Le mois de mai n’est pas celui des Saints de glace pour rien, m’a dit ma voisine, devenue fan du Racing depuis qu’on lui a dit que potentiellement Strasbourg avait les moyens de gagner des titres, nationaux et européens, comme Chelsea sa grande sœur aux habits de lumière. Mais à l’heure du bilan, elle est déçue ma voisine. En quelques jours, les stades de la Meinau et Stamford Bridge sont devenus les théâtres des désillusions. Les deux clubs du consortium de football BlueCo affichent un zéro pointé. En Angleterre, Chelsea pathétique au fil des matchs a fini très loin des places qualificatives pour la Ligue des Champions. En fait depuis que BlueCo est propriétaire, depuis trois ans, la sensation d’un désordre permanent domine (effectif pléthorique, entraîneurs vite remerciés). Le club londonien a gagné la Coupe d’Europe des 7e l’an dernier, celle que convoitait le Racing cette année (La Ligue Europa Conférence), et la Coupe du monde des Clubs, mais au regard des millions investis, des choix et des discours parfois si arrogants, le butin est famélique. Alors pourquoi le bilan de Strasbourg serait différent finalement ? Cette saison, après un départ canon, le Racing a tout raté : 8e en championnat (la Coupe d’Europe, même la toute petite, c’est pour les 7 premiers), demi-finale en Coupe de France (défaite à domicile contre le 18e de Ligue 1) et en Ligue Europa Conférence, avec un joli souvenir quand même, un 4/0 de légende contre Mayence, le 10e de Bundesliga… Énorme… On est à des années-lumière des dernières campagnes de l’UEFA où l’on jouait contre Liverpool ou l’Inter de Milan, mais on a eu l’impression que c’était la gloire d’arriver en demi-finale face à des équipes très moyennes tellement on était en manque de sensations européennes depuis trois décennies. C’est comme si un type poussait des youyous de joie toute la soirée dans un casino en gagnant 50 euros à la roulette quand un autre a décroché le jackpot. Tout ça pour dire que l’argent ne fait pas le bonheur ni la compétence. En France pour être performant, le Racing a dépensé plus que tout le monde, plus que le PSG. Sans évoquer les relations compliquées avec les supporters historiques de « l’institution » (voir N°458 de Maxi Flash où l’on écrivait en décembre dernier : « Le jeu du 11 strasbourgeois, annoncé comme révolutionnaire, n’a-t-il pas fait pschitt ? Le Racing, nouveau génie de la L1, ne s’est-il pas essoufflé un peu trop tôt ? »). On ne pourra même pas se consoler avec les blagues sur le Racing de la Choucrouterie cet été, la tournée est annulée, elle n’a pourtant pas été rachetée par BlueCo. Malgré tout ce pognon de dingue qui déborde, Strasbourg n’est pas Lille, pas Lyon, pas Lens et son petit budget pourtant vice-champion de France, même pas le Brest qualifié en Ligue des Champions il y a deux ans avec des moyens de Ligue 2. Pour jouer dans la cour des grands, l’argent sera nécessaire, oui, mais pas seulement, heureusement sans doute. Il faudra aussi construire une équipe solide toute une saison (en écrivant cette chronique, on apprend le départ du meilleur joueur de la saison, Barco, 21 ans…), avec des joueurs et un entraîneur qui ne filent pas à l’anglaise voir si l’herbe est plus bleue ailleurs, il faudra de l’humilité et une âme. Aujourd’hui, m’a dit ma voisine, celle du Racing version BlueCo semble égarée.





