AccueilÀ la uneArlette Rohmer & Chloé Kuhlmann, l’art de transmettre, tasse après tasse

Arlette Rohmer & Chloé Kuhlmann, l’art de transmettre, tasse après tasse

Mère et fille nous reçoivent à Wittisheim, dans leur havre de paix, et nous proposent une tasse de thé. Évidemment. On le choisit nature, d’Inde. Il est servi et expliqué comme un grand vin. On le sirote en oubliant l’heure... Arlette est une grande bavarde, les yeux qui pétillent, les mots qui débordent. Chloé est douce, posée. L’équilibre est parfait, comme dans leurs recettes ! Plus de trente ans après avoir fondé Les Jardins de Gaïa, Arlette donne les clés de la Maison à Chloé et son partenaire de vie, Karrame Belhidaoui. Les fondamentaux ne bougent pas : bio, commerce équitable, relation directe avec les producteurs. Et dans ce terreau fertile, la nouvelle génération compte bien faire germer de nouvelles graines…

Arlette, vous êtes la pionnière du thé bio et issu du commerce équitable en France. D’où vient cette sensibilité ?

Arlette : Je suis une grande passionnée de plantes depuis l’enfance. Mon papa m’emmenait à la cueillette en forêt. À 11 ans, il me laissait même conduire la voiture (rires). À 17 ans, je confectionnais mes propres tisanes colorées à base de fleurs séchées au grenier. J’ai découvert le thé plus tard, grâce à une amie qui m’a offert un Darjeeling Singell : un choc gustatif par rapport aux thés parfumés que j’achetais en Allemagne ! Au lycée, je m’impliquais déjà à la Maison des Jeunes de Sélestat : concerts, trocs, repas bio mensuel. J’ai ensuite travaillé huit ans comme éducatrice spécialisée, pris un an pour voyager, six mois en Grèce, six mois en Afrique noire, et suivi une formation d’herbaliste par correspondance. Mais je ne peux pas en faire un métier à cause de la législation. À l’époque, la vente de tisanes était réservée aux pharmaciens. Puis j’ai eu Chloé, ouvert une librairie pour enfants, fait du bénévolat pour le restaurant bio La Mahlkicht et la première coop de Sélestat : G’Sundheit… Tout ça a nourri l’idée de créer quelque chose autour des plantes, du voyage et du bio.

Chloé, vous aviez 9 ans à la création des Jardins de Gaïa. Quels souvenirs gardez-vous de ces débuts ?

Chloé : des choses très visuelles : les grandes bassines de mélanges dans la cuisine familiale, l’ensachage, l’étiquetage. Nos premiers salons. La Foire éco Bio de Rouffach, où les clients venaient faire leurs recharges. Internet n’existait pas encore…

Arlette : Tu te souviens des premiers magasins qui demandaient des codesbarres ? On les bricolait sur des feuilles ! Et toi tu disais « quel est l’imbécile qui a inventé les codes-barres ? ».

Chloé : Oui (rires). On l’a mal vécu sur le moment, mais c’est un souvenir qui fait sourire !

Et votre toute première gamme ?

première collection issue du Tea Studio journal maxi flash
La première collection issue du Tea Studio comprend quatre thés nature
bio : White Peony, Green Maofeng, Black Orchid et Nilgiri Sheng. / ©DR

Arlette : Trente à quarante références mêlant thés et tisanes. Parmi les premières recettes : le Thé de Noël, inspiré du pain d’épices alsacien. Et les Épices vin chaud, la première référence bio sur le marché. La tisane pour enfant, aussi, dont la recette existe encore aujourd’hui. Puis j’ai découvert le rooibos en Afrique du Sud en 1998, juste après l’apartheid. Nos premiers rooibos certifiés bio et commerce équitable, avec la coopérative de Wupperthal puis de Heiveld. Je m’y suis rendue chaque année pendant plus de quinze ans.

Avec combien de partenaires producteurs travaillez-vous aujourd’hui ?

Chloé : Une quarantaine, dont certains représentent plusieurs centaines de producteurs répartis sur les cinq continents.

Quelles sont vos dernières innovations ?

Chloé : Nous avons lancé nos infusettes de feuilles entières l’an dernier, avec une enveloppe en cellulose de bois compostable, un sachet 100% canne à sucre et une boîte certifiée FSC©. On a aussi notre gamme Les Engagés, déclinée en trois familles : Agir pour la Nature, pour l’Éducation, pour la Culture. Avec 0,50€ par sachet reversé à notre fonds de dotation, qui sert notamment de fonds d’urgence pour les producteurs victimes de catastrophes écologiques.

Arlette : Et notre dernière grande aventure : le Tea Studio, dans les monts Nilgiri en Inde. En partenariat avec des maisons de thé venues de trois continents, nous avons contribué à la conversion d’un site de production vers une agriculture 100% biologique. C’est la première fois que les Jardins de Gaïa participent à la conception de leurs thés dès l’origine, avec la possibilité d’expérimenter de nouveaux profils aromatiques. La première collection comprend quatre thés nature bio.

Chloé : Et en 2027, des thés de Géorgie transportés à la voile rejoindront la gamme.

Comment s’est construit votre passage de témoin ?

Chloé : Dans la confiance. J’ai intégré l’entreprise en 2013, à l’événementiel, puis au comité de dégustation. J’ai la casquette expertise produit et création des recettes. Karrame, mon conjoint, nous a rejoints il y a trois ans en tant que co-gérant. Il pilote la production, le management et la logistique. Nous sommes complémentaires.

Arlette : Moi, je reste impliquée en tant qu’ambassadrice de la marque, présidente du fonds de dotation et garante des grands crus. Je n’ai eu aucun mal à leur donner les clés… et à garder mes petits-enfants (rires) !

Où souhaitez-vous emmener les Jardins de Gaïa dans les prochaines années ?

Chloé : On veut continuer de créer « des produits qui éveillent les sens et réveillent les consciences ». Maintenir un niveau d’exigence sociétal et environnemental élevé. Et s’impliquer sur notre territoire. Notre projet éducatif « Planète Arc-en-Ciel », mené depuis cinq ans avec l’école maternelle et élémentaire de Wittisheim, en est la meilleure illustration : nous faisons une centaine d’interventions par an autour de la nature, de la biodiversité, de l’alimentation saine… et nous nous réjouissons d’une prochaine extension vers le collège !

À l’approche de l’hiver, quel thé nous recommandez-vous ?

Chloé : L’incontournable Thé de Noël, un thé noir à l’orange et aux épices. Et le Wulong Un Thé pour l’Océan, à l’huile essentielle de citron, gingembre et romarin, la plante que les marins utilisent contre le mal de mer. Une recette de la gamme Les Engagés qui raconte une histoire…

Arlette : moi, c’est toujours un Darjeeling de printemps, le matin, en théière. Et un Wulong en fin de journée. Mon champagne à moi (rires) !

MARCHÉ DE NOËL

Pour sa 5e édition, le marché de Noël local et engagé des Jardins de Gaïa fait son retour. Au programme : food truck, producteurs locaux, associations partenaires, dégustations de thés et mocktails gourmands de saison. Vos petits lutins auront droit à un manala offert ! Une parenthèse joyeuse et chaleureuse, à l’image de cette Maison alsacienne.
Entrée libre. Samedi 14 novembre de 10h à 12h.

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