mercredi 4 février 2026

Schweitzer nous parle

Albert Schweitzer a parfois été traité de colonialiste. Plutôt que les clichés et les a priori, voici la réalité : en 1951, alors qu’il donne une conférence à Paris, Albert Schweitzer insiste sur un fait remontant au 8 février 1815 qui lui tient particulièrement à coeur.

L’humaniste

 

« Il n’y a plus eu de Noir qu’on ait vendu aux négriers ». Et il commente : « C’était le congrès de Vienne. Il a fait une grande oeuvre humanitaire ». La traite des êtres humains a disparu, restait le colonialisme. Et qui s’est élevé avec force, audace et énergie contre le colonialisme ? C’est Albert Schweitzer.

Le 26 août 1900, alors qu’il n’a que 25 ans, il prononce un sermon à Gunsbach en remplacement de son père. Il veut susciter la compassion de ses paroissiens pour les victimes des appétits coloniaux. Il recommence alors qu’il est pasteur à Strasbourg.

Nous sommes le 6 janvier 1907, il lance : « Nos États, que l’on vante tant pour leur civilisation, ne se comportent nullement en civilisés à l’extérieur. Ce ne sont que des états prédateurs ». Dans la foulée, il s’attarde sur le thème de l’expiation. L’Alsace est alors allemande. Il pointe l’attitude du Reich qui a envoyé 15 000 hommes combattre sur le sol africain.

Il interroge : « Quand le Reich enverra-t- il 15 000 combattants pour Jésus, le Seigneur de l’humanité ? ». Trois semaines plus tard, il enfonce le clou, avec de nouvelles critiques du colonialisme. Les archives regorgent de propos de Schweitzer empli d’humanisme à l’égard des Africains.

Un exemple : « Le Noir est un excellent travailleur. Il travaille autant que les circonstances l’exigent ». Bien sûr, il emploie le mot « Noir ». Parfois il parle aussi des nègres. Mais il ne faut pas y entendre un manque de respect.

La langue naturelle d’Albert Schweitzer est l’alsacien avec l’emploi du mot « die Schwarza » qui n’a aucune connotation raciale.

Six ans après ses sermons engagés prononcés dans l’église Saint-Nicolas, Albert Schweitzer part au Gabon. Nous sommes en mars 1913. C’est le début de l’aventure de l’hôpital de Lambaréné. Sa volonté est très claire : il ne va pas apporter la civilisation des Blancs aux Africains. Il veut racheter le mal que les Blancs ont fait sur ce continent.

Et puis c’est Albert Schweitzer encore lui qui énonce les droits des Africains. C’est en 1927. Il en compte sept avec notamment le droit au sol, à la protection, à l’éducation, à l’habitation. Et écoutons aussi ce qu’il dit de ses collaborateurs gabonais… « Je dois beaucoup de reconnaissance à mes anciens infirmiers noirs. Puisse mon oeuvre encore à l’avenir bénéficier de ces dévouements et de ces bienveillances pour rendre des services à la population de la région de Lambaréné ».

Il est temps de jeter aux orties les clichés sur Albert Schweitzer raciste ou colonialiste.

Francis Guthleben vient de publier Albert Schweitzer intime, aux éditions AISL. L’ouvrage regroupe 100 témoignages sur le prix Nobel de la Paix recueillis dans le monde entier.

Retrouvez l’ensemble des articles sur Albert Schweitzer : L’année Schweitzer

Chronique rédigée par Francis Guthleben

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