Vous êtes contre-ténor, circassien, danseur, musicien… On imagine une enfance rythmée ! Racontez-nous comment tout a commencé !
Je suis né dans une famille de musiciens. Mes parents, grands-parents, cousins ont tous eu le pied dans la musique au niveau local : dans les harmonies, les fanfares… Mon papy était professeur de trompette à l’école de musique. Donc tout naturellement, j’ai commencé l’éveil musical à 3 ans – avec ma merveilleuse professeure, Sylviane Hechler, qui m’a transmis le goût de la musique – le piano à 5 ans, le conservatoire à 7 ans. J’ai pratiqué le chant choral, et mon chef de chœur m’a encouragé à intégrer la classe de chant. J’ai mêlé piano et chant jusqu’au bac, avant de me concentrer sur le chant. Depuis quinze ans, je suis aussi membre de l’association Les Troubadours à Brumath, où je pratique les arts du cirque, avec des interventions dans les maisons de retraite et les écoles. Et depuis deux ans, j’exerce en parallèle le métier d’architecte au sein du cabinet AEA à Strasbourg.
Architecte le jour, circassien et/ou contre-ténor le soir… vous dormez la nuit ?
Oui, mais peu (rires). En vérité, j’ai trouvé un équilibre entre ces deux mondes. L’architecture stabilise, la musique nourrit. En musique comme au cirque, j’aime la polyvalence : trapèze, jonglage, acrobatie, danse, baroque, grégorien, contemporain… La musique est ma respiration, mon refuge, quelque chose qui me ressource profondément.
Le contre-ténor est une voix rare, souvent méconnue. Qu’est-ce qui vous a attiré vers cette tessiture si particulière, et comment la décririez-vous à quelqu’un qui ne l’a jamais entendue ?
C’est la voix la plus aiguë des voix d’hommes, correspondant au registre alto. Elle est légère, aiguë, proche du timbre qu’on utilise lorsqu’on imite une voix d’enfant. Tous les hommes l’ont potentiellement, mais ne l’exploitent pas forcément. C’est ma professeure de chant qui, pendant ma mue, a identifié mon potentiel. À l’époque, je travaillais peu la voix de poitrine et restais spontanément sur cette voix de tête parce que je pensais la perdre… alors que c’était là que je me sentais le plus à l’aise ! Ma professeure m’a alors proposé de travailler le registre de contre-ténor, dont j’ignorais complètement l’existence. Par la suite, j’ai obtenu deux DEM – chant lyrique puis chant baroque – me spécialisant dans le répertoire 1600-1750. En Alsace, nous ne sommes que deux contre-ténors actifs, Julien Freymuth, lui, exerce du côté de Colmar.

Et vous êtes désormais contre-ténor à l’Académie de l’Opéra Royal du Château de Versailles ! Quelle a été votre réaction en apprenant votre admission ?
C’est tombé le 11 mai il y a un an, pendant une semaine folle ! Le matin, je passais mon DEM de chant baroque, que j’ai obtenu avec les félicitations à l’unanimité du jury. Le soir, j’apprenais mon admission à l’Académie de l’Opéra Royal du Château de Versailles, parmi dix chanteurs retenus. Un beau cadeau d’anniversaire en avance : le 16 mai, je soufflais mes bougies ! J’avais passé l’audition sans grandes attentes, juste pour l’exercice. Si j’ai candidaté, c’était avant tout pour toucher d’un peu plus près l’univers de l’opéra qui me fascine tant, et pour trouver un accompagnement dans l’insertion professionnelle qui peut se montrer vertigineuse. Le format portes ouvertes, avec le jury mêlé au public, m’a finalement moins stressé que prévu (rires).
Vos débuts sur la scène versaillaise, c’était dans Didon et Énée. Une première à la hauteur de vos rêves ?
Oui, on aurait pu croire à un projet sur mesure ! J’étais entouré d’artistes, de circassiens et de danseurs talentueux. Étant friand de projets à la croisée des arts, je ne pouvais pas rêver mieux pour une première. Je jouais le rôle de l’Esprit (Spirit). J’étais très stressé, mais c’est vite retombé grâce à l’accueil bienveillant des autres artistes. Malgré le rythme soutenu – quatre représentations sur deux week-ends – je me suis senti à ma place et émerveillé par l’expérience. J’ai la chance d’avoir des parents très présents, qui me soutiennent beaucoup. Les concerts auxquels ils n’ont pas pu assister se comptent sur les doigts d’une main.
Au-delà de la performance scénique, vous semblez très attaché à la transmission, aux plus jeunes comme aux aînés…
Oui. J’aime le partage, les projets qui amènent l’art à d’autres publics. En intervenant dans les écoles et les Ehpad, on peut donner goût à la musique, à l’opéra… Personnellement, j’adore découvrir des lieux grâce à la musique. Et aussi les projets qui jouent avec l’espace, comme un chœur chantant depuis le balcon d’une église. Ça change complètement l’expérience.
Un mot pour nos lecteurs qui hésitent à pousser les portes de l’opéra ?
Osez ! L’opéra n’est pas un art vieillissant. Au contraire, il se réinvente en croisant les disciplines : danse, cirque, projections visuelles, formats hors les murs. Dans le contexte actuel, l’art est essentiel au quotidien. Allez voir, écouter, même si ce n’est pas votre registre. Ça peut apporter voyage et émerveillement. Et même le fait de ne pas comprendre ou ne pas aimer est intéressant… parce que ça fait réfléchir !
Ses prochaines représentations
- 30 avril : Projet social et musical Opéra Partagé, avec des interventions artistiques à destination des personnes âgées en résidence sénior. Un programme offert gratuitement aux établissements médicalisés : Lépine à Versailles, COS La Source à Viroflay et USLD Les Maisonnées à Poissy.
- 28 avril à 15h : Concert annuel avec l’Ensemble d’Rhinwagges au PMC de Strasbourg.
- 11 mai 20h : Gala de l’Académie de l’Opéra Royal de Versailles, avec La Chasse du Cerf de Morin dans la Chapelle Royale et la Galerie des glaces du Château de Versailles.
- 22 mai 20h : From Bach to Haendel avec la Camerata de Strasbourg en l’Eglise protestante St-Pierre-le-Vieux de Strasbourg.
- 30 mai à 20h : Magnificat et Stabat Mater-Caldara avec la Chorale Strasbourgeoise en l’Eglise protestante de Brumath.
- 31 mai à 18h : Magnificat et Stabat Mater-Caldara avec la Chorale Strasbourgeoise au Temple Neuf de Strasbourg.



