Pour trouver le domaine, il faut prendre sa voiture et grimper. Direction Vœgtlinshoffen, petit village viticole sur les hauteurs, entre Soultzmatt et Colmar. C’est ici, dans cette commune pittoresque, que l’histoire de Timothée Schueller a débuté. Une histoire qui remonte. À l’origine, il y a eu Fernand Schueller et son épouse. Pendant des années, ils ont vécu de polyculture, avec du bétail, un champ, quelques vignes et le café du village. Leur fils, Jean, a repris l’affaire. Dès 1962, il a opéré un premier virage en se spécialisant dans la culture de vignes. Les premières bouteilles sont sorties de cave à partir de 1972. Puis Didier Schueller a pris la suite. Vin blanc et vin rouge, la gamme est vaste. Pendant longtemps, le domaine Schueller a compté 5 puis 6 hectares. Jusqu’à ce que Timothée, la troisième génération, reprenne à son tour l’exploitation en 2018. Il a impulsé de nombreux changements : « J’ai toujours dit que je reviendrais. Quand je suis arrivé, on était à 7. Nous sommes à 12 aujourd’hui », explique-t-il.

Le jeune travailleur a toujours baigné dans le monde viticole. Pas de quoi l’en dégoûter, au contraire. Pour lui, « Vigneron, c’est un métier passion. On bouge tout le temps. Dans les vignes, la terre, les salons, dans la cave ». Il a suivi des études de commerce à Paris puis à Beaune dans le vin, avant de revenir ici, sur ses terres alsaciennes, où sa formation commerciale se révèle indispensable. 90 % des vins du domaine sont vendus lors de salons et d’événements. Le reste l’est via des magasins et des restaurants : « Il faut grandir, le contexte est compliqué pour tout le monde. En plus, les clients aiment la nouveauté ». Les récents agrandissements permettent en effet à la famille de tester des choses, notamment avec des vins moins alcoolisés. Surtout, Timothée a fini par attirer l’attention de la SAFER Grand Est.
DU BIO A LA PRESTATION, UNE FOULTITUDE D’IDEES
Les Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural (SAFER) ont été créées en 1960 pour réorganiser les exploitations agricoles « avec l’objectif d’installer des jeunes ». Celle du Grand Est, lors de son opération « Coup de pouce », a justement mis à l’honneur trois jeunes exploitants le 25 juin dernier. Parmi eux, Timothée Schueller, avec un chèque de 300 euros à la clef. Un coup de pouce bienvenu vu le contexte et un encouragement pour les jeunes qui envisageraient de se lancer. Il est effectivement urgent de favoriser l’installation de la jeune génération. L’agrandissement du domaine a également permis aux Schueller de regrouper des parcelles, rendant la mécanisation plus simple : « On avait pour projet de passer à la machine à vendanger. Et à côté, j’ai monté une boîte de prestations de services. Tout ce qui est mécanisable dans la vigne, on le fait », révèle-t-il.

En seulement 8 ans, Timothée a doublé la surface et diversifié l’activité. Il a aussi accéléré sur le bio. C’est aussi pour cela que la SAFER l’a mis en avant, pour son travail sur le développement durable. En devenant associé d’exploitation, Timothée a obtenu la certification Haute Valeur Environnementale pour la récolte : « On s’est lancé dans le bio dès 2000. Depuis le millésime 2023, on a la labellisation. Quand tu travailles la terre, ce n’est pas pour la tuer », affirme-t-il. Épaulé par ses parents, le vigneron est le symbole de cette nouvelle génération forte d’idées innovantes à même de faire rayonner le vin alsacien, malgré les difficultés du marché.
L’info en plus
Née en 2012, Lilou, la sœur de Timothée, accompagne déjà son frère et ses parents dans les vignes.




