mercredi 14 janvier 2026

Schweitzer nous parle

« Mon grand-père jouait à l’orgue et à l’âge de 8 ans j’ai grimpé à l’orgue ». Ce sont les mots d’Albert Schweitzer. À 17 ans il a donné un premier concert.

L’orgue

 

C’était à l’église Saint-Étienne de Mulhouse. À 38 ans, il est arrivé à Lambaréné au Gabon pour débuter son engagement humanitaire. Sur le fleuve Ogooué, une frêle embarcation et une volumineuse curiosité. Imaginez la scène avec les mots d’Albert Schweitzer… « La société de Bach de Paris m’a donné un piano à pédales car pendant dix ans j’étais son organiste, je venais de Strasbourg ».

Voilà donc la postérité avec très précisément un total de 487 concerts donnés alors que, ne l’oublions jamais, la musique n’est qu’une partie de sa vie. Albert Schweitzer a aussi dit : « J’avais en moi la tradition de l’accompagnement des cantates à l’orgue ».

« Il jouait avec une intériorité et une simplicité bienheureuse, qui révélaient sa vraie nature. C’étaient des moments émouvants. On se trouvait dans la proximité de Dieu ». Ce sont les mots d’un éminent auditeur de ses concerts, Robert Redsloch, professeur de Droit à Strasbourg.

La musique a donné à Schweitzer de la notoriété, des revenus, des amitiés féminines. Mais la musique n’a pas été que douce. Il y eut les frictions, les rivalités et enfin les conflits avec Ernest Munch, organiste et un des principaux promoteurs de la culture musicale en Alsace. Il y eut le bras de fer pour sauver l’orgue de l’église Saint-Thomas de Strasbourg. Mozart y avait joué en 1778. Les protestants voulaient mettre l’instrument à la casse au motif que la soufflerie et la traction mécanique étaient en mauvais état. Schweitzer a sauvé l’orgue Silbermann. Il avait 33 ans.

Avant cela, à 30 ans, il avait signé un ouvrage, toujours une référence : Bach le musicien poète et rédigé un Art de la facture et du jeu d’orgue. Un an après la bataille de Saint Thomas, il a publié un Règlement international pour la facture des orgues. Aujourd’hui on dirait que Schweitzer est l’homme qui ne lâche jamais rien. Même pas de se laisser prendre par les années.

À 76 ans, il a enregistré un disque sur l’orgue de l’église de Gunsbach. À 80 ans, il a donné un dernier concert commémoratif pour la mort de Bach. Et devinez où ? À Saint-Thomas, comme un ultime pied de nez aux protestants qui ne voulaient plus de cet instrument. Et à 86 ans, il a encore dit face à une caméra de la télévision française : « Je tiens à rester organiste ».

Avec mes respects, cher Monsieur Schweitzer.

Francis Guthleben vient de publier Albert Schweitzer intime, aux éditions AISL. L’ouvrage regroupe 100 témoignages sur le prix Nobel de la Paix recueillis dans le monde entier.

Retrouvez l’ensemble des articles sur Albert Schweitzer : L’année Schweitzer

Chronique rédigée par Francis Guthleben

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