jeudi 29 février 2024
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Yves Hemedinger – A l’assaut de la montagne

Chaque matin, le conseiller de la CeA prend des cafés avec les Colmariens. Son ambition est claire, retrouver les responsabilités. L’ancien premier adjoint et député ne cache pas qu’il sera candidat à la mairie de sa ville en 2026. La rédaction de Maxi Flash lui a offert un expresso dans ses locaux de Colmar. Il a été question de son enfance, de sa carrière politique et de son avenir.

Que reste-t-il de votre enfance ?

Mes grands-parents avaient une ferme à Marckolsheim, mon père a travaillé de 14 à 70 ans, il allait voir les paysans entre Colmar et Strasbourg pour acheter du bétail, il n’a jamais signé un seul contrat, il n’a jamais eu un seul procès. C’est comme ça que j’ai été éduqué. La parole et le travail voulaient dire quelque chose. J’ai vécu dans cet univers. Je dis souvent que je suis un urbain avec de la terre sous les semelles. J’y tiens beaucoup.

Et vous allez devenir militant du RPR à 16 ans…

C’était juste après la victoire de Mitterrand en 1981, alors que personne dans ma famille et dans mes amis ne s’intéressait à la politique. Mais c’était mon truc. J’ai aimé cette notion de débat, d’échange, et en fait ça m’a sauvé, parce que jusqu’au bac je n’étais pas bon élève. Ça m’a poussé à lire, à m’intéresser à l’histoire, à l’économie. À partir de la fac de droit, je suis devenu plutôt bon.

Mais vous n’avez pas commencé par la politique, mais par le monde de l’entreprise !

Oui, contrairement à l’immense majorité de mes collègues, je ne suis pas un pur produit politique. J’ai travaillé 22 ans dans l’industrie papier comme salarié. Et cela change beaucoup de choses. Je sais comment fonctionne le monde économique.

Devenir leader en politique, député, maire, cela faisait partie de vos rêves lorsque vous étiez plus jeune ?

Non, j’aimais le débat, le combat politique au sens noble, mais je ne faisais pas de plan sur la comète.

Vous avez presque 60 ans, quel est votre regard sur votre parcours ?

Je suis très honoré, je n’imaginais pas un jour entrer à l’Assemblée nationale. À chaque fois, j’avais les yeux écarquillés, mais au Conseil municipal de Colmar aussi, c’était une fierté de représenter la ville qui m’a vu naître et à qui je dois tout, et d’agir pour elle. J’ai appris beaucoup de choses aux côtés de Gilbert Meyer, même si l’aventure ne s’est pas terminée comme je l’avais imaginé, cela ne remet pas en question ce qu’on a fait pendant 25 ans, et j’y tiens parce que j’ai toujours fait de la fidélité politique une vertu. Je voulais être élu sur mon nom, au suffrage universel direct, et ce fut le cas pour la première fois en 2015 aux Départementales. Un moment important pour moi, comme en septembre 2020 où je suis devenu député, un bel aboutissement, même si, candidat à ma succession en 2022, j’ai été battu par Brigitte Klinkert. Un échec assez relatif.

Mais un échec quand même !

Oui, mais battu de 90 voix par une ministre, ancienne présidente du Département et soutenue par le maire de la ville la plus importante qui a été lui-même député, c’est une défaite relative. J’ai senti une vraie adhésion auprès de la population. C’est cette adhésion qui me nourrit aujourd’hui. Lors des prochaines élections municipales, j’aurai plus de 60 ans, un âge où l’on est tous cabossés par des échecs.

Lorsque l’on parle autant des prochaines élections, c’est que l’on a des petites idées électorales derrière la tête, non ?

Oui, bien sûr, je ne le cache pas. On est à deux ans et demi de l’échéance, c’est un peu tôt pour le déclarer officiellement, mais on me pose beaucoup la question. Je réponds avec cette phrase de Saint-Exupéry, c’est impossible de prévoir l’avenir, mais le plus important est de le rendre possible.

J’ai le sentiment que vous avez envie de déplacer des montagnes… La réussite pour vous serait de devenir maire de Colmar ?

La réussite politique, oui.

Cela serait plus fort que d’être député ou élu de la CeA ?

Ce que j’aime dans le mandat de maire, c’est qu’il est très opérationnel, moi qui suis issu du monde de l’entreprise, j’aime bien le pragmatisme qu’il faut pour être maire. Mais je me suis aussi aperçu qu’un député, s’il s’en donne la peine, peut devenir opérationnel et concret ; du coup, j’ai plus de mal à répondre à cette question aujourd’hui.

Dans le texte publié sur les réseaux sociaux pour les vœux de bonne année, vous écrivez qu’en France une femme sur quatre n’ose pas sortir seule de peur d’être agressée. Que pensez-vous de l’affaire Depardieu et de l’intervention du Président de la République à ce sujet ?

Je pense que ce sont des propos maladroits. Je n’aime pas non plus la chasse à l’homme, mais ce n’était pas au Président de la République de le dire de cette façon, il est allé trop loin… C’était peut-être volontaire pour ne pas parler d’autre chose…

Vous pensez sérieusement qu’il a dit ça pour éviter que l’on parle trop de la loi immigration ?

Oui. Emmanuel Macron m’a toujours fait sincèrement peur, c’est un pur produit marketing, brillant et intelligent, avec du charisme, mais il n’a aucun affect, aucune colonne vertébrale, et je pense que ça le rend dangereux.

Dans vos vœux, vous écrivez qu’un homme politique doit être à l’écoute de ses concitoyens, pas seulement dans les périodes électorales, mais on est d’accord que l’écoute ne suffit pas ? Vous avez écrit aussi « « Des ponts plutôt que des murs », la formule est jolie, mais encore une fois, c’est une formule !

Déjà, pour représenter ses concitoyens, il faut les connaître, il faut les rencontrer toute l’année. Moi, je prends trois cafés tous les jours dans trois lieux différents de Colmar, mais vous avez raison, écouter c’est facile, ensuite il faut faire des choses concrètes. Lorsque je vais voir les gens, ce n’est pas pour faire des photos et les mettre sur Facebook, c’est pour qu’ils me confient des choses que je note et que je transmets.

Pour finir, pensez-vous que le monde d’aujourd’hui est en train de perdre son humanité ?

Oui et non. Ça fait un peu peur parce qu’on pense être protégé par le vernis de la civilisation, mais on s’aperçoit qu’il craque très facilement. Il y a un mal-être chez les gens, on bascule de l’humanité à l’inhumanité, mais on a vu pendant la période du Covid énormément de gens se dévouer pour trouver des solutions pour les autres. On a vu aussi que les collectes pour l’Ukraine ou la Turquie étaient énormes, les gens sont quand même capables de se retrouver et de se mobiliser.

C’est la période des vœux, que peut-on vous souhaiter pour 2024 ?

J’ai une vie de famille très riche, alors de la garder et ne pas avoir que la politique dans ma vie, pour éviter de faire des choses que je n’ai pas envie de faire.

 

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