La genèse de ce partenariat unique remonte à octobre 2024, lorsqu’un message de l’Institut médico-éducatif Saint-Joseph (IME) est arrivé dans la boite mail de Decathlon Colmar. « Christophe et Jérôme, ancien chargé d’insertion de l’IME, nous ont contactés pour savoir si on prenait des stagiaires. J’ai répondu que oui, on en prenait », raconte Pierre-Haydar Barbarosoglu, directeur du magasin. Il a été décidé de mettre en place une journée avec une dizaine de jeunes de l’IME, pour leur permettre de découvrir le magasin, l’entreprise, son histoire et d’échanger avec les équipes de l’enseigne sur leurs métiers. « Je leur ai fait un petit quiz. Ils ont plus de bonnes réponses que la plupart des managers commerce que j’intègre (rires). J’étais impressionné par leur volonté de se projeter avec nous », se souvient-il. Une première réussite, qui en a appelé une deuxième. Les deux structures ont décidé de développer leur collaboration en participant au DuoDay avec quatre personnes. Par la suite, un véritable partenariat s’est créé, à travers « la mission broche, tous les mardis ».
Depuis près de deux ans, Christophe Ritzenthaler, éducateur technique à l’IME, vient les mardis, accompagné de plusieurs jeunes. Avec des équipes du magasin, ils effectuent la mise sur broche. Une mission de l’ombre, essentielle au bon fonctionnement du magasin. « Moi, ça fait un an que je viens pour ça, j’aime bien », témoigne Lorenzo avec le sourire, 14 ans et membre de l’IME. Une mission régulière, qui comporte de nombreux bienfaits pour les participants : « Déjà, il y a l’intégration. On a affaire à une équipe Decathlon super ouverte, bienveillante. Ensuite, ça leur permet de travailler. Les jeunes se sentent à l’aise. Ils sont tellement nombreux qu’il y a des périodes où je dois faire le tri parmi ceux qui veulent venir. Par exemple Lorenzo, lui, il a trouvé sa voie ici », affirme l’éducateur.
PARTENAIRES PARTICULIERS
L’association entre Decathlon Colmar et l’IME comporte d’autres dispositifs. Les lundis, mercredis et vendredis, d’autres jeunes viennent pour l’entretien du parking : « C’est une mission rémunérée d’une heure trois fois par semaine, qui leur permet de faire des activités qu’on n’aurait pas pu faire normalement, comme aller au cinéma », explique Christophe Ritzenthaler. Le 11 mars a également eu lieu la journée Solidaycathlon, durant laquelle des responsables du réseau Decathlon se sont rendus à l’IME. Après des parties de basketball avec les jeunes, ils ont mené des entretiens d’embauche test.

À cela s’ajoute une journée sportive encadrée le 15 avril. Des coéquipiers du magasin ont accompagné un groupe de l’IME pour une sortie à vélo au Hohlandsbourg. Six personnes de l’IME, dont Lorenzo, ont également réalisé des stages de vente de 2 semaines. De nouveaux auront lieu dans les semaines à venir. Une façon de faire découvrir à ces jeunes divers métiers et de créer des affinités avec les équipes du magasin. Plus qu’un partenariat, cette association est une aventure humaine : « On a des jeunes qui ont des compétences et qui sont motivés. Et l’envie du travail, ils l’ont souvent bien plus que d’autres », explique Christophe Ritzenthaler.
LA VITESSE SUPERIEURE
Le partenariat a pris une autre dimension ces derniers mois. Un projet d’ampleur a été validé le 20 janvier, avec la Fondation Decathlon : « Après avoir acquis via notre magasin un parc complet de vélos, nous avons financé la construction d’un local pouvant en contenir 30. Le projet a été soutenu à hauteur de 50 000 euros », révèle le directeur. Un énorme coup de pouce pour l’IME et ses membres. Ils peuvent dorénavant y faire du vélo, plus facilement qu’avant. Une forme d’aboutissement pour cette collaboration solide qui dure et qui prouve chaque jour son utilité : « J’ai rencontré des jeunes qui ont appris à faire du vélo alors qu’ils avaient du mal à marcher et qui aujourd’hui regagnent en capacité de déplacement pour aller en stage, voir des amis, de la famille, grâce au vélo », se réjouit-il. Pour beaucoup à l’IME, vélo rime avec autonomie, indépendance. « Tout ça, sans l’aide de Decathlon pour l’achat de nouveaux vélos, ça n’aurait jamais été possible », illustre de son côté Christophe Ritzenthaler. Autre exemple, celui de Bradley, en stage il y a trois semaines.
Autonome dans les déplacements en bus, il a demandé à faire le trajet jusqu’au magasin à vélo. L’IME, grâce à Decathlon, lui en a mis un à disposition : « Durant tout le stage, il est venu à vélo ». Ce projet s’est accompagné d’ateliers pour apprendre à entretenir et réparer un cycle : « On a fait un atelier en équipe, où ils ont chacun révisé leur vélo. C’étaient des ateliers pratiques sur ce qui peut arriver dans la vie de tous les jours : le déraillement de chaîne, entretenir ses freins, changer une chambre à air… Ils sont fiers de pouvoir les entretenir eux-mêmes. Ça leur permet de continuer sur la voie de l’autonomie. C’était un moment très plaisant. J’en suis ressorti grandi, j’ai passé une super matinée », affirme à son tour Bastien Feder, responsable du rayon vélo. Et l’histoire entre Decathlon Colmar et l’IME Saint-Joseph, qui est loin d’être terminée, pourrait peut-être inspirer d’autres magasins à travers la France : « L’inclusion, ça fait partie des valeurs de Decathlon. J’espère que ce n’est qu’un début. On a ce rêve que demain, on intégrera quelqu’un dans l’équipe en CDI et pourquoi pas dupliquer ça à l’échelle du réseau ou de la France ? », conclut le directeur.



