mardi 16 juin 2026
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Ghost stories, de Siri Hustvedt

Ce roman bouleversant dépasse le simple hommage à Paul Auster pour interroger avec une rare justesse ce qui continue de vivre malgré l’absence. Éditions Gallimard.

En refermant Ghost Stories, je me suis demandé comment parler avec justesse de ce livre. Comment rendre compte d’une lecture qui relève moins du récit que de l’expérience intime ? Comment résumer un texte qui demande avant tout du temps, du silence et un précieux tête-à-tête avec soi-même ? J’aurais presque envie de m’arrêter là et de vous dire simplement de le lire.

Ghost Stories est l’hommage que Siri Hustvedt adresse à Paul Auster. Mais ce n’est pas un livre de deuil. Le réduire à cela reviendrait à en manquer l’essentiel. Bien sûr, la disparition de l’écrivain en constitue la blessure fondatrice. Pourtant, Siri Hustvedt explore quelque chose de plus vaste, ce qui demeure lorsqu’une vie partagée pendant quarante ans a fini par dessiner une seule géographie affective, une même façon d’habiter le monde. Elle avance dans cet espace fragile où l’absence ne se mesure plus seulement à celui qui manque, mais à tout ce qui existait entre deux êtres.

Le cœur du livre tient peut-être dans cette phrase bouleversante. « Oui, je pleure Paul, mais la plupart du temps je pleure Siri et Paul. Je pleure le ET. » Peu de mots auront exprimé avec autant de justesse ce que la mort emporte réellement.

À travers les lettres, les souvenirs et les réflexions qui composent ce texte profondément humain, Siri Hustvedt cherche moins à retenir celui qui s’est éloigné qu’à comprendre ce qui continue de vivre malgré l’absence. Se dessine alors un portrait de Paul Auster d’une infinie délicatesse. Non pas l’écrivain célébré dans le monde entier, mais l’homme du quotidien, celui dont la présence donnait sa forme au temps.

Quand la dernière page se tourne, le silence s’installe. Que c’est difficile de le quitter ce texte. Les livres ne ramènent pas les disparus, mais ils savent parfois préserver assez de leur présence pour qu’elle continue de nous accompagner. C’est peut-être là l’une des plus belles promesses de la littérature.
Célébrons cela.

Isa sur Insta : lodyssee_des_mots

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