lundi 28 septembre 2026
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Jérôme Copin, le robocop alsacien

Gendarme depuis 21 ans, passé par la Guyane et le Kosovo, ce natif de Cernay s’est découvert une passion originale en plein milieu de carrière : la cybersécurité. Il a alors entamé et obtenu un diplôme universitaire. L’adjudant Jérôme Copin est ainsi devenu le premier et le seul gendarme référent cybersécurité du Haut-Rhin. Sensibilisation du public, des entreprises et des collectivités, aide sur des enquêtes, la tâche est immense. D’autant plus que le risque cyber augmente constamment, tandis que la prise de conscience avance lentement. Il se définit lui-même comme un vulgarisateur, un « traducteur » cyber, qui mêle pédagogie, bonhomie et analyse pointue pour aider les Alsaciens à se protéger en ligne. Le militaire s’est confié à Maxi Flash sur ses missions et son parcours.

Quel est le rôle d’un gendarme référent cybersécurité ?

Ma mission, c’est tout simplement de faire de la prévention, tout format, tout public, pour donner les bonnes pratiques. Il faut savoir que la faille est humaine dans 90% des cas. Si on ne sensibilise pas l’humain, la faille reste ouverte. D’ailleurs, les meilleurs ambassadeurs sont des gens qui ont été victimes. Parce que l’un des gros problèmes, c’est qu’on pense souvent que ça n’arrive qu’aux autres. Ce qui est totalement faux. Il y a aussi les pré-diagnostics auprès de structures privées ou publiques. Je peux sensibiliser le grand public lorsque je suis invité. Je ne monte pas moi-même un événement, on s’appuie sur ceux créés par d’autres. Pour vous donner une idée, j’ai fait plus de 400 animations et touché plus de 10 000 personnes en 3 ans.

Toutefois, je ne mène pas d’enquête, je n’ai plus le pouvoir judiciaire, mais j’accompagne les enquêteurs sur certaines typologies d’attaques. Mes collègues ne vont pas spécialement tout comprendre au récit de la victime et de son prestataire. Moi, je suis entre les deux, je suis le modérateur, le traducteur.

Pour sensibiliser efficacement, vous optez notamment pour une approche ludique, avec des jeux ?

En partie, oui. J’ai choisi de sensibiliser différemment parce qu’avec une table ronde et un niveau technique de haut vol, en quelques heures, les gens auront tout oublié. Alors j’essaie de le faire de manière ludique, atypique, sous forme de jeux, comme le 1er octobre, à travers un escape game à la Banque de France. On le fait aussi via un jeu de cartes que j’ai créé. Avec ces formats, les personnes sont bien attentives. Cela peut aussi aider à comprendre les enjeux cyber et les mécanismes mis en place par son patron, et donc d’avoir une adhésion par le bas. Le public est de plus en plus réceptif.

Il y a donc une prise de conscience sur les risques cyber ?

Ça commence. Mais on ne peut pas rattraper le retard accumulé. On peut juste faire en sorte qu’il ne se creuse pas plus. Je vois une évolution, mais c’est trop lent. Les pirates vont beaucoup plus vite. On l’a bien vu ces derniers mois avec les sites étatiques piratés.

En résumé, en 2026, la cybersécurité n’est plus une option.

C’est devenu non optionnel, c’est évident. Je vais vous donner des chiffres pour comprendre l’ampleur colossale : le trafic de stupéfiants à l’échelle mondiale représente près de 600 milliards de dollars par an. La cybercriminalité, c’est 10 000 milliards. Et ça augmente au fur et à mesure. J’aime à dire que si en hiver vous avez un rhume, mais que vous ne savez pas ce que c’est, vous ne pouvez pas vous soigner. C’est pareil dans la cybersécurité. Si vous n’êtes pas informés, vous ne pourrez pas vous protéger. Il y a des gens que j’ai revus sur des manifestations et qui me disent : « Purée, monsieur Copin, ce que vous avez dit la dernière fois, on l’a vécu trois mois après. Si vous ne nous l’aviez pas dit, on serait tombé dans le panneau ». Là je me dis que j’ai réussi à éviter qu’une victime perde beaucoup, parfois tout. Autre donnée intéressante : 455 000 faits ont été enregistrés en 2025. Ça a doublé en trois ans. Et ce qui est effarant, c’est que le ratio estimé, il est d’une plainte pour 250 cas.

D’ailleurs, comment devient-on gendarme référent cybersécurité ?

Ça fait 21 ans que je suis gendarme. J’ai commencé en escadron de gendarmerie mobile. J’ai fait le Kosovo, la Guyane. Après, je suis arrivé à la brigade de Masevaux. Il y a une dizaine d’années, j’ai passé une formation cybersécurité. Puis, en 2023, la note créant mon poste actuel a été lancée dans toute la France. Chaque département a dû désigner un personnel spécialement formé. J’ai postulé et j’ai obtenu un diplôme universitaire en cyberdéfense. C’était l’une des conditions.

J’ai été nommé, j’ai pris mon bâton de pèlerin, on m’a donné un bureau, un PC, une voiture, et on m’a dit « débrouille-toi » (rires). Ce qui m’a plu, c’est que cela représentait un nouvel horizon. Une carrière dans une carrière. En plus, je me suis rapidement pris au jeu et je me suis rendu compte que je n’étais pas si nul que ça. Je me suis découvert une passion pour la cybersécurité et des talents de pédagogue. Ce que j’aime beaucoup, c’est aussi que la cybersécurité, c’est une effervescence intellectuelle constante. Chaque jour est différent.

Vous êtes le seul référent du Haut- Rhin. Manquez-vous d’effectifs ?

Des manques, il y en a partout. C’est sûr que dans l’idéal, il faudrait plus de monde. Mais on a déjà le mérite d’avoir une personne à temps plein, ce qui n’est pas le cas dans le Bas- Rhin par exemple.

Malgré la charge de travail, vous trouvez le temps d’être très actif sur le réseau social LinkedIn. Pourquoi ?

Comme je l’ai dit, je suis vulgarisateur. Je souhaite diffuser un message de prévention et limiter le retard. En diffusant de l’information sur ce réseau, j’ose espérer qu’à un moment ou à un autre, le message passe plus rapidement. J’ai l’impression que c’est le cas.

« J’ai choisi de sensibiliser différemment »

Le mois d’octobre est la quatorzième édition européenne de la cybersécurité. Qu’avez-vous prévu à cette occasion ?

Dans le cadre du Cybermois, nous avons mis en place beaucoup d’événements atypiques, notamment trois sessions d’escape game à la Banque de France, ainsi que plusieurs sessions de mon jeu, que j’appelle le Cybermarathon, dans des structures privées. On a également un événement avec de la réalité virtuelle à Mulhouse et un jeu de rôle immersif atypique avec un grand écran projeté. On essaie vraiment, chaque année, de se réinventer et de passer des messages sur fond ludique. Les gens vont d’abord venir faire un jeu et au final, en sortiront sensibilisés.

 

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