire en posant la question « Comment t’as fait » ?
J’ai vraiment eu beaucoup de questions, et à force d’y répondre, j’ai vu qu’il y avait de la place pour un récit. Moi-même j’avais envie de consigner l’expérience, pour peut-être ne pas l’oublier trop vite, car c’est un parcours de vie assez marquant… En faire une méthode, c’était une manière de théoriser les étapes du parcours une par une, d’en faire quelque chose de plus général, universel et notamment l’étape introspective, le déclic, les modifications concrètes dans mon mode de vie, l’alimentation et l’activité physique.
« C’est un peu un hymne à la fin des injonctions aux femmes et pour tordre le cou à cette idée qu’il faut maigrir »
Vous écrivez : « Ce livre est comme une chirurgie esthétique de l’âme », qu’est-ce que ça signifie ?
Pour parler de la psychanalyse, mais cela peut être toute autre méthode introspective, comme des séances d’esthéticienne de l’intérieur, j’avais l’impression de prendre soin de moi. Finalement ce qui compte, ce n’est pas vraiment l’aspect physique, qui n’est jamais celui qu’on voudrait, ni un chiffre, mais l’idée de se rendre plus beau de l’intérieur. On peut modifier de façon radicale, profonde et définitive ce qu’on est, et il n’y a pas d’âge.
Donc la MMPPP, méthode magique pour perdre du poids, pourrait marcher pour tout autre objectif ?
Absolument. La connexion du corps et de l’esprit est nécessaire pour aller bien dans son existence en général et pour opérer les bons choix. Donc la métamorphose est bien plus profonde que la perte de poids. J’imagine que traverser une épreuve de maladie par exemple ou l’envie de changer en profondeur de mode de vie, de relation avec une personne néfaste, pourrait se servir de cette méthode. Le poids, c’était tout de même un objectif, mais le chemin en lui-même est presque plus important que l’aboutissement.
Votre expérience passe ainsi par toutes sortes de régimes entre 16 et 35 ans. Et ça ne marche pas, pourquoi ?
L’idée était déjà d’expliquer que cette méthode n’est pas un régime, et de clarifier l’objectif du livre qui n’est ni de faire maigrir les gens qui ne le souhaitent pas, ni de faire maigrir ceux qui le veulent avec des injonctions. C’est un peu un hymne à la fin des injonctions aux femmes et pour tordre le cou à cette idée qu’il faut maigrir, personne n’a le droit de penser que quelqu’un d’autre doit maigrir, que c’est pour faire plaisir à quelqu’un, ou pour répondre à une attente. Et pour les régimes, scientifiquement, il est établi que ça ne marche pas. Après le « comment t’as fait », la deuxième question c’était souvent « qui t’a fait maigrir ». Mais personne d’autre que vous ne va vous faire maigrir, et ne peut dire j’ai trouvé la méthode pour tout le monde, pour chaque métabolisme, physionomie, psychologie…

Et puis arrive ce fameux déclic, à 40 ans, que peut-on en dire ?
Pour que le déclic arrive, il faut le préparer, il n’arrive pas par hasard, à chacun de trouver sa voie, la méthode et le temps. Pour moi, le déclic a eu lieu en plusieurs clics, et le perçage des oreilles, c’est le premier moment où je me réapproprie mon corps et que je m’autorise à intervenir dessus. Je n’en avais pas conscience, mais en réalité c’était très symbolique de braver cet interdit paternel et me dire que mon corps m’appartient, j’en fais ce que je veux et peut-être que je peux avoir une action.
Puis vient le « connais-toi toi-même » ?
Me connaître moi-même et me reconnecter à mon corps, je ne l’étais particulièrement pas. C’est une forme d’inégalité d’un individu à l’autre, certains savent quand ils ont faim ou plus faim, de quoi ils ont envie… Pendant mes grossesses, j’ai eu un petit aperçu, je ressentais par exemple que j’avais besoin de manger de la viande. Ça a été un indice sur le fait qu’habituellement je n’étais pas connectée.
Quels sont les premiers retours sur votre livre ?
Ils sont supers, je sens qu’il y avait une attente pour perdre du poids. Beaucoup de gens sont en difficulté et ont subi des échecs, et mon parcours interpelle. Ils sont conscients que ce qui traîne sur les réseaux sociaux, ça ne marche pas ! Donc on attend une réflexion valable, et ensuite qu’est-ce qu’on fait ? C’est ce que raconte ce livre, de façon sympa à lire, facile d’accès. Autant en rire parce que finalement le sujet n’est pas si grave !
Ses préférences
Un film : Pina de Wim Wenders
Un livre : Joyeux Noël, d’Alexandre Jardin
Une personnalité : Robert Badinter
Un lieu : Le cap Canaille à Cassis, la plus belle vue du
monde
Une phrase qu’on devrait bannir : On ne se refait pas !
LE REGARD D’AURÉLIEN BENOILID
Le neurologue apporte un éclairage scientifique au récit, qui permet
notamment de déconstruire certaines croyances sur la médecine
moderne : « Plus j’avance, plus je me rends compte qu’il y a tout un pan de
la santé qui n’appartient pas aux médecins, c’est le fruit d’une expérience
auprès des patients. La science a parfois tendance à vouloir donner des
explications plus ou moins simples et mécaniques à des problèmes plus
complexes, et je pense que le poids fait partie de ces problèmes-là. Il y
a des déterminants génétiques, mais il faut avoir en tête que dans la
plupart des cas, les freins, les résistances et les ressources sont à aller
chercher à l’intérieur de soi. Aujourd’hui, il y a encore deux poids deux
mesures entre le corps et l’esprit : la santé mentale, ce sont des histoires
singulières, des rencontres, des traumatismes qui ont façonné l’individu
et ça ne se voit pas à l’IRM. Moi qui ai assisté à la métamorphose de
Maud, je me suis aperçu que le poids n’est que la cerise sur le gâteau.
En réalité, le fait de pouvoir se reconnecter à soi-même, son corps, son
histoire, c’est une façon de se libérer de poids littéral et symbolique, et
donc d’être plus libre dans ses choix et dans la transmission auprès de
ses proches ».




