AccueilÀ la uneKaren Hoffmann-Schickel, une histoire sans frontières

Karen Hoffmann-Schickel, une histoire sans frontières

Elle est descendue de sa montagne le temps d’une interview, pour raconter son parcours atypique. Prise de passion pour le journalisme et l’écriture, Karen Hoffmann-Schickel est finalement devenue ethnologue spécialiste des Sâmes, peuple autochtone de Laponie. Karen Hoffmann a aussi été bergère de rennes et médiatrice culturelle pour l’ONU. Aujourd’hui, elle travaille avec son mari en ferme-auberge sur les hauteurs de Munster. Sa passion de l’écriture, elle, n’a jamais disparu. Depuis plus de 10 ans, elle écrit des livres pour enfants, en plus de son rôle de présidente de la Société d’Histoire de Munster. C’est justement dans les locaux de l’association qu’elle a reçu Maxi Flash.

Vous avez exercé de nombreuses activités. Enfant, que rêviez-vous de faire plus tard ?

J’ai découvert et aimé l’écriture dès l’école primaire et je voulais être journaliste reporter de guerre. Ce qui m’a vraiment motivée c’est justement un petit prix gagné à l’école pour deux articles sur la guerre du Golfe et sur la chute du mur de Berlin. Ce qui m’intéressait, ce n’étaient pas uniquement les faits historiques. C’étaient les témoignages. Ça m’a aussi énormément intéressée de chercher les informations. Toutefois, j’avais un petit problème avec le journalisme : il faut être rapide et concis (rires). C’est quelque chose qui, pour un petit escargot comme moi, peut être difficile. Je rêvais aussi d’écrire un roman.

Finalement, vous êtes devenue ethnologue. Oui, en quatrième j’ai eu la chance de découvrir l’ethnologie.

Karen Hoffmann, ETHNOLOGUE, Journal Maxi Flash
Karen Hoffmann au Spitzberg en 2008. / ©DR

Je me suis dit : c’est fantastique, on va à la rencontre des gens, on essaie de comprendre comment ils sont, comment leurs traditions peuvent répondre à des phénomènes historiques. Ça a fait écho à ce que j’aimais. J’étais notamment fascinée par les pays du Nord, par la nature, les montagnes, les cultures. Il y avait une attirance vers les déserts blancs, vers ce qui est sauvage, naturel. J’ai découvert que cette discipline me permettait de m’intéresser aux légendes du monde, aux faits historiques et aux gens. Et puis, en plus, quand on vous demande ce que vous voulez faire plus tard, et que vous répondez ethnologue en quatrième, ça fait classe (rires). Alors j’ai tout fait pour aller vers ce secteur, j’ai même appris le suédois.

À quoi ça sert l’ethnologie en 2026 ?

C’est une discipline qui est née pour la colonisation, un passé qui n’est pas simple à porter. Ce côtélà de l’ethnologie, heureusement a évolué. Et il ne m’intéresse pas. Mon truc, c’est la confrontation du regard et la découverte de l’autre. De nos jours je pense que, plus que jamais, il serait important de comprendre et de rencontrer l’autre. Certains peuples, comme les Sâmes en Laponie, chez qui j’ai travaillé en tant que bergère de rennes, vont faire de l’ethnologie pour se comprendre eux-mêmes. C’est un complément de l’histoire. Cela permet aussi de transmettre des croyances, des coutumes. On va d’abord à la rencontre des gens. Par exemple, pour étudier la façon de vivre d’un groupe de musique, on va faire une tournée avec.

Vous avez évoqué une expérience de bergère de rennes. De quoi s’agit-il ?

J’ai fait une thèse de doctorat sur la relation entre l’homme et l’animal chez les Sâmes, où il y a des éleveurs de rennes. Ce qui m’intéressait, c’était de voir comment un animal comme le renne, qui est sacré là-bas, était aussi l’animal le plus consommé. Alors que chez d’autres peuples, un animal sacré n’est pas mangé. De plus, les Sâmes sont le seul peuple autochtone reconnu en Europe. J’avais envie de comprendre comment ce peuple, réparti sur quatre nations (Norvège, Suède, Finlande, Russie), peut être un peuple sans pays, avec une histoire parfois difficile. C’est le passé qui fait qui on est aujourd’hui. Travailler chez eux, en étant bergère, je pense que c’est l’expérience qui m’a le plus marquée.

Vous avez aussi été médiatrice culturelle à l’ONU ?

Effectivement, avec pour mission de s’occuper des autochtones qui venaient à des forums discuter de leurs conditions. Il faut savoir que certains peuples n’ont pas d’avocats. Souvent, ces avocats ont du mal à leur faire comprendre une loi, comme éviter la pêche dans une réserve naturelle car eux, autochtones, ne surpêchent pas. Comme ils ne comprennent pas la loi, ils ne la respectent pas et se font punir. Mon rôle était d’expliquer, de traduire pour éviter cela.

« C’est le passé qui fait qui on est aujourd’hui »

Et l’écriture dans tout ça ?

J’ai toujours écrit, dans de petits carnets notamment. Puis un jour j’ai eu envie de créer des histoires dans lesquelles je racontais mes propres aventures. Cela a donné lieu, en 2014, à la sortie d’un premier livre aux éditions Borealia : Petit renne a peur de tout. Ce livre a été traduit en cinq langues. Je ne m’attendais pas à autant de succès !

J’ai même traduit Petit renne a peur de tout en alsacien. Ça me tenait à coeur parce que c’est ma langue maternelle. J’ai appris le français à l’école, à 6 ans. J’ai fait d’autres ouvrages jeunesse dans d’autres éditions. Ce qui me plaît là-dedans, ce sont les messages derrière des histoires simples. Pour moi, l’écriture, c’est une passion, un besoin de tous les jours. En ce moment, je suis sur de petits romans historiques pour adolescents.

Il est vrai que l’histoire est l’une de vos passions. Vous êtes même devenue présidente de la Société d’Histoire de Munster.

J’ai un grand-père originaire de Munster. L’un de ses frères aînés était membre de la Société d’Histoire. Ensuite, en 1996, j’ai rencontré Gérard Leser, président de la Société d’Histoire depuis 1983. C’est à ce moment-là que je me suis inscrite dans la Société. Il m’a dit que l’histoire n’est pas que pour les personnes âgées (rires). Avec mon mari, on s’est installés dans la vallée en 2008. En 2009, j’ai eu la chance d’intégrer le comité de la Société. En 2011, je suis devenue vice-présidente. Puis Gérard a souhaité prendre sa retraite. Il avait envie qu’une femme soit présidente. Une aventure de plus !

Ce n’est pas la dernière aventure, puisque vous avez troqué l’ethnologie pour la ferme auberge ces dernières années ?

C’est vrai. Je continue l’ethnologie, en privé. J’ai épousé Gérard Schickel, qui vient de la vallée et qui a repris la ferme auberge de Hahnenbrunnen, de ses parents. De mai à octobre, j’y travaille et vis sur les Crêtes. L’autre moitié de l’année, je vis dans la vallée, tout en travaillant aux ambulances Jacquat. Et au milieu de tout ça, l’écriture est là, toujours.

L’INFO EN PLUS 

Le renne est l’un des seuls mammifères qui ont peu évolué depuis la préhistoire.

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