Comment allez-vous depuis votre blessure ?
C’était un peu compliqué ces derniers temps parce que je ne pouvais pas rouler. J’ai enlevé l’attelle il y a une dizaine de jours. Je revis (rires). J’ai presque récupéré toute la mobilité, mais j’ai perdu beaucoup de masse musculaire. Pendant 8 semaines, je n’ai pas fait de sport. Je suis remonté en voiture le 23 avril, une séance spéciale pour que je puisse rouler avant la première course ce week-end. On va partir du principe que ça va aller. J’ai eu beaucoup de chance parce que la saison commence tard, ça m’a laissé le temps de guérir. Il n’empêche, ça impacte ma préparation parce que j’ai raté tout le développement de la nouvelle voiture. Ça fait un manque d’informations. J’ai aussi dû rater des séances d’essais de développement Formule Électrique pour le groupe Stellantis.
D’autant plus que les attentes sont grandes après trois titres de champion du monde en 2020, 2021 et 2025.
Et ce sont les seuls titres d’un constructeur chinois en sport automobile. Je fais partie de l’écurie Link & Co. Concernant l’objectif pour 2026, c’est forcément de gagner. N’importe quel pilote du plateau va dire « je veux gagner ». Le mien, c’est simplement d’arriver à faire mon travail du mieux possible. Je n’ai pas de vision à long terme. Je me focalise sur le jour J pour maximiser mes performances. Tous les jours, je me dois de mettre suffisamment de rigueur pour arriver à faire mieux.
« je roule avec le numéro 68 »
Quel est votre premier souvenir lié au sport automobile ?
Je pense que c’était quand j’allais voir les courses de mon oncle, Yvan Muller, au Trophée Andros, des courses sur glace. En tant qu’enfant, je regardais ça comme un spectacle, je ne me projetais pas en me disant que je voulais faire la même chose.
C’est vrai que la course automobile, c’est dans vos gènes.
C’est de famille oui. On est très axé sport. Mon père était footballeur professionnel, il a gagné la Ligue 1 avec Strasbourg. Petit, j’ai commencé par le foot. Sauf que le problème, c’est que j’avais zéro talent, même pas une once (rires). Donc j’ai changé. Puis j’ai grandi. Je n’ai pas trop connu la carrière automobile de ma maman. En revanche, mon oncle était encore en activité et ça m’a donné envie. Ce que j’aime, c’est travailler avec un aspect mécanique pour chercher la performance maximale. Un jour, quand j’ai eu 16 ans, on s’est dit : « allez, on va essayer ». On a commencé avec une course. Ça s’est bien passé, alors on a enchaîné. Comme mon oncle, je roule en supertourisme, des voitures qui ont le look extérieur d’une voiture de série préparée pour la course. En allant dans cette branche, c’était un peu plus facile de bénéficier de son expérience et de compenser le retard. Mais je ne crois pas trop au talent. Pour moi, le travail prime. Un talent pur ne compensera jamais le travail et la rigueur.

Vous avez manifestement bien fait, les titres se sont accumulés. Quel a été votre parcours ?
J’ai fait toutes mes études à Mulhouse. Quand j’ai commencé la course, j’étais en seconde. J’ai fait un DUT génie mécanique que j’ai arrêté au bout d’un semestre et je suis allé travailler dans l’équipe de mon oncle. C’était déjà ma quatrième année de sport automobile. Je ne suis devenu professionnel qu’à 22 ans. On le devient en recevant notre premier salaire, quand on signe avec une équipe ou un constructeur. Au début, on doit trouver des partenaires pour financer les saisons. Le sport automobile, c’est très onéreux.
Sinon, j’ai fait plusieurs catégories, du Championnat de France de Mitjet au Championnat du monde de supertourisme, où j’ai signé mon premier contrat avec Link & Co en 2019. Je suis toujours sur ce même contrat aujourd’hui, c’est rare dans l’automobile. Cette année, on change de marque, de Lynk & Co à Geely. Devenir professionnel, c’était incroyable. Il y a une euphorie de quelques jours et après on se rend vite compte que devenir professionnel, c’est dur, mais le rester, ça l’est encore plus. Une fois qu’on te verse un salaire, tu es redevable, avec une obligation de résultat. Ce n’est pas facile à gérer. Personnellement, j’ai commencé à travailler avec un préparateur mental il y a 9 ans. Ça m’a beaucoup aidé.
« Pour moi, le travail prime. Un talent pur ne compensera jamais le travail et la rigueur »
Nous l’avons déjà évoqué, vous êtes triple champion du monde TCR. Est-ce qu’un titre a plus de valeur qu’un autre ?
Franchement, quand tu te lèves tous les jours en te disant j’ai envie d’être champion du monde et que tu le deviens, tu es sur un nuage. 2020, c’était génial. Quant à 2021, la saison avait très mal commencé, mais on a réussi à gagner malgré tout. Ces deux premiers titres m’ont demandé pas mal d’efforts. Je n’ai pas fait une soirée pendant presque trois ans. Je me suis dit, est-ce qu’il y a besoin de faire autant de sacrifices pour gagner ? J’ai recommencé un peu à sortir, à mettre moins de rigueur. Et je ne gagnais plus. Alors à partir de 2025, plus une soirée, que dalle. Et on a gagné. Donc les trois ont une particularité. Pour répondre à la question, je pense que le premier est quand même spécial.
Malgré ces immenses succès, vous semblez toujours attaché à l’Alsace, où vous revenez souvent.
Je le suis. J’habite à moitié à Mulhouse et à moitié en Suisse. L’Alsace, c’est une région où je me sens bien et j’ai ma famille ici. Pour l’anecdote, je roule avec le numéro 68 ou le 168 quand trois chiffres sont obligatoires. Le champion a le droit de prendre le numéro 1, mais je ne l’ai jamais fait.
L’info en plus
Yann Ehrlacher a également été champion de France de Mitjet 2L 2014 et champion de France de Supertourisme 2015.
Repères
- 2012 : Sa première course.
- 2020 : Il devient champion du monde TCR.
- 2021 : Deuxième titre consécutif de champion du monde.
- 2025 : Il remporte son troisième titre.
Ses préférences
- Un documentaire : The Last Dance
- Une chanson : Sale État, de Ninho
- Un circuit : Villareal, au Portugal
- Un athlète : Michael Jordan


