Votre parcours est atypique pour une nageuse olympique. Comment êtes-vous arrivée à ce sport ?
Ça remonte à l’enfance. Tous les étés, mes parents nous ont emmenés dans les Landes ou dans le Pays basque, au bord de l’océan. Ils voulaient vraiment que mon grand frère et moi, on se débrouille dans l’eau et qu’on n’ait pas de problèmes dans les vagues. Ils nous ont mis dans l’eau tout petit. D’abord avec eux, puis avec des cours de natation à la piscine de Munster. Durant l’un de ces cours, un maître-nageur a dit que ce serait intéressant de me mettre en club. Mes parents ont suivi ce conseil et m’ont inscrite à Colmar.
Au début, la natation, ça ne me plaisait pas du tout. On ne rigolait pas assez pour moi (rires). Mais j’ai continué et j’ai fini par intégrer le pôle Espoirs natation à Font-Romeu, à l’autre bout de la France. Ensuite, d’année en année, je suis entrée dans le sport de haut niveau.

C’est le cas de le dire, puisque vous avez atteint des sommets, jusqu’aux Jeux olympiques de Paris. C’est le graal ?
Clairement oui, c’est le graal. Mais l’après JO a été difficile, j’étais en « méga gueule de bois » (rires). Quand je venais m’entraîner, je n’avais plus du tout envie. J’ai ce besoin de m’amuser quand je suis à l’entraînement. Je ne peux pas enchaîner les séances si je ne rigole pas un minimum. J’ai besoin d’être avec des amis, d’avoir une bonne relation avec mon coach. Et après les Jeux, ce qui m’a fait raccrocher le wagon, c’est que je ne venais plus pour m’entraîner. Je venais pour passer du temps avec mes amis et rigoler. Au fur et à mesure, j’ai retrouvé le plaisir d’aller dans l’eau.
Depuis, il y a eu d’autres compétitions. Aux championnats de France j’ai terminé première du 200 m crawl. L’été dernier, j’ai fait les Championnats du monde à Singapour. C’était génial. On a fait un record de France, un truc que je n’aurais jamais pensé avoir dans ma vie. En décembre, j’ai fait les championnats d’Europe avec un temps de ouf (rires) ! J’ai amélioré de 6 dixièmes, c’est un petit record personnel.
« Au début, la natation, ça ne me plaisait pas du tout. On ne rigolait pas assez pour moi (rires) »
Et vous avez accompli ça, tout en poursuivant des études en parallèle ?
Exactement. Je suis en master de psychologie clinique et psychothérapie. Je fais tout ça à distance depuis mon salon. C’est super compliqué de combiner ces deux vies. J’ai déjà en poche une licence STAPS et une licence en psychologie.
Au moment du Covid, j’ai changé de structure d’entraînement pour aller à Canet-en-Roussillon. À partir de là, j’ai commencé mes études à distance. Je me suis battue. Le système français est super mal adapté à ce fonctionnement. J’ai validé mes deux licences à 14 de moyenne, en faisant 25 heures de sport par semaine. Je m’accroche.

Pourquoi continuer vos études et ne pas miser sur la natation ?
Je pense qu’on ne peut jamais se dire professionnelle en natation parce qu’on ne gagne pas d’argent. Il y a peut-être deux personnes dans l’équipe de France qui peuvent en vivre. On a assez peu, voire pas de sponsors. Il n’y a pas eu d’effet JO, au contraire. Je persévère parce que c’est important pour moi d’avoir ce double projet, de pas être qu’une nageuse. À la fin de mon master, j’aimerais être psychologue du sport, accompagner les sportifs au quotidien.
Vous envisagez donc d’arrêter la natation prochainement, à 24 ans ?
Bientôt oui, mais pas tout de suite. Pour être honnête, je voulais déjà arrêter après les Jeux de Paris. J’ai conscience que je ne serai jamais championne olympique. J’ai déjà fait tellement plus que ce qu’on aurait parié sur moi.
Et puis c’est une vie contraignante. Je voulais me concentrer sur mon master, connaître la vie étudiante. Je pensais avoir fait le tour de la natation. Mais on a réussi à me convaincre de continuer, et je ne regrette pas.
Au début, c’était un an seulement. Ça m’a mis la pression et ça m’a stressée, le début de saison a été difficile. Donc j’ai décidé de continuer 2 ans, jusqu’aux euros de Paris, cet été. C’est à vivre, des courses devant notre public.

Et après ces Championnats d’Europe, qu’allez-vous faire ?
Logiquement, je suis censée prendre une décision à la fin de l’année. Est-ce que je m’arrête, je fais mon master 2 puis je travaille ? Ou est-ce que je continue jusqu’aux Jeux 2028 de Los Angeles, et après j’arrête ? Pour l’instant, tout se passe très bien, je progresse.
Mes amis, mon copain, ma famille me soutiennent à fond. Alors je n’ai pas beaucoup de raisons d’arrêter. Je me projette facilement jusqu’aux Jeux olympiques. Je ne dis pas que c’est sûr à 100%, mais on est sur un bon 87% (rires). Est-ce que la petite fille de Walbach s’attendait à vivre tout ça ? Non. Je suis partie de la maison en me disant ça va être chouette, si j’arrive à me qualifier aux championnats de France, ça sera trop bien. Je ne me suis jamais projetée plus loin.
« J’ai déjà fait tellement plus que ce qu’on aurait parié sur moi. »
Maintenant, je voyage énormément, je vis des expériences de folie, je nage avec les meilleures mondiales. Les filles que je regardais à la télé petite sont devenues mes amies.
En plus, je pense que je peux encore progresser un peu. La qualification en individuel, pour moi, c’était impossible. Pourtant, j’ai réussi. J’aime aller chercher le détail, ce petit truc qui fait la différence. Et ça fonctionne. La natation, ce sont aussi des émotions pures.
Quand on réussit un truc en compétition et qu’on peut le partager avec tout le monde, c’est incroyable, indescriptible. Donc non, je ne pensais pas vivre tout ça.
L’info en plus
Aux Jeux olympiques de Paris 2024, Marina Jehl, 22 ans, a participé à une seule course, le relais 4×200 mètres nage libre.
Repères
- 2015 : Elle intègre le pôle Espoirs de Font-Romeu
- 2022 : Elle intègre l’équipe de France
- 2024 : Elle participe aux Jeux olympiques de Paris
- 2025 : Participation aux championnats du Monde et d’Europe
Ses préférences
- Un film : Soul Surfer, de Sean McNamara
- Un livre : L’illusion, de Maxime Chatham
- Un plat : La tourte de son papa
- Un endroit hors d’Alsace : Hossegor



