jeudi 27 août 2026
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Corinne Albrecht, la peinture du vivant

Petite, elle cassait des cailloux au marteau pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur. À 58 ans, cette native de Strasbourg a traversé plusieurs ateliers, du Bastion 14 à Meisenthal, avant de poser ses pinceaux dans le château de Geudertheim. Ses expositions rencontrent un franc succès transfrontalier, où un journaliste lui a confié qu’elle avait « une expression allemande ». Corinne ne sait pas ce que ça veut dire, elle qui se laisse porter par ses sens pour « créer de la positivité ». Curieuse et baroudeuse, elle se nourrit de la nature, mais sait aussi jeter l’ancre pour amarrer le bateau. Elle nous reçoit dans son port, à Geudertheim, joyeux bazar de livre, feuilles volantes et peintures où tout respire la quiétude.

Votre univers est profondément lié à l’eau et aux éléments naturels. D’où vient cette fascination pour le vivant ?

Au début, je faisais des installations flottantes, ce qui m’a amenée naturellement à travailler avec l’eau. Puis pendant près de vingt ans, j’ai développé une technique de peinture à la surface de l’eau, à base d’huile et de pigments. La manière dont les matières se repoussent et se déplacent crée des formes organiques, comme des cellules ou des moirures, qui renvoient à la construction du vivant.

Vous avez travaillé en duo avec l’artiste allemand Klaus Kadel. Que permet ce dialogue artistique et transfrontalier ?

Quand on s’est rencontrés en 2008, on a échangé deux-trois mots en franco-allemand, et pourtant, on s’est très vite compris ! Comme des musiciens qui font résonner matières et couleurs. Ça a donné naissance à une collaboration intense et exclusive pendant cinq ans. On a produit une grande série autour des quatre éléments, puis Les Mots Interdits : des dessins qui servaient initialement à se comprendre sur papier. On dessinait partout. En Allemagne, en France, en forêt, dans une grotte… avec du papier et des stylos quatre couleurs. Le premier dessin a fait apparaître un arbre. Un joli symbole, non ?

Après cette collaboration, vous reprenez votre carrière en solo. Vers quels horizons ?

Je me questionne, comme beaucoup, sur le réchauffement climatique et la fonte des glaciers. Ce qui donne naissance à la série Architectonique givrée, inspirée des bleus des aquarelles de René Lalique et de la lumière sculpturale de la roche autour de Marseille. Puis arrive le Covid, donc du temps pour créer et travailler autrement. Avec un ami parisien, on a imaginé quatre collections de foulards 100% soie, à partir de mes peintures. C’est aussi pendant cette période que germe l’idée de Fréquence HZ.

Parlez-nous de cette recherche picturale, qui se base sur vos expériences d’écoute et rencontres avec des musiciens utilisant certaines fréquences.

J’ai toujours été fascinée par le comportement des animaux ; ils ressentent les choses bien avant nous ! Cette recherche est née d’une réflexion sur les abeilles, les vibrations et les fréquences émises par le noyau terrestre. Le corps humain reçoit des informations de la Terre, du cerveau jusqu’à la peau. Avant de peindre, je m’inspire d’images de cerveau, de cœur… et je lance une musique composée sur une fréquence précise, correspondant à un chakra. Sept chakras, sept musiques. J’écoute en boucle et je peins. J’ai commencé par le chakra coronal (sommet de la tête ndlr), et là, je me suis mise à voir la Terre du dessus, à planer… mais promis, je n’ai rien pris pour ça (rires). C’était plus de l’ordre de la méditation.

Peinture 963 HZ issue de la collection Fréquence HZ. / ©CORINNE ALBRECHT

Où peut-on découvrir cette série ?

Il faut d’abord que je la finisse (rires) ! La série complète comportera 28 œuvres. Les 14 premières ont déjà été montrées à la Kreisgalerie de Dahn en juin dernier, en même temps que Luciole – Janus : des peintures qui évoluent selon la luminosité, avec des superpositions de couches évoquant la vivante peau de la Terre.

L’idée m’est venue ici, en décollant le vieux papier peint. Réfection des murs à la chaux et nouvel élan pour la matière ! Les ardoises d’écolier sont le point de départ de Luciole – Janus. Dans le cadre d’une expo collective à Strasbourg, je les ai gravées puis chargées de pigments et d’écriture pour les rendre phosphorescentes. L’idée est d’obtenir une œuvre à double lecture : selon la lumière, les formes organiques apparaissent ou disparaissent. Dans les ardoises comme dans Fréquence HZ, il y a des cerveaux qui se baladent (rires).

Après plusieurs décennies de création, comment souhaitez-vous faire évoluer votre démarche artistique ?

J’aimerais rendre mes futures expositions immersives, avec l’aide de musiciens, scientifiques, médecins… je lance un avis de recherche (rires) ! Pour Fréquences HZ par exemple, le public pourrait écouter la musique liée à chaque peinture, via des QR codes ou des casques. Des temps d’échange pourraient également avoir lieu pendant l’exposition, afin qu’elle ne soit plus seulement visuelle mais aussi sonore, interactive. Un musicien a déjà accepté : Jim Petit, qui recueille le son des arbres dans les Vosges. J’ai créé une première peinture à partir de sa composition 852 HZ, et je me réjouis de poursuivre ce travail avec lui !

En attendant, où peut-on vous retrouver ?

À la Collégiale Saint-Florent de Niederhaslach, dans le cadre de la 28e édition de Chemins d’art sacré en Alsace. Avec Klaus Kadel, on y expose 15 œuvres de très grands formats sur le thème de L’eau qui donne la vie, dont certaines ont déjà été montrées au Port Autonome de Strasbourg. C’est jusqu’en octobre 2026. Et sinon, je donne des cours de peinture le mercredi après-midi et quelques stages (voir encadré).

ATELIERS & STAGES

Le 16 septembre 2026, reprise des cours pour adultes et enfants, les mercredis après-midi à Rumersheim. Toutes techniques au programme : tempera œuf et pigments, pastels secs, huile, acrylique, collage, crayon… Sujets guidés ou libres, selon l’envie. Corinne propose également des stages dans son atelier à Geudertheim. Infos et inscriptions au 06 19 24 25 49 ou par mail Corinne.albrecht@gmail.com

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