AccueilÀ la uneServane Ducorps & Mikaël Serre, les nouveaux directeurs entrent en scène

Servane Ducorps & Mikaël Serre, les nouveaux directeurs entrent en scène

Après 8 ans de bons et loyaux services, Émilie Capliez et Mathieu Cruciani, anciens co-directeurs de la Comédie de Colmar, ont quitté l’établissement. Depuis septembre, un nouveau duo a pris leur suite. Des compagnons de route de longue date : Servane Ducorps et Mikaël Serre. Elle a commencé le théâtre enfant pour surmonter sa timidité et est devenue une comédienne accomplie. Lui est un metteur en scène franco-allemand passé par les Beaux-Arts et l’opéra. Deux parcours bien différents, complémentaires. La Comédie de Colmar représente leur première direction d’un Centre Dramatique National (CDN). Ils se sont confiés à Maxi Flash peu de temps après leur arrivée, au coeur de la Comédie.

Que représente le théâtre pour vous ?

Mikaël : C’est un lieu de confrontation avec les publics, un lieu où l’on peut partager, parfois des idées contradictoires, mais de manière collégiale. C’est aussi un lieu où l’on rencontre des oeuvres et des artistes. On fait aussi attention à ce que la parole de chacun soit importante et compte.

Servane : Le théâtre reste un lieu d’hospitalité où chacun peut se sentir chez soi. Quand j’étais plus jeune, les théâtres ont été des endroits de rencontre humaine, où je pouvais trouver ma place dans cette société. Les CDN ont été créés pour cela, et on tient à ce qu’ils soient ouverts le plus possible aux habitants et aux artistes.

En parlant du rapport au théâtre durant votre jeunesse, comment êtes vous entrés dans ce monde ?

Servane : J’ai commencé toute petite. Ma mère m’a fait faire du théâtre parce que j’étais très timide. Elle était institutrice, très sensible. Elle trouvait qu’il ne fallait pas passer sa journée entière derrière une table à l’école, mais qu’il fallait aussi s’ouvrir, faire des activités. J’étais dans une école publique à mi-temps dans laquelle je faisais du théâtre et de la musique le matin. L’après-midi, j’allais à l’école. J’ai fait ça jusqu’au lycée. Puis, le théâtre est devenu pour moi l’endroit où je pouvais m’exprimer, donc je n’ai pas lâché.

Mikaël : Moi, j’étais dans une MJC où il y avait des ateliers de peinture et de théâtre. J’ai continué dans ce cursus et je me suis rendu compte que c’était le lieu où j’avais mes plus grands amis, où il y avait une intensité que je ne trouvais pas ailleurs. À l’école, on ne te demande pas souvent ton avis. Mais là, d’un coup, tu avais une place en tant qu’individu. Après, j’ai fait les Beaux- Arts. J’ai donc surtout travaillé sur la peinture, la photographie, dans un rapport solitaire à l’oeuvre. Très vite, je suis revenu au théâtre, parce que j’avais besoin du collectif, d’être en dialogue avec d’autres personnes.

Voilà pour vos histoires personnelles. Il y a aussi votre histoire commune. Comment a-t-elle débuté ?

Servane : On s’est rencontrés assez jeunes, à l’école de théâtre et de mouvement Jacques Lecoq. Nous ne travaillons pas tout le temps ensemble, c’est aussi important d’avoir notre indépendance et de se lier à d’autres personnes. Personnellement, j’ai fait le conservatoire et on s’est retrouvés ensuite, Mikaël comme metteur en scène et moi comme actrice. Ensuite, on a collaboré. On pense les choses ensemble. On est partenaires comme ça depuis 20 ans.

Mikaël : Me concernant, en tant que franco-allemand, j’ai travaillé en Allemagne comme acteur. Rapidement, je suis allé à la mise en scène en passant par la traduction de textes de théâtre allemand en français. J’ai aussi beaucoup travaillé avec des danseurs, avec l’opéra, la musique.

L’un plutôt tourné vers la mise en scène, l’autre vers l’acting, vous semblez complémentaires pour cette nouvelle aventure à la Comédie de Colmar.

Servane : On espère ! On trouvait intéressant de proposer cette codirection avec deux visions différentes. C’est vrai que je suis plus directement au jeu, au plateau. Mikaël aussi, mais pas à la même place. Même si on est différents, on se connaît très bien et je sais qu’on s’entend artistiquement.

Pourquoi avoir décidé de passer à la direction d’un CDN ?

Mikaël : C’était une volonté. On revient à la question du partage. On se dit, au bout de 20 ans de création dans des maisons, est-ce qu’on peut mettre cette expérience non plus au service de sa seule personne, mais au service d’une maison, pour la partager avec le public ? Dans un Centre Dramatique National, qui est un service public, la mission c’est d’être un lieu pour accueillir et partager. Aussi, dans ce CDN, il y a la Jeune Troupe et un lien avec l’Opéra Studio. Ça a joué.

Servane : Ces dernières années, en arrivant à un certain stade de mon parcours, je me suis dit que c’était peut-être le moment de changer, de revenir dans un lieu. Et je ne me projetais pas dans un autre CDN que celui-ci. Une impression qui s’est confirmée en venant, en rencontrant l’équipe. Tout d’un coup, c’est devenu concret et possible. La position géographique de Colmar, son histoire, tout cela a pesé dans notre choix. Pouvoir vivre une telle aventure une fois dans sa vie, c’est passionnant.

Est-ce plus difficile que prévu vu le contexte de coupes budgétaires pour la culture ?

Servane : Évidemment. On sait qu’il va falloir trouver des stratégies. Mais ça ne doit pas enlever l’envie, le désir. On va se battre pour garder des moyens. Il faut être solidaires, être en résistance.

Mikaël : Il faut garder de l’optimisme. En plus, nous, on a toujours été dans le combat. Qu’on soit en compagnie ou en production, c’est toujours difficile.

Mais ça n’entame pas notre plaisir. Vous devez déjà avoir beaucoup d’idées, de projets. Quelle est votre vision ?

Mikaël : Effectivement. On a des réflexions, sur le transfrontalier par exemple. Nous allons développer les partenariats avec la Suisse et l’Allemagne. Il faut que ça soit accompagné de visuels et d’une nouvelle communication. Visuellement, on veut que les noms des spectacles soient plus présents dans l’espace, avec peut-être plus de lettrage.

Servane : On trouve notre vocabulaire commun petit à petit, comme nos prédécesseurs avaient trouvé le leur. D’ailleurs, il ne s’agit pas du tout de tout casser, parce qu’il y a des choses formidables sur lesquelles on veut s’appuyer. Mais il faut aussi qu’on mette notre patte. Il y aura des propositions pour des publics très différents. On réfléchit aussi à la façon d’être en réaction au monde qui nous entoure. Et puis, il y a ces acteurs et actrices qu’on voudrait mettre davantage au centre, avec des rendez-vous pour qu’ils nous parlent de leur métier. On ne va pas s’ennuyer !

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Servane Ducorps. / ©JB BELLON
Mickael Serre, comédie colmar, Journal Maxi Flash
Mikaël Serre. / ©MAXIME DOS

L’INFO EN PLUS

Une première rencontre entre le public, Servane Ducorps et Mikaël Serre, aura lieu le 6 février.

LEURS PRÉFÉRENCES

Un film : Certains l’aiment chaud, pour Servane, Two- Lane Blacktop, pour Mikaël. • Un livre : La cave de Thomas Bernhard pour Mikaël, King Kong Théorie de Virginie Despentes pour Servane. • Un lieu hors d’Alsace : Les Dolomites pour Servane, « Le monde » pour Mikaël. • Un plat : La parmigiana pour Servane, The roll box pour Mikaël. • Un acteur : Sandra Hüller pour Servane, Swann Arlaud pour Mikaël

REPÈRES

1982 : Mikaël découvre le clip Thriller de Michael Jackson. 1990 : Servane joue dans le spectacle de fin d’année de son école et comprend à 12 ans qu’elle veut en faire son métier. 2002 : Servane entre à l’école internationale de théâtre Jacques Lecoq. 2017 : Mikaël met en scène son premier opéra, Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach, à l’Opéra de Dijon. 2026 : Servane et Mikaël sont nommés à la direction de la Comédie de Colmar

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