lundi 13 juillet 2026
AccueilÀ la uneAurélien Duchêne : Jeunesse, lève-toi !

Aurélien Duchêne : Jeunesse, lève-toi !

Sur la route de Kiev, après une nuit blanche entre un bombardement qui a bouleversé son programme, et une visite à un fabricant de drones qui se pose la question des limites éthiques pour faire entrer l’IA sur le champ de bataille, Aurélien Duchêne a accordé une interview bousculée à Maxi Flash. Il a 28 ans, a grandi à Strasbourg et même s’il habite aujourd’hui à Paris où il exerce comme consultant en géopolitique indépendant et sur la chaîne LCI, il souhaite revenir en Alsace quand il aura fondé une famille. Parce que la dimension européenne de Strasbourg a fait de lui qui il est : il veut peser sur la tenue du débat public dans les questions internationales, les droits humains et les valeurs européennes, et inciter les jeunes à se positionner, notamment pour un soutien continu l’Ukraine.

Vous êtes passionné d’histoire depuis tout jeune, qu’est-ce qui a fait office de déclic ?

C’est le moment où la France a réadhéré au comité militaire de l’Otan en 2009, Strasbourg était au cœur de l’attention mondiale, mais aussi l’année 2014, qui était le centenaire de la Grande Guerre et dans nos commémorations, on voyait que c’était une histoire douloureuse et compliquée pour l’Alsace. En 2014, c’est également le début de la guerre en Ukraine, où un peuple avec des jeunes de mon âge était sur les barricades avec le drapeau européen, alors que moi je vivais dans une capitale qui sait ce que ça veut dire et qui héberge le Parlement européen, où la même année le FN arrivait en tête des Européennes et disait « le drapeau européen, on s’en fout », et enfin, la réforme territoriale qui met fin à l’Alsace en tant que région… Ce mélange entre l’histoire et l’actualité, c’est le moment de révélation.

Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur les jeunes, sont-ils aussi intéressés que vous avez pu l’être ?

Si je parle d’étudiants—parce que j’enseigne à Lyon—, il y a un réveil pour l’actualité liée à l’international, mais je pourrais parfois reprocher à de jeunes Français qu’ils ne sont pas assez à l’écoute des causes comme les civils à Gaza, la Palestine, où il pourrait y avoir des milliers de personnes dans la rue. Tout comme l’Ukraine, ce sont des publics plus âgés qui s’y intéressent et vont à des conférences, alors que j’ai pu voir dans des pays comme la Pologne que les jeunes ont une autre vision de la menace, car c’est leur voisin qui est attaqué. Mais je suis optimiste sur la prise de conscience de la part des jeunes, il faut juste que ça se traduise en engagement.

Les représentants du Y7 ont pu faire remonter leurs propositions à l’Élysée. / ©DR

Est-ce que le sujet de l’Ukraine est au centre de vos préoccupations ?

Évidemment il y en a d’autres, comme la canicule ou la polycrise, le fait que tous ces enjeux soient liés. On ne peut pas penser la géopolitique sans l’environnement ni sans un sujet qui préoccupe toute ma génération, l’IA bien sûr… L’Ukraine est peut-être l’enjeu le plus important parce que cela va décider du sort de l’Europe et donc de la France, et aussi de nos valeurs. Si on laisse tomber l’Ukraine et que l’on capitule, ça veut dire que demain la Chine pourra se dire, ils céderont à Taiwan ! Ce qui se joue ici, c’est le test pour toute notre génération : on est capable de sauver un ordre international basé sur des règles, sur le « plus jamais ça », ou alors on se dit que toute la construction européenne n’aura duré qu’une parenthèse ?

Comment est arrivée votre notoriété ?

Je me suis intéressé aux questions ukrainiennes dans les médias français et j’ai attiré l’attention sur la place de la France. On était très en retrait, on se disait que nos voisins étaient obsédés par des menaces imaginaires, et une fois que la guerre a commencé, on s’est isolé en essayant de raisonner Poutine autour de l’énorme table des négociations. J’ai essayé de montrer que l’influence de la France s’effondrait, qu’on était en train de rater un tournant historique… Je suis très heureux de voir qu’aujourd’hui tout a changé, et c’est ça qui m’a un peu fait entrer dans les médias. Aujourd’hui, j’essaye d’expliquer en quoi ce qui se passe à l’autre bout de l’Europe concerne un Français dans son quotidien.

La dernière publication d’Aurélien
Duchêne. / ©DR

Vous prenez aussi la parole au Y7 que vous co-présidez. Il s’agit du groupe d’engagement des jeunes auprès du G7, quel est son rôle ?

Cette année, c’est très stratégique vu qu’il est lié à la présidence française du G7. Nous avons même été invités à l’Élysée pour échanger avec le président de la République et remettre nos propositions les plus fortes, par exemple comment faire en sorte que les jeunes ne soient pas les perdants de la transition démographique qui est une justice intergénérationnelle ? On était quatre co-présidents pour ce Y7, sur les ruptures technologiques, l’environnement, l’économie tournée vers la question démographique, et moi j’étais en charge des bouleversements géopolitiques. Mais ça ne s’arrête pas là, on continue de rencontrer des représentants de diverses institutions dans la lignée de ce Y7 et pour ma part, j’irai à l’équivalent du G20, le Y20 à Washington du 10 au 14 août.

Avec quelles intentions vous rendez-vous au Y20 ?

Là où c’est très différent du Y7, c’est que les Américains, qui prennent la présidence, sont moins proches du président Trump, il écoute un peu moins les jeunes ! Mais le Y20 porte une expérience passionnante qui est de pouvoir échanger avec des jeunes du monde entier, vous devez trouver une voie de compromis parfois sur des sujets très sensibles. C’est une vraie expérience de la diplomatie et c’est nécessaire. L’an dernier j’étais à Johannesburg, j’ai même parlé à des Russes que je savais me détester d’avance, mais on n’est pas naïf et il y a un côté un peu élitiste : dans dix ans, ils auront tous des postes à responsabilités.

Pour postuler au Y7 et participer aux programmes Young Leaders, il faut avoir entre 18 et 30 ans. Infos sur www.open-diplomacy.fr

OÙ LIRE AURELIEN DUCHENE ?

Sur son site internet www.aurelien-duchene.fr, l’auteur comptabilise quelques dizaines de milliers de visiteurs mensuels, mais ses principales publications sont ses livres. En 2021, La Russie, prochaine surprise stratégique ?, en 2024 La Russie de Poutine contre l’Occident (traduit en polonais et prochainement en japonais), enfin L’Europe et ses armées, sorti en 2026 aux éditions Eyrolles. « J’ai tenté une synthèse qui explique toutes les armées européennes et les principales puissances, est-ce que l’Allemagne va être le leader, comment les trois pays baltes comptent se défendre… Avec l’idée de décentrer le regard et voir comment pense un Espagnol ou un Polonais. D’ailleurs, j’y propose que Strasbourg soit une capitale de l’Europe militaire dans le cadre du renforcement de la défense européenne. »

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