dimanche 8 février 2026
AccueilCHRONIQUESSylvie m'était contéeQuand même pas en l'Alsace... Si ?!

Quand même pas en l’Alsace… Si ?!

Les touristes veulent des maisons à colombages, des cigognes et des bretzels. Ils s’extasient devant la cathédrale de Strasbourg et nos châteaux, se régalent de choucroutes et de flammekueches arrosées de vin blanc, s’amusent à essayer de prononcer correctement les noms de nos villages. Ah, c’est vrai, que les clichés ont la vie dure ! Cela dit, il est bon de se rappeler que non : tout, en Alsace, n’est pas… typiquement alsacien, loin de là.

Des communes aux noms franchement… franchouillards, une fois n’est pas coutume, oublions Obermorschwiller, Wangenbourg-Engenthal et même notre chouchou absolu : Niederschaeffolsheim ! Amusons-nous plutôt à lister quelques destinations au nom si francophone qu’on en flairerait presque l’arnaque. Ça nous donne : Châtenois, Fouchy, La Petite-Pierre, Levoncourt ou Villé… Les destinataires de nos jolies cartes postales – Oui, oui, on en trouve encore ! – n’en croiront pas leurs yeux. Ils s’exclameront : Comment ? Mais on croyait que vous étiez en Alsace !

À propos de sonorités locales, amusons-nous à laisser les multiples déclinaisons de l’alsacien, trop attendues, afin de nous pencher sur le welsche (ou welche). Voilà un dialecte moins connu, et à consonances davantage romanes que germaniques. Les sources consultées m’ont appris que certains le parlent toujours, notamment du côté de Neuviller-La-Roche, Ribeauvillé ou Orbey… Le Kääs (fromage) y deviendra alors : Fermèdj, et l’église du milieu du village (Kirch), sera une Motéy. Furieusement dépaysant, non ?

Et attention ! Ce n’est qu’un début. Car maintenant, en voiture, Simone ! On va examiner quelques idées qui nous feront voyager très loin… tout en restant… pas loin. Car on trouve du côté de chez nous de quoi s’étonner davantage qu’on pourrait l’imaginer dans nos rêves les plus fous.

COMME UN VENT D’ORIENT…

Même si nous sommes plutôt à l’est, parler d’orient en évoquant nos frontières pourrait faire sourire… et pourtant. Tiens, par exemple : quoi de plus oriental justement que le safran, la prestigieuse épice si intimement liée à la culture perse, mésopotamienne et indienne ? Eh bien, figurez-vous qu’on cultive le crocus sativus, pourvoyeur de cet or rouge, sous les mêmes climats que nos vergers et que nos vignes ! Où ça ? Notamment à Altorf, Molsheim, Weitbruch, Buethwiller et Guémar qui s’enorgueillit pour sa part de posséder la plus grande safranière indépendante de France, avec plusieurs hectares de surface.

Dans le même ordre d’idée, avis à tous les accros du pays du soleil levant ! On n’oubliera pas de réserver sa place pour les prochains événements Japan Addict et Japan Pocket : ils offrent une incroyable immersion spatio-temporelle chez les Nippons. Et puis, au fait, qui dit Asie pense bientôt macaques, non ? Et les gentils quadrumanes qui vivent sur la Montagne des singes, à Kintzheim : ils ne sont, à vrai dire, pas vraiment du coin… Pourtant, il s’agit là d’une fausse piste : vérification faite, ces magots, ou macaques de Barbarie sont les seuls de leur famille qui soient originaires de l’Atlas, chaîne de montagnes située plus au sud qu’au levant. Pas grave : cela reste quand même exotique.

@DR

LES USA, TOUT PRÈS DE CHEZ TOI ! (PROMIS, ON NE PARLERA PAS DE HAMBURGERS)

Savoir que le grand Bufflo Bill a plusieurs fois foulé le sol alsacien en compagnie de ses copains les Indiens et les bisons m’a toujours réjouie. On ne saurait cependant tirer de cette anecdote quoi que ce soit de vraiment convaincant de nos jours.

En revanche, personne ne niera le frisson que procure la reproduction de Lady Liberty en arrivant au nord de Colmar. Ne donne-t-elle pas frénétiquement envie d’imiter Lisa Minelli ou Franck Sinatra, histoire d’entonner les premières notes de New York, New York ? Au volant, on aura soin, évidemment, de préférer un cola made in Alsace (production artisanale et engagée) à un verre de whisky (même si on en fabrique un excellent à Uberach, Lapoutroie, Obernai, Dambach-la- Ville, Hohwarth et Ribeauvillé). La tête recouverte d’un chapeau de cow-boy, on trinquera alors, selon son tempérament, au temps béni où des orpailleurs cherchaient des pépites dans les eaux du Rhin ou aux derricks de Pechelbronn, tout premier site d’exploitation pétrolière d’Europe au XVIIIe siècle. Une fois la bouteille vide, on écrasera discrètement une larme en se souvenant que certains ancêtres de Barack Obama étaient Bischwillerois. Et puis on se renseignera sur la date du prochain Weekend américain à Rosheim ou du Fun car show à Illzach.

Si vous vous sentez tout à coup des appétits d’exotisme à domicile, sachez qu’il y a bien d’autres pistes ! Faute de place, nous n’en citerons que deux. Pas besoin de prendre l’avion vers le bout du monde pour voir des orchidées pousser en pleine nature. Il suffit de faire un tour dans les Vosges. On pourra, enfin, se planter devant une église orthodoxe si typique avec ses toits vert clair et ses bulbes dodus dorés qu’il suffira de plisser un peu les yeux pour que les mariniers de l’Ill se transforment en bateliers de la Volga… Ce sont nos petits touristes, qui n’en reviendront pas ! D’ailleurs, ça me donne une idée… et si on lançait une nouvelle collection de cartes postales ?

Retrouvez d’autres chroniques de Sylvie De Mathuisieulx : Sylvie m’était contée

Article précédent
Article suivant
ARTICLES SIMILAIRES
- Publicité -

LES PLUS POPULAIRES

- Publicité -