mercredi 29 juillet 2026
AccueilCHRONIQUESUne Alsacienne loin du NidIls sont fous, ces Français de l’intérieur !

Ils sont fous, ces Français de l’intérieur !

Le mois dernier, je vous racontais comment les Alsaciens avaient discrètement conquis l’Amérique, en pionniers méconnus du Nouveau Monde. Une migration qui s’est faite tous azimuts, car de tout temps, par choix ou par nécessité, les Alsaciens ont quitté leur Heimat pour aller alsacianiser le monde – comme moi depuis ma première tournée De Broadway à Boersch. Ils ont laissé des traces qui sont des cailloux de petit poucet pour l’Alsacienne que je suis. Mais j’imagine qu’ils ont également été confrontés comme moi à de troublantes particularités locales. En ce mois de vacances où plus d’un Alsacien ira chercher bonheur ailleurs, j’avais envie de partager mes découvertes dans une chronique façon Lettres persanes.

Logiquement, la première étape de ma tournée en France de l’intérieur fut l’Ain, suivi des Deux-Sèvres et de Troyes (piteux jeux de mots fruit d’un cerveau ramolli par la canicule). Grâce à un cousin sur place, je joue mon premier spectacle à Ambronay, avant le covid… puis la V2 après le covid, avec les spectateurs de la V1 qui reviennent. En ramenant du monde. J’y vis mon premier succès d’estime. J’y retourne avec mon deuxième spectacle. Le Progrès fait 1, 2, 3 articles… Un autre patelin de l’Ain me repère… Je joue à Saint-Maurice-de-Beynost… mon premier spectacle et, en mars 2027, mon deuxième spectacle. Bref, Je suis plus connue dans l’Ain, qu’en Alsace. Avec mon cousin de la boulangerie Tatup d’Ambérieu-en-Bugey, voilà sixans déjà que nous semons des graines d’alsacianité, moi en balançant des witz, lui en filant des pains. Et parfois aussi, au fil des saisons, des lamele, bredele, linzertorte, kanelboller et autres pains d’épice. Il faut bien ça pour concurrencer les spécialités chelous de l’Ain. Dans les Dombes, c’est la Musculine, pâte de fruits, miel, sucre et bœuf séché – chelou, mais plus efficace que le schnaps pour un coup de boost avant une représentation. Dans le Bugey, c’est le ramequin.

Rien de chelou me direz-vous, après tout en Alsace aussi on a pour spécialité la poterie de Betschdorf et de Soufflenheim. Sauf que le ramequin, ce n’est pas de la poterie, c’est du fromage, tellement chelou que notre munster semble banal à côté. Il se présente sous forme de palet et se mange en fondue. C’est le seul fromage au monde qui ne fait pas grossir. Parce qu’il n’est pas gras ? Non, parce qu’il n’est pas bon ! Restons en Rhône-Alpes, avec plusieurs autres étapes de ma tournée. Bourg-lès-Valence d’abord, où j’ai déjà joué six fois (et de nouveau dans le coin, au Théâtre de verdure de Grane, le vendredi 21 août avec 1965 – Mélo, Dolto, Rétro !) et où j’ai découvert plein de similitudes avec l’Alsace. Déjà étymologiquement : Le Bourg de Bourg-lès-Valence est un mot du Moyen âge qui veut dire place forte et qu’on retrouve dans le nom de Stras-bourg.

Comme nous, Bourcains et Valentinois mangent des bonshommes, eux ils l’appellent le Suisse, et nous, on l’appelle le Mannele. Eux, ils ont la Maison Pic, 3 étoiles au Michelin, nous on a La Maison de la choucroute Le Pic. Eux ils ont Valence avec ses 17 km de canaux à ciel ouvert, nous on a Colmar avec ses 23 km de canaux à ciel ouvert. Petit joueur sachant rester modeste. Pas comme Annecy, qui avec ses 3,5 ridicules petits kilomètres de canaux, essaye de ravir à Colmar le titre de Venise française. Heureusement que je suis venue plusieurs fois dénoncer cette appropriation culturelle sur les scènes annéciennes. Cap sur Lyon, qui doit beaucoup aux Alsaciens, notamment au regretté Jean-François Zurawik, Maestro de l’emblématique Fête des Lumières qui draine chaque année 2 millions de visiteurs. À noter également, la brasserie Georges, institution lyonnaise depuis 1836, fondée par l’Alsacien Georges Hoffherr sur les anciens marécages de Perrache.

Et petit clin d’œil à la franchise L’Alsacien, véritable think tank de nouvelles recettes de flammekueche aux noms improbables, qui s’est installée sur la Presqu’île et qui propose une flammekueche typiquement lyonnaise : La Jean-Michel au lard ! Remontons à présent vers la Bourgogne-Franche-Comté, un concept aussi aberrant que celui du Grand Est. Mélanger Besançon et Dijon, même à moi, la moutarde m’en monte au nez. D’ailleurs, ils n’ont que ça les Dijonnais, la moutarde. Et encore, nous on sait bien que la meilleure des moutardes est celle à base de raifort fabriquée en Alsace. Alors que Besançon, c’est Vauban, Lip, Victor Hugo. La place Victor Hugo, la statue Victor Hugo, la maison Victor Hugo, le cinéma Victor Hugo, le lycée Victor Hugo… En vrai, Victor Hugo n’est resté à Besançon que trois semaines. On n’appelle pas ça un vécu, mais une villégiature. Alors que les Bisontins ont tant d’autres atouts. Ils ont inventé le bateau à vapeur, l’allumette, la vache qui rit, le métier de sanglier, dont la seule mission est d’aller dans la forêt avec sa petite hache pour recueillir sur les arbres les sangles d’écorce qu’on met autour du Mont d’Or, c’est pas beau ça ? Si Dijon est le condiment, Besançon est le plat principal. Et je ne dis pas ça juste parce que j’ai déjà joué à Besançon et jamais à Dijon.

D’ailleurs, je reviens le samedi 5 décembre à la Comédie de Besançon, avec pour chef d’orchestre une Alsacienne (on est partout, dans vos villes, dans vos campagnes, gnac gnac, gnac). Je dis ça aussi parce que Besançon, c’est la Franche-Comté, le pays des frères Lumière, de l’horlogerie et de la pelle à ch’ni ;-). Quand je pense que la France se déchire sur chocolatine ou pain au chocolat alors que le vrai débat c’est ramasse-poussière ou pelle à ch’ni. Et moi, je suis définitivement team pelle à ch’ni ! Nous ne voyagerons pas plus loin aujourd’hui – même s’il reste encore quinze régions métropolitaines à explorer – car ma chronique touche déjà à sa fin. Mais qu’importe puisque… « Une Alsacienne loin du nid » revient pour une saison 2, youpi ! Et il faut bien que j’en garde sous le pied pour continuer à vous surprendre, à vous amuser et à vous distraire en vous narrant les aventures de Catoch’, balancée trop loin du nid, comme d’autres sont balancés trop près du mur.

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