Ce lieu représente bien plus qu’un musée. C’est la maison natale d’Auguste Bartholdi, le sculpteur de beaucoup d’œuvres, le Lion de Belfort et bien sûr, la Statue de la Liberté. Une maison à laquelle il a énormément tenu, qu’il a conservée toute sa vie. Sa veuve, Jeanne-Émilie, l’a donnée à la ville en 1907. La bâtisse est ensuite devenue un musée en 1922. Depuis, il prend soin de l’héritage de l’illustre colmarien. Il propose un parcours permanent, composé en grande partie du « fonds d’atelier du sculpteur », c’est-à-dire des travaux sur ses monuments, tels que des maquettes, des esquisses en terre cuite, des dessins, de la peinture.
Une partie du musée a également servi à la reconstitution d’un appartement avec les effets personnels de l’artiste. Sans oublier une partie biographique importante. « Puis on a des expositions temporaires », complète Juliette Chevée, conservatrice du patrimoine et directrice du musée Bartholdi. Parmi ces dernières, il y a donc une exposition photographique exceptionnelle. Elle se tiendra de juin à décembre. Cette proposition est le fruit d’un concours de circonstances. « 2026 est une année assez importante pour nous parce que c’est les 140 ans de la Statue de la Liberté, qui sont liés aux 250 ans de l’indépendance américaine. D’autre part, c’est aussi le bicentenaire de la photographie », explique Juliette Chevée.
C’est là un autre fait peu connu, mais la première photographie de l’histoire a été prise en France, par Nicéphore Niépce en 1826, depuis une fenêtre de sa maison en Bourgogne. Elle est nommée « Point de vue du Gras ». Il y a donc pas mal de bougies à souffler.
« Voilà le noyau de l’exposition : huit clichés argentiques et quatre daguerréotypes »
UN TRIPLE ANNIVERSAIRE EN PHOTO
Le musée Bartholdi a alors décidé de croiser ces trois anniversaires-là. D’autant plus qu’une autre belle occasion s’est présentée l’an passé. L’établissement a reçu en don des daguerréotypes contemporains de la Statue. Les daguerréotypes, c’est la première technique photographique qui s’est développée au XIXe siècle. « Le photographe strasbourgeois Patrick Bailly-Maître-Grand a pratiqué le daguerréotype à une certaine époque. En 1986, pour le centenaire de la Statue de la Liberté, il a pu accéder pendant 1h au chantier de restauration à New York. Sur place, il a fait toute une série de photographies dont il a tiré des daguerréotypes », retrace-t-elle.
L’artiste a fait don de quatre d’entre eux au musée en 2025. Ces photographies représentent un plongeon dans la restauration de la Statue, dans l’histoire de cette géante de fer intimement lié à l’histoire américaine et à l’amitié franco-américaine. Mais c’est aussi un moyen de mettre en avant l’histoire de la photographie avec une ancienne technique. Et ce n’est pas tout. Ces quatre daguerréotypes viennent en complément d’une série de huit clichés argentiques colorisés issus de la même série, que la ville a acquis en 1986 : « Voilà le noyau de l’exposition : huit clichés argentiques et quatre daguerréotypes qui viennent tous de la série Statue de la Liberté de Patrick Bailly-Maître-Grand », résume la directrice.

Cette exposition, très visuelle forcément, est également un moyen d’attirer les plus jeunes, qui connaissent moins les origines alsaciennes de la célèbre statue et de son auteur. Il faut dire qu’un musée consacré à la sculpture du XIXe, ça n’attire pas toujours les jeunes générations : « C’est un peu niche comme sujet oui (rires). On a vraiment en plus pensé cette exposition pour le jeune public. On souhaite monter un partenariat avec des élèves du Collège Molière pour les inviter à donner leur propre image photographique de la liberté ». Le partenariat avec l’établissement scolaire devrait être cadré par une convention présentée au conseil municipal du 18 mai. Il vient donner une forte dimension pédagogique à ce nouveau parcours du musée et permet de mêler l’art à l’éducation patrimoniale et historique.
Au fond, ces anniversaires et cette exposition représentent surtout l’occasion de requestionner la notion de liberté, une valeur centrale souvent malmenée ces derniers temps.
L’info en plus
Pour célébrer ces mêmes anniversaires, le musée d’Orsay à Paris proposera du 15 septembre au 31 janvier l’exposition Auguste Bartholdi, la Liberté éclairant le monde. Juliette Chevée en est la co-commissaire et une partie des œuvres proviendra du musée Bartholdi.





