Comment êtes-vous entré dans le monde de l’image ?
Durant mes études, je regardais souvent la documentation et des livres techniques avec des photos d’illustrations ou publicitaires. Elles étaient souvent de super qualité. Comme je m’intéressais un peu à la photo, je me suis dit : « J’aimerais bien faire celles-là, j’aime la façon dont les articles sont mis en valeur ». Alors j’ai fait un apprentissage dans un studio de photo technique. Par la suite, j’ai bossé dix ans dans un studio. Puis j’ai ouvert le mien.
Quel rapport entretenez-vous aujourd’hui avec la photographie ?
Malheureusement, j’en fais de moins en moins. Les besoins ont changé. Avant, on construisait une photo pour un besoin précis, un projet durable. Aujourd’hui, la photo, c’est de l’instantané, du téléphone portable, du consommable. On se donne peu de peine pour faire un truc propre, travaillé, soigné, anticipé. La passion est toujours là, et j’aimerais bien la garder, mais financièrement, c’est compliqué.
À ce propos, est-ce que le métier de photographe est un métier d’avenir, entre les smartphones et l’intelligence artificielle ?
Aujourd’hui, un photographe comme moi, formé il y a 30 ans, ça n’existe quasiment plus. Ce sont plutôt des touche-à-tout, des graphistes, designers, webdesigners, un peu photographes, un peu community managers. Regardez, actuellement, les débouchés de la photo artistique sont de plus en plus aléatoires. Quand j’ai commencé en 1995-1996, j’avais trouvé un article qui racontait la vie d’un peintre professionnel, un portraitiste. Et je me rends compte qu’on est un peu confrontés au même syndrome.
Quand la photographie est arrivée, ça a remis en question son métier.
je dis toujours que nous ne sommes pas photographes, mais « vrai-tographe »
L’histoire se répète avec la révolution de l’IA. Je pense que le métier va changer, muter, se coupler avec d’autres compétences. Avant, on appelait un photographe parce qu’on avait besoin d’une spécificité technique qu’on ne pouvait résoudre qu’en maîtrisant la lumière, les produits argentiques, ou les collodions. Aujourd’hui, avec l’informatique, on peut tout faire, tout améliorer, voire carrément le créer, sans avoir besoin de connaissances particulières.
Alors qu’apporte encore un photographe professionnel ?
Moi, je dis toujours que nous ne sommes pas photographes, mais « vrai-tographe » (rires). Le vraitographe, c’est un peu comme un peintre ou un styliste, c’est quelqu’un qui va avoir l’oeil, qui va savoir maîtriser la mise en scène, le cadrage, le bon angle. Le photographe, c’est celui qui va s’appliquer à faire une belle image, à trouver le bon moment. J’avais un collègue qui passait parfois trois jours à camper à côté d’une rivière pour trouver la bonne lumière, pour faire une bonne photo de cascade. Malheureusement, aujourd’hui, cela est de moins en moins viable économiquement.

Depuis 200 ans, quel a été l’impact de la photographie selon vous ?
Ça a tout révolutionné ! Ça a révolutionné le XXe siècle au niveau de la communication, de l’image, du graphisme, de la presse, de l’information. Aujourd’hui, la photo est omniprésente, elle est dans l’usage quotidien. Néanmoins, elle est peu à peu remplacée par la vidéo, ou « la photo qui bouge ». Donc nous pouvons dire que la photo a quand même révolutionné les 200 dernières années, parce que ça laisse des témoignages sur les moments instantanés, sur l’histoire, l’actualité, les gens, la vie quotidienne. Et maintenant, nous sommes dans une période de mutation de la photo.




