J’ai 27 ans, et je viens d’Afghanistan ». À l’extrémité de Niedermorschwihr se trouve un grand portail en bois, jouxté de murs épais, en pierres.
Derrière, une grande bâtisse, abritant des appartements. L’un d’entre eux est loué par un certain Haroon Rahimi. Il est afghan, et réfugié. Mais il est surtout vigneron. Sa cave se situe juste sous son logement. Ses vignes, elles, sont à 5 minutes. « Ma vie était en danger. J’étais menacé par des barbares. J’avais un style européen, je vivais librement et ça gênait », explique-t-il dans un français parfait. En France, il avait déjà de la famille, dont son petit frère. Il est arrivé à Paris en 2016, où il a démarré une école d’hôtellerie restauration. Durant sa formation, il s’est renseigné sur les accords mets et vins : « Je vois un cépage du sud sur Internet. Et je tombe amoureux du vin. Dès les premières lignes. C’était de la poésie, de l’amour. J’ai fermé l’ordinateur, et je voulais devenir vigneron », clame-t-il avec emphase. Haroon a refait ses valises. Direction le sud.
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« Je vois un cépage du sud sur Internet. Et je tombe amoureux du vin. Dès les premières lignes. C’était de la poésie, de l’amour. J’ai fermé l’ordinateur, et je voulais devenir vigneron »
Ambassadeur des vins nature, et alsaciens
Il a fini par s’installer à Perpignan, pour suivre un bac pro vignes et vins : « Puis en 2020, j’ai décidé de venir en Alsace, pour l’amour de la biodynamie et des vins nature », explique-t-il. Après un BTS à Rouffach, il a obtenu en 2022 une parcelle de vignes en fermage, de 1,5 hectare : « J’ai sorti mon premier millésime en 2023. C’est là que j’ai fondé mon domaine, Harjane ». Il a pu se lancer grâce à Colmar Initiative Centre-Alsace : « Ils m’ont aidé à avoir un crédit à taux zéro. Je suis reconnaissant ». Aujourd’hui, il travaille avec des clients à Paris, Annecy, ou Lyon, ainsi que des Bas-Rhinois. Il propose des vins blancs et rouges, « et un pétillant naturel, avec 97% de Riesling et 3% de cerise. On m’appelle le destructeur de l’image de l’Alsace (rires) », s’amuse-t-il. Pourtant, cette région, il l’a dans la peau : « On ne donne pas assez de valeurs à la diversité des vins alsaciens, mais on a le potentiel pour écraser pas mal d’autres régions viticoles ». Alors oui, Haroon Rahimi est Afghan d’origine, Français d’adoption, mais il est surtout Alsacien de cœur. Ou, comme il le dit si bien : « Tout ce que je fais, tout ce que je donne, c’est pour l’Alsace. Quand je serai mort, il faudra répandre mes cendres dans mes vignes, ici ».
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