lundi 5 janvier 2026
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Nino Barattini : de toile en toile

Il a posé ses valises en Alsace le 6 octobre dernier. Niçois d’origine, il a découvert l’art underground à Berlin, étudié à Paris et travaillé en province. Nino Barattini est le nouveau conservateur de la collection d’art moderne et contemporain du Musée Unterlinden. L’un des plus jeunes de France à son poste. Et il fourmille déjà d’idées pour donner plus de lumière aux oeuvres dont il a la charge. Cet amoureux de l’art, au parcours éclectique, s’est confié à Maxi Flash sur son arrivée et ses ambitieux projets.

À 25 ans, vous êtes conservateur d’une collection. Qu’est-ce que cela vous fait ?

C’est vrai qu’en général les moins âgés ont entre 25 et 30 ans, je fais partie des plus jeunes (rires). Je dirais qu’il y a déjà beaucoup d’enthousiasme. C’est quelque chose que j’attendais, la prise de poste est intense, il y a beaucoup d’interlocuteurs, c’est très vivant. C’est un musée exceptionnel, l’un des plus visités en région, avec des collections transversales couvrant des milliers d’années. Je suis centré sur l’art moderne et contemporain, mais de manière générale être entouré d’autant de chefs d’oeuvres c’est très stimulant. D’autant plus que l’image du musée est, elle aussi, exceptionnelle. Son architecture est extraordinaire. Étant moi aussi sensible à l’architecture, c’est un lieu que j’avais identifié depuis longtemps. Cet établissement a aussi une spécificité régionale, il fait autorité dans le monde des musées régionaux. Il y a une bonne synergie entre tout le monde, je me projette bien ici.

Quel est le rôle d’un conservateur ?

C’est un métier assez étonnant. Jamais une journée ne ressemble à une autre. On a un rôle de passeur du patrimoine. On a nécessairement pour charge de s’assurer de la bonne conservation des oeuvres qui constituent ce patrimoine. Puis nous devons faire vivre ces collections. À travers des expositions, du contenu scientifique, des manifestations culturelles variées. On a aussi un rôle de médiation. C’est très large : réponse à une demande de prêt, restauration sur une oeuvre, etc. C’est ce qui fait l’originalité et la beauté de ce travail. Mais c’est un métier dans lequel on n’arrive pas par hasard. C’est souvent après de longues études et une formation à l’Institut national du patrimoine.

Nino Barattini, devant Absence d’hostilités n° 2, oeuvre d’Alberto Magnelli.
Nino Barattini, devant Absence d’hostilités n° 2, oeuvre d’Alberto Magnelli. / ©MUSÉE UNTERLINDEN

À propos d’études, il me semble que votre parcours est déjà bien fourni.

Oui, il est éclectique (rires). Je dirais qu’il est assez riche pour mon âge, très modestement. J’ai fait une licence et un master en histoire de l’art à Paris. J’ai également un diplôme universitaire de la faculté de sciences politiques de Nantes Université, en droit de l’art et de la culture. J’ai aussi mené plusieurs projets de recherches, notamment aux États-Unis, en Pennsylvanie. Pendant mes études, j’ai eu la chance de passer par plusieurs institutions, comme le Centre Pompidou, puis au Mobilier National où j’ai été assistant de conservation sur deux projets d’expositions. Mimèsis au Centre Pompidou de Metz également. Par la suite, je suis passé par le Châteaux de Seaux, en tant que responsable du projet scientifique et culturel. Après, j’ai rejoint la Villa Noailles, un centre d’art contemporain, comme attaché de conservation. La continuité des choses m’a conduit à ce poste à Colmar. Je mesure les responsabilités qui sont les miennes, je trouve ça stimulant.

Vous avez donc toujours voulu travailler dans le monde de l’art ?

Honnêtement, je ne me suis jamais vu faire autre chose ! Je n’ai pas de fibre artistique, mais j’ai toujours su que je voulais être au plus près des oeuvres, au plus près des artistes. Découvrir, faire voir, chercher. C’était naturel de me diriger vers ce métier.

Qu’est-ce qui vous attire dans ce milieu ?

Voilà une question ô combien philosophique. Ce n’est peut-être pas la réponse à laquelle vous vous attendez. On a une sensibilité à l’art, à la création, aux objets, et c’est assez personnel. Ça s’éduque, mais ça ne s’explique pas forcément. D’ailleurs, je suis très attaché à cette éducation et à l’accessibilité. En tant que Musée, nous avons un rôle éducatif fort, nous pouvons révéler des passions. Même si moi je me suis un peu fait tout seul. J’ai fréquenté les musées très jeune, sur ma Côte d’Azur natale, et j’ai vite été conforté dans cette attirance.

« Honnêtement, je ne me suis jamais vu faire autre chose ! »

Et pourquoi avoir choisi de vous diriger vers l’art moderne et contemporain en particulier ?

Là encore, ça ne s’explique pas, c’est une question de sensibilité. Je peux m’émouvoir autant d’un Caravage que d’un Picasso. Je m’intéresse à l’art dans toute sa pluralité, mais j’ai une sensibilité plus accrue à l’art moderne et contemporain. C’est ce qui m’émeut le plus. Il y a une dimension conceptuelle qu’on ne retrouve pas toujours dans de l’art plus ancien. Il y a aussi la pluralité des médiums, la question des enjeux sociétaux dont les artistes s’emparent.

La salle d’art moderne du musée.
La salle d’art moderne du musée. / ©MUSÉE UNTERLINDEN

La collection dont vous vous occupez est bien moins connue que le reste. Comment vous l’expliquez ?

Ah, vous touchez un point central qui sera au coeur de mes missions. J’ai beaucoup d’ambition autour de cette collection, peut-être un peu trop (rires). Mais effectivement, l’un des principaux enjeux sera de la valoriser davantage. Il y a un caractère hégémonique et parfois un peu écrasant de la partie médiévale et du Retable d’Issenheim, un joyau absolu. Mais il y a d’autres choses à voir au musée, comme cette collection qui est riche, plurielle et originale.

Vous avez l’air d’avoir déjà quelques projets en tête ?

Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on est déjà sur un projet d’exposition. Globalement, ce sera un dialogue entre les deux ensembles constitutifs du musée, à savoir la collection d’art moderne et contemporain, et les collections d’arts anciens. Cela aura lieu en juin prochain, jusqu’en décembre. Et on se penche sur un nouveau parcours permanent, d’autres expositions de différents formats pour différents publics. Une chose est sûre, je ne vais pas m’ennuyer (rires).

Le chiffre

1602

C’est le nombre d’oeuvres qui composent la collection d’art moderne et contemporain du Musée Unterlinden, dont Nino Barattini a la charge.


Repères

  • 2014 : Découvre Berlin et l’art underground.
  • 2018 : S’installe à Paris pour ses études.
  • 2023 : Rejoint le centre d’art Villa Noailles à Hyères.
  • 2024 : Recherche de plusieurs mois aux États-Unis.
  • 2025 : Arrivée au musée Unterlinden.

Ses préférences

  • Un artiste musical : Orange Blossom
  • Un livre : Le Horla, Guy de Maupassant
  • Un réalisateur : Yórgos Lánthimos
  • Un endroit hors d’Alsace : Nice et la Côte d’Azur
  • Une activité : Les musées, toujours
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