Cela fait des années que vous dirigez des établissements hospitaliers. Pourquoi vous être orienté dans ce secteur ?
J’ai fait six ans de fac de droit et j’avais déjà la fibre du service public, parce que mes parents y travaillaient. C’est quelque chose de noble que de travailler dans le service public. Parce que c’est attaché à des valeurs. Parce que c’est extrêmement important de savoir à quoi on sert, de savoir qu’on rend un service à la population, à la société, à l’État. Donc, j’étais déjà tenté par le service public, mais je ne savais pas lequel. Je me suis renseigné et j’ai découvert le métier de directeur d’hôpital. Le coup de foudre. Je me suis dit que ça pourrait me plaire, moi qui aime quand ça bouge. Dans ce métier, j’apprécie une certaine forme d’autonomie. On est également à la confluence de plusieurs sujets de politique locale. Dans un territoire, un hôpital n’est pas dans sa tour d’ivoire, il est en prise avec le terrain. J’aime aussi le côté organisationnel, le côté un peu stratégie de santé publique. Ce métier est nourrissant intellectuellement.
Mon objectif, c’est de m’assurer que les gens aient les moyens de travailler le plus sereinement possible
En autant d’années, vous avez dirigé plusieurs établissements, dont Haguenau en 2017.
C’était très exactement trois établissements : Haguenau, Brumath, Wissembourg. Mais il y a eu bien d’autres choses avant. Je suis devenu chef assez jeune. À 32 ans, en 2011, je suis allé à l’hôpital de Saint-Diédes- Vosges. Ensuite il y a eu d’autres hôpitaux autour, comme Gérardmer, Raon-l’Étape. J’ai également assuré l’intérim de Remiremont de 2013 à 2017. J’ai aussi été directeur à titre provisoire pendant deux ans à Épinal. Pour expliquer un peu le système, chaque établissement est maître de son recrutement. Nous, on candidate à un poste vacant. Puis il y a une présélection de six personnes maximum, qui rencontrent le directeur général de l’ARS et le maire, entre autres. Eux disent : c’est lui ou elle qu’on veut. Les mandats sont de quatre ans et renouvelables une fois.
Pourquoi avez-vous candidaté à Colmar ?
Ce que j’aime ici, ce sont les mentalités. C’est agréable de travailler en Alsace parce que les gens ont envie de travailler et ils ont souvent un lien particulier avec le lieu où ils exercent. Je me sens bien en Alsace. Mes enfants sont nés ici. Ensuite, Colmar est une très belle opportunité. Il se trouve aussi que j’arrivais en fin de mandat dans le Nord Alsace. Il fallait que je cherche ailleurs et le poste ici s’est libéré. Les HCC, c’est un très bel établissement qui a beaucoup de force, une belle réputation et de belles équipes.
Les Colmariens ont de la chance d’avoir ces établissements hospitaliers ?
Carrément ! J’irais même plus loin. Je pense que les Alsaciens ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Je les invite à voyager en France, ailleurs dans le monde. Ils verront que, quand on est malade, il vaut mieux l’être en Alsace. On a la chance d’avoir le sixième hôpital du Grand Est, l’un des 20 plus gros centres hospitaliers non universitaires de France avec des équipes médicales et chirurgicales de très haut niveau. La logorrhée de l’hôpital bashing, je n’aime pas ça, il ne faut pas oublier que l’hôpital a tenu bon à chaque crise. C’est le service public le plus performant.
L’hôpital public connaît malgré tout des problèmes de moyens criants. Comment dirige-t-on un tel établissement dans ce contexte ?
À Colmar, le manque de moyens est assez limité. Pour moi, nous avons deux problématiques d’ordre national. Premièrement, l’absence de prédictibilité du modèle. Il faudrait qu’on ait des lois pluriannuelles, comme pour les armées, pour donner une trajectoire. Deuxièmement, il y a le problème chronique du financement. Aujourd’hui, les hôpitaux publics, on estime que c’est autour de 2,5 milliards de déficits. Plus de la moitié est liée à un sous-financement des mesures Ségur et de revalorisation de nos professionnels. Il n’y a pas de mystère : vos dépenses augmentent et vos recettes ne suivent pas, donc il y a un déficit.
C’est quelque chose de noble que de travailler dans le service public
Quels sont les grands chantiers de votre mandat ?
Le plus grand chantier, c’est de consolider le bâti. On a un patrimoine immobilier très disparate, qui parfois date d’il y a un siècle. Il va falloir envisager une mise aux normes assez radicale et redonner un peu plus de cohérence fonctionnelle. Le deuxième sujet concerne les territoires et le renforcement des liens. Il faut que les patients puissent avoir un parcours, notamment avec les établissements de la direction commune. Il faut aussi travailler avec l’établissement de Sélestat-Obernai, à l’échelle de ce qu’on appelle le groupement hospitalier de territoire (GHT). Colmar doit jouer son rôle d’établissement support, de soutien. Le troisième sujet, c’est la réduction des déficits. C’est à la fois beaucoup sans être dramatique. Une partie du problème ne nous appartient pas. En revanche, on peut rationaliser certaines de nos organisations. Il faut donc qu’on assainisse, qu’on améliore notre cycle d’exploitation pour pouvoir alimenter notre cycle d’investissement. L’autre élément sur lequel je veux travailler, c’est sur la qualité de vie au travail. Mon objectif, c’est de m’assurer que les gens aient les moyens de travailler le plus sereinement possible, compte tenu des contraintes.
Vous n’allez pas vous ennuyer. Comment décrivez-vous votre manière de fonctionner en tant que directeur ?
Je pense être dans la considération et le respect, l’attention portée aux professionnels. Je ne conçois pas mon travail en dehors d’une certaine proximité avec les services. C’est aussi pour ça que je reste assez longtemps dans les établissements. Si vous voulez faire des changements, il faut que les gens aient confiance en vous. Pour avoir confiance en vous, il faut qu’ils vous connaissent.

REPERES
2003 : Il intègre l’école des hautes études de santé publique et découvre l’hôpital public. 2007 : Il devient père pour la première fois.
2011 : Il devient chef d’établissement dans les Vosges.
2020 : La crise Covid alors qu’il est directeur dans le Nord Alsace.
2026 : Il quitte le Nord Alsace pour les HCC.



