Qu’est-ce qu’un contre-ténor ?
C’est la technique vocale qui permet à un homme de chanter de la manière la plus aiguë possible. Donc, même si quand je parle, la voix est plutôt grave, j’ai la possibilité de basculer dans un registre de voix de tête et de l’utiliser pour chanter les notes les plus élevées avec mes cordes vocales, sans me fatiguer. Parfois, c’est vrai, il peut y avoir un petit blocage physiologique. On a tous différentes cordes vocales. En tant que contre-ténor, ce que je cherche, c’est d’avoir un appareil vocal que je peux utiliser à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit.
Il y a ceux qui vont faire de la pop, comme Elliott, et ceux qui vont plus dans le côté lyrique et qui n’auront pas besoin d’un soutien acoustique, ce qui est mon cas. J’ai construit mon appareil vocal pour pouvoir chanter sur des scènes au théâtre, à l’opéra, dans le cadre de festivals, mais sans être sonorisé. On a une projection de voix qui permet d’être audible au-dessus d’un orchestre sans micro.
Et comme Elliott, vous avez débuté dans la musique par un passage à la Maîtrise de Colmar ?
Oui, tout à fait. Lorsque j’avais 5-6 ans, mes parents m’ont inscrit à l’école de musique de Munster, à des cours d’éveil. À l’issue, les enseignants se posent une question : où dirige-t-on l’enfant ? Dans la guitare ? Le piano ? Dans mon cas, un grain de voix, juste, était déjà là. Ils ont dit à mes parents que j’avais une voix intéressante et leur ont parlé de l’école maîtrisienne de Colmar. Après une audition d’entrée, j’ai intégré l’école.
À ce moment-là, rêviez-vous déjà de vivre de la musique, de votre voix ?
Absolument pas. Personne, même pas moi, ne pouvait deviner que plus tard je pourrais en faire mon métier. On détectait simplement un potentiel. Quand ma voix a mué, on m’a proposé d’intégrer le chœur d’hommes adultes de l’école. À partir de là, avec le professeur de technique vocale, on a pu construire ma voix d’adulte. La motivation et le goût du chant étaient déjà présents. J’étais piqué et je ne pouvais pas arrêter. Puis est arrivé le moment où j’ai voulu en faire mon métier.
J’ai continué mes études dans un lycée breton qui proposait un brevet de technicien des métiers de la musique et du spectacle. J’ai poursuivi avec une formation axée sur le chant et je suis parti à Versailles, au Centre de Musique Baroque. La voix de contre-ténor est complètement liée à la musique baroque, ancienne.
C’est justement là, à Versailles, que votre carrière a commencé à décoller.
Les choses se sont vraiment jouées à Versailles, oui. On avait une insertion professionnelle. Beaucoup d’ensembles professionnels, principalement parisiens, recrutaient des chanteuses et des chanteurs là-bas. Donc mes premiers cachets professionnels ont eu lieu durant cette période d’études à 19, 20 ans. Après, c’est du bouche-à-oreille, des contacts. Évidemment, il faut aussi se confronter à l’exercice des auditions. C’est comme ça que l’on construit son carnet d’adresses.

Depuis, vous avez enchaîné les prestations en France. Est-ce qu’il y a un moment particulièrement marquant ?
Bien sûr. À l’époque de la maîtrise de Colmar, Arlette Steyer, la directrice, m’avait dit que j’avais le potentiel pour pouvoir chanter en tant que soliste. J’ai toujours eu ça en tête. À 23-24 ans, j’ai fait une rencontre assez importante, avec une personne qui aujourd’hui nous a quittés : la directrice de l’Opéra National du Rhin (ONR), Eva Kleinitz. Je suis allé auditionner pour une production. Et ce qui m’a beaucoup touché, c’est qu’elle souhaitait que ce soit aussi un opéra destiné aux jeunes. La transmission, c’est important pour moi. C’était la saison 2017-18, et j’ai eu le rôle de Mouton.
En parlant de transmission, cela représente une partie de vos activités aujourd’hui ?
La formation vocale, c’est quelque chose de très important. Ça fait partie de mon quotidien. Beaucoup de jeunes chanteurs me contactent pour être accompagnés. Parfois, ils ne sont pas du tout dans le classique. Je suis ouvert à tous les styles. Dans le Grand Est, il y a beaucoup de conservatoires. On m’a demandé à Metz, Nancy et Strasbourg pour des masters class. Et comme je parle anglais, allemand et alsacien, j’ai eu des opportunités pour travailler en Allemagne et en Suisse. À Versailles, je suis allé enseigner l’allemand chanté.
Outre la formation, vous chantez toujours, notamment avec deux ensembles ?
Exactement. Je travaille régulièrement avec l’ensemble Thélème, situé à Bâle. D’ailleurs, il y a encore quelques mois, on enregistrait avec Sting ! Une première collaboration est sortie l’année dernière. Notre prochain album est prévu pour novembre et il chante sur quelques pistes. L’autre ensemble qui fait vraiment partie de mon quotidien, c’est Les Métaboles. Il est dirigé par un de mes meilleurs amis, Léo Warynski, une des plus grandes pointures dans la direction de chœur. Cet été, on va avoir plusieurs rendez-vous. Les festivals, ce sont les rencontres habituelles de l’été.
Après des années de carrière, qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier de contre-ténor ?
Je suis quelqu’un d’hypersensible. C’est peut-être ça, ma particularité artistique. Alors pour moi, le plus kiffant, c’est le partage des émotions quand on est sur scène. C’est fort. Quand on monte sur scène, on s’oublie totalement, on n’est plus la personne qui était en train de faire ses courses au supermarché. On est là pour offrir quelque chose, pour partager et se donner.
L’INFO EN PLUS
Julien Freymuth a collaboré avec le chanteur pop colmarien Cœurly, « pour le guider dans son travail vocal ».
Ses préférences
- Un film : Michael, de Antoine Fuqua
- Un artiste : Lenny Kravitz
- Un plat : La sole aux nouilles
- Un livre : Les vagues, de Virginia Woolf
Repères
- 1990 : Son entrée à l’école maîtrisienne de Colmar.
- 2007 : La naissance de son premier enfant.
- 2017 : Il débute sa saison à l’ONR.
- 2025 : Naissance de sa fille.



