jeudi 28 mai 2026
AccueilCHRONIQUESLe 1/4 d'heure de LineÀ m’asseoir sur un banc en Alsace #5

À m’asseoir sur un banc en Alsace #5

On pourrait appeler ça « tourner autour du banc »… qui lui-même tourne autour du tilleul. De ce fait, on peut bien se demander : wie soll mer dann ànnesetzè (où doit-on s’asseoir) ? Une belle journée de printemps me ramène à la Wantzenau, sur ce joli banc au bord de l’Ill, à qui notre région pourrait devoir son Nàmme (nom) : Eh oui, Elsàss signifierait littéralement : le lieu où se trouve l’Ill, le pays au bord de l’Ill.

Un petit dicton nous dit : « D’verschlendert Ill màcht wàs er will » (l’Ill rêveuse ne fait que ce qui lui plaît). Et il faut bien le dire, la rivière qui coule paisiblement à mes pieds éveille un sentiment de Fréjheit (liberté) et appelle à la Traimerréj (rêverie). L’endroit est très dichterisch (poétique) et, dans ce monde de Munni (taureaux = brutes), un peu de poésie màcht kénn Schàde (ne fait pas de mal). J’y ai d’ailleurs vu è Schwàn (un cygne)… et è Zeiche (un signe)… puisque d’une pensée à l’autre, mon esprit revient sur un objet, témoin de mon idyllischi Kendheit (enfance idyllique) : la «poésie».

Ce petit recueil aux pages blanches, souvent vieréckig (de forme carrée), était un objet personnel, généralement offert par la grand-mère ou la Géttel (marraine), dans lequel on invitait ses proches, famille, amis, copains de classe à remplir une Doppelt-Blàtt (double page). On prenait donc sini schénscht Schrïft (sa plus belle écriture) pour y reporter è Gedicht oder è Dichtung (une poésie ou un poème), des petits Sprïchwerter (adages), on y dessinait et on y collait de jolis sujets que l’on achetait em Pàpirlàde (en papeterie).

La «poésie» passait ainsi de mains en mains pour constituer ensuite un magnifique objet-souvenir. Désuet, un brin naiv (naïf), mais si hartzig (craquant) quand on le feuillette bien des années plus tard… Alors avec l’eau de l’lll qui s’écoule vor mini Aue (devant mes yeux), je ne résiste pas à l’envie de vous placer l’incontournable et philosophique formule qui hante nos «poésies» : «Le temps passe, le souvenir reste» !)

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