jeudi 25 avril 2024
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Gauthier Kuntzmann – L’idéal alsacien

Qu’est-ce qui nous retient à l’enfance ? Les fêtes de village, une voix, des valeurs familiales, le visage d’un héros, les choses simples, le football. Pour Gauthier Kuntzmann c’est un peu tout ça à la fois. Il a grandi à Krautergersheim, la capitale mondiale de la choucroute où vivent ses parents. Journaliste sportif à Canal + depuis dix ans, il a réalisé son rêve. J’ai eu envie de le rencontrer pour parler de l’Alsace, de foot, des choses de sa vie. On a pris rendez-vous dans son quartier près de la Tour Montparnasse.

Gauthier naît dans les cartons, à Lyon, au moment où sa famille s’apprête à revenir en Alsace. À deux mois, il arrive à Krautergersheim, à côté de l’autoroute, où son grand-père est choucroutier. Sa mère professeure des écoles et son père qui travaille à la SNCF élèvent trois enfants, la vie est un long train joyeux qui arrive à l’heure. Le dernier dimanche des mois de septembre, le petit Gauthier défile sur un char/tracteur en costume de jeune Alsacien lors de la fête de la choucroute. Les mômes adorent lancer du chou cru sur la foule, c’est la tradition, il s’en donne à cœur joie.

C’est aussi l’époque de ses premières émotions de passionné de sport. Il apprend à lire avec les pages sport des DNA, il joue au hockey, plus tard au tennis, mais son truc c’est le foot. 1998, Zidane et les Bleus soulèvent la Coupe du Monde et le cœur de Gauthier. Il a 6 ans lorsqu’il signe sa première licence, à Obernai, de l’autre côté de l’autoroute. Il y joue dans toutes les catégories de jeunes, au plus haut niveau régional. Curieux de nature, il parle « ballon rond » à la première occasion.

Parfois à l’école, en face de la question que voulez-vous faire plus tard il écrit footballeur, mais finalement, il ne rêvera jamais d’une carrière pro :

Je n’étais pas le plus technique ni le plus élégant, j’étais conscient de mes qualités, et puis je voulais devenir journaliste sportif depuis tout petit.

Pour faire ce métier, il faut d’abord de beaux souvenirs, des soirs d’Europe, des journées devant la télé devant tous les sports et des histoires d’amour à raconter plus tard. Il noue une première idylle avec le Racing Club de Strasbourg, mais sans avoir oublié sa saveur, il ne se rappelle pas de l’affiche de son premier match au stade de la Meinau, peut-être l’a-t-il écouté à la radio, comme souvent à l’époque lors des émissions de France Bleu, trois heures de direct, à l’adolescence, la naissance d’une vocation. Et puis, l’envie d’aller respirer les odeurs du stade se fait de plus en plus forte : « C’était naturel d’aller à la Meinau », affirme le journaliste, « Pour moi, le Racing c’est l’Alsace ». Le foot devient sa vie, il n’imagine pas encore à quel point l’histoire à raconter plus tard sera belle.

Quand on aime, il faut partir

Après 18 années de joie en Alsace, il monte à Paris pour devenir journaliste en trois ans. Il passe six mois à Dublin, trouve un stage à France télévisions, et pour enchaîner avec un Master en alternance, il postule à Infosport + qui appartient au Groupe Canal. On lui propose des piges, il oublie le Master, il ne retournera jamais à l’école. Il signe son premier contrat pour écrire les textes des résultats sur les bandeaux déroulants en bas d’écran, tout en bas de l’échelle.

Un jour, son chef de service lui dit qu’il aime sa rigueur, il est certain qu’il sera bon à l’antenne : « Je n’ai pas vu le lien, mais bon… Moi qui n’avais jamais présenté quoi que ce soit, j’ai fait un test et une semaine après j’étais à l’antenne. J’ai tout appris à Infosport ». Il est plus facile d’apprendre lorsqu’on est passionné, il est même probable que sa passion soit une chance, une chance consciente depuis dix ans maintenant dans le Groupe Canal, sans routine : « Parfois en rentrant le soir, je me dis que le petit gamin que j’étais il y a vingt ans en Alsace serait ravi d’imaginer connaître tout ça ». Alors, je lui pose une question un peu bateau : que dirait-il à ce petit gamin s’il le croisait dans une rue de Strasbourg ou de Colmar ? Il répond : « Ne change rien, continue de travailler et d’être passionné surtout. Lorsque je croise des jeunes qui aspirent à faire ce métier, je leur dis que le plus important est d’être passionné, d’être curieux et rigoureux ». Des qualités très alsaciennes en fait.

Le journaliste alsacien et l’équipe de Canal Football Club. / ©Augustin Detienne/CANAL+

La machine

Et justement, sans entrer dans la caricature, Gauthier est un mec carré, ses lignes de vie sont aussi régulières que celle d’un rectangle vert ou d’un trajet de chemin de fer. À l’antenne dans le Canal Football Club le dimanche soir, ou lors des soirées de Ligue des Champions devant la France du football, c’est lui le statisticien, celui qui a les chiffres en tête, celui qui prend la parole pour éclairer le débat. Gauthier construit sa réputation de « machine » en s’appuyant sur sa très bonne mémoire et sur son travail quotidien. Il prend ce qu’il y a à prendre, il trace sa route, il fonce tranquille et anime aussi Canal Foot Manager, une collection d’émissions portée sur le jeu et la tactique. C’est ce qu’on attend de lui, qu’il apporte des éléments factuels, tangibles, la base du métier. Les faits, les précisions, les infos, oui c’est la base. Et puis, il y a les histoires, les histoires à raconter. Ils adorent ça, c’est comme une passe décisive.

Gauthier Kuntzmann a trouvé sa place dans ces shows en direct aux côtés d’anciennes gloires du football hexagonales et de journalistes présents depuis plusieurs décennies ; sur le plateau se succèdent des légendes du sport et de Canal, et puis le petit gars de Krautergersheim, plutôt réservé dans la vie mais qui s’épanouit sous les projecteurs. Son côté gendre idéal me fait penser à Marc Keller et ça tombe bien, pour le journaliste le dirigeant du Racing Club de Strasbourg est l’Alsacien parfait. Pourquoi ? « Pour sa rigueur, propre aux Alsaciens. Je le vois bien à la tête de la Fédération française de Football. Il n’y a pas mieux que lui », dit-il sans chauvinisme ! La rigueur, la base, on y revient toujours. C’est une qualité qui le suivra et qu’il transmettra comme un témoin dans la course de la vie.

L’Alsace dans le coeur

Papa depuis presque trois ans, c’est en homme épanoui qu’il revient en Alsace très régulièrement, pour voir la famille, et la Meinau, c’est sa « petite parenthèse enchantée ». Il en profite pour faire des sorties à vélo du Mont Sainte-Odile, au Champ du Feu et bientôt le Haut-Kœnigsbourg et le Petit Ballon sur le parcours de l’étape du Tour 2023.

« Depuis que j’ai quitté la région, j’ai vraiment pris conscience de sa richesse et de sa beauté », témoigne l’enfant du pays qui n’attend aucune médaille alsacienne : « Ma plus belle reconnaissance, c’est la fierté de ma famille », dit-il sans amertume. Lorsque ses proches le voient parler de foot sur Canal +, ils doivent se souvenir qu’il faisait la même chose avec ses Playmobils sur ses terrains imaginaires, qu’il écrivait et commentait les classements et les statistiques de ses propres matchs de gamin. Le son et l’image venaient de sa chambre. Aujourd’hui les grands matchs, Gauthier Kuntzmann les vit sous les lumières des plateaux télé, là où il a trouvé son idéal.

L’info en plus

Les personnalités alsaciennes préférées de Gauthier Kuntzmann : le Racing « qui en est une au sens large, comme la SIG ou l’Étoile Noire », Sébastien Loeb (« ses titres de Champion du monde coïncident avec mon adolescence »), Arsène Wenger ou Thierry Omeyer « dans ma jeunesse ». « Aujourd’hui je citerais Paul-Henri Mathieu, Pierre Hermé ou Marc Keller. »

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