mercredi 28 janvier 2026

Schweitzer nous parle

4 novembre 1954. Albert Schweitzer est à Oslo pour recevoir le Prix Nobel de la Paix.

La paix

 

Ses mots résonnent : « Aujourd’hui encore nous vivons à une époque marquée par l’absence de la Paix ». Dès l’instant où Schweitzer est à Oslo, la population s’enthousiasme. « C’est l’homme le plus grand qui vit ! ». Après une réception avec la presse, un journaliste trouve une formule : « On a peu parlé de Dieu, mais on a senti d’autant plus fortement l’esprit de Dieu dans l’auditoire ». « Au nom de tous ceux qui peinent en faveur de la paix, j’ose prier les peuples à faire le premier pas sur cette voie nouvelle. Alors un peu de confiance pourra naître entre les peuples ».

Dehors, la ville est enveloppée dans la brume. Dans la salle où Albert Schweitzer s’exprime, un espoir se dessine. Les étudiants organisent spontanément un cortège aux flambeaux. Lentement, la place de l’Hôtel de ville d’Oslo se remplit. Depuis un balcon, le nouveau Prix Nobel de la Paix se trouve face à un océan de lumières. Plus de trente mille personnes sont là avec leur émotion vive. C’est un écho aux propos tenus par Albert Schweitzer quelques instants plus tôt. « L’esprit n’est pas mort. Il vit dans la solitude. Il a surmonté sa difficile obligation à vivre sans une connaissance du monde correspondant à son caractère éthique. Il a compris qu’il ne doit se fonder sur rien d’autre que sur la nature essentielle de l’homme ».

Pour son Prix Nobel, Albert Schweitzer reçoit l’équivalent d’un million de dollars actuels. De plus, en trois jours, le peuple norvégien récolte 315 000 couronnes pour Lambaréné. Chacun se rend compte qu’Albert Schweitzer a changé, par sa venue, l’atmosphère sombre du monde. Les habitants du pays se sentent soudain dans une famille de compréhension et de compassion. Ils rendent hommage à un gardien de ce qui est et reste humain en chacun.

Albert Schweitzer consacre l’argent reçu à l’achèvement de la léproserie de Lambaréné pour laquelle il était arrivé à court de ressources. J’ajoute une anecdote bien à l’image d’Albert Schweitzer. Lorsqu’il a appris dès 1938 que son nom circulait pour l’attribution du Prix Nobel de la paix, Albert Schweitzer a écrit à une amie baronne, la priant d’intervenir auprès des personnalités pour que la distinction ne lui soit pas attribuée. Il craignait de voir les donateurs, le croyant soudain « riche », se détourner de son oeuvre. Il avait aussi demandé de ne « pas en parler à Gunsbach ». Il voulait rester un homme modeste ! Un simple habitant du village, celui qui enfant ne supportait déjà pas d’être traité de petit monsieur, l’enfant de monsieur le pasteur.

Francis Guthleben vient de publier Albert Schweitzer intime, aux éditions AISL. L’ouvrage regroupe 100 témoignages sur le prix Nobel de la Paix recueillis dans le monde entier.

Retrouvez l’ensemble des articles sur Albert Schweitzer : L’année Schweitzer

Chronique rédigée par Francis Guthleben

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