Marc Bloch naît à Lyon en 1886 de parents juifs alsaciens qui ont fui la région après la défaite de 1871. « Il ne fait pas de sa judaïté quelque chose de majeur. En revanche, sa famille fait partie de la minorité d’Alsaciens qui ont décidé de ne pas devenir allemands, et s’inscrit déjà dans une forme de patriotisme », selon Frédérique Neau-Dufour, docteure en histoire spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Appelé au moment de la Première Guerre mondiale, « il entre très modestement dans l’infanterie. Il tombe malade, ce qui l’éloigne du front et lui permet de raconter ses souvenirs : il remplit des carnets, prend des photos de ses camarades, il est historien de sa propre vie ». Après un retour au combat près de Verdun et sur le Chemin des dames, il finit la guerre au sein des services de renseignement comme capitaine, et sera décoré de la Légion d’honneur. En 1921, « il publie l’analyse des fausses nouvelles qui ont couru pendant la guerre, un livre très moderne, incroyable », estime l’historienne.
Nommé maître de conférences en histoire médiévale en 1919 à l’université de Strasbourg, il y fonde « une revue qui s’appelle Annales d’histoire économique et sociale en 1929, déjà ce sont deux champs pas très liés à l’époque, poursuit-elle. Avec Lucien Febvre, ils développent une histoire transdisciplinaire qui regarde les faits, les archives, les témoignages, les choses anecdotiques, comme ouvrir l’histoire au champ de l’intime, des sentiments, des petites gens, pas seulement aux grands événements. L’histoire peut aller du passé lointain jusqu’au présent. Et l’École des annales devient un courant de pensée qui a changé durablement la façon dont on fait de l’histoire ».
TOUS SES LIVRES SPOLIÉS
Alors qu’il mène une carrière d’universitaire brillant et qu’il s’est marié à Simonne Vidal et eu six enfants, en 1940 « il demande à combattre, à 53 ans. Il assiste à la Campagne de France et prend des notes pour analyser la défaite rapide face à l’Allemagne nazie. Édité à titre posthume, L’étrange défaite est un livre qui fait preuve d’une grande acuité, resté très célèbre », appuie Frédérique Neau-Dufour. La mise en place du régime de Vichy le pousse ensuite à s’exiler en zone libre, où il reste enseignant à l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand, puis à Montpellier. « Mais les lois d’octobre 1940 interdisent aux juifs d’enseigner. Il obtient une dérogation, et sa résistance commence par le fait de ne pas partir à l’étranger. Il est spolié, notamment de tous ses livres, et pour un historien c’est terrible ».
Victime de l’antisémitisme de collègues et d’élèves, Marc Bloch se met finalement à la retraite dans la Creuse avec sa famille. Au printemps 1943, il rejoint les résistants du réseau Franc-tireur à Lyon qui fait « un travail de renseignement pour les alliés et influence l’opinion publique française dans les journaux ». Également chargé de réfléchir aux réformes, notamment scolaires, qui suivront la Libération, « il aurait été dénoncé par sa logeuse et arrêté le 8 mars 1944 ».
Torturé par Klaus Barbie à la prison de Montluc, il est fusillé non loin de Lyon le 16 juin avec 27 compagnons. Sa femme meurt de maladie un mois après, Simonne Vidal « par son soutien a joué un grand rôle, elle était l’alliée de Marc Bloch ». Tous deux entreront au Panthéon le 23 juin.




