mercredi 24 juin 2026
AccueilCHRONIQUESLe 1/4 d'heure de LineÀ m’asseoir sur un banc en Alsace #6

À m’asseoir sur un banc en Alsace #6

Ce banc se trouve sur le plus grand Starneplàtz (rond-point) de Wissembourg, mais aurait pu se situer dans n’importe quelle petite Städtel (bourgade). Il n’y a pas cinquante ronds-points à Wissembourg mais juste pour le localiser, disons qu’il fait honneur à Joseph von Stichaner, reconnu pour son investissement dans la sauvegarde du patrimoine local en tant que Süpräfekt (sous-préfet) de la ville de 1872 à 1886, à ne pas confondre avec le Süffpräfekt (préfet de la picole)… En ce lieu très fréquenté se croisent trottinettistes (terme tout nouveau venu dans le Larousse 2026), cyclistes, «Achtung Bicyclette», Autofàhrer (automobilistes) et…Füesgänger (piétons). C’est justement bien installé sur ce banc que l’on bénéficie d’une vue privilégiée uff d’Streife (sur le passage piétons), autrefois clouté, un passage foulé par tant de Sportschlàppe (baskets), Stackèleschüeh (chaussures à talons), Steffel (bottes) et autres Claquettlè…

Je me pose donc là pour un réel petit Spektàckel (spectacle), bien vite alimenté par mon imagination ewergschnàppt (loufoque). Premier constat : si les automobilistes s’arrêtent quasi systématiquement pour céder le passage aux rois piétons, la Heflichkeit (courtoisie) n’est pas toujours de mise sur les rayures blanches : à part les Kneckes (gamins), rares sont ceux qui opinent de la tête, font un signe ou simplement làchlè (sourient) en guise de remerciement. Pourtant ce n’est pas parce qu’on est prioritaire et dans son bon droit qu’on doit traverser wie so è ingebelder Zàpfè (littéralement comme un bouchon prétentieux !?). Et ce n’est pas è Hüp (un klaxon) un peu frach (effronté) qui va m’empêcher de pousser la réflexion un peu plus loin. J’en viens à me demander wie wär d’Walt (comment serait le monde) si la norme était de rivaliser d’originalité à chaque engagement sur un passage piéton. On verrait peut-être des pas chassés, des roues, des pas de valse, des déhanchés style défilé de mode, des révérences de Prïnzessinn (princesse), d’audacieux essais de Moonwalk, pas facile uff’m Macadam (sur du bitume).

On pourrait imaginer quatre Burstè (gars) emboîter le pas en mode Beatles, comme sur l’une des plus célèbres pochettes de disque de l’histoire de la musique. On pourrait admirer è Paarel (un petit couple) se risquer au fameux porté de Dirty Dancing, ou se lancer dans une imitation de la danse culte de Pulp Fiction… Bref, ces lieux de croisement n’opposeraient plus d’un côté, un conducteur frustré de marquer un arrêt, de l’autre un piéton qui fonce les yeux rivés au sol. Ils seraient l’occasion de petites pauses, nourries de Schépfergeist (créativité), de Fraid (joie), d’autodérision et d’échanges, dans un langage universel de Metschuld (complicité).

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