lundi 27 mai 2024
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Les mennonites fuient l’Alsace pour l’Amérique

Notre chroniqueur Ambroise Perrin nous propose pour cette rentrée une série qu'il intitule « Ce jour-là (en Alsace !) j'étais là... ». Chaque semaine une intrépide plongée littéraire dans des textes qui jalonnent l'identité de notre région. Cela commence toujours par une date précise pour raconter, avec un peu de dérision, une petite histoire. La littérature ayant le privilège de ne pas vérifier si tout est vrai, il reste l'essentiel, amuser les lecteurs de Maxi Flash.

Le 16 novembre 1854, Auguste César West préfet du Bas-Rhin, après avoir été en poste dans le Haut-Rhin, me dicte une lettre pour le ministre des Cultes, nous sommes sous le Second Empire. Il s’alarme, « la population mennonite d’Alsace s’éclaircit journellement par l’émigration vers les États-Unis d’Amérique. Dans la vallée de la Bruche, ce sont des forces vives, jeunes et convaincues qui sont perdues car ces sectaires vont se transplanter complètement dans ce pays de rêve où il paraît que tout pousse sans fumier ».

En fait, c’est une nombreuse population pauvre de l’Alsace qui émigre depuis plus d’une génération, en partance notamment des arrondissements de Wissembourg et de Saverne. Les persécutions du 17e siècle ont poussé des familles d’anabaptistes suisses et hollandaises à venir s’installer en Alsace, d’abord à Sainte-Marie-aux-Mines, puis dans la principauté de Salm dans la vallée de la Bruche, et enfin dans de nombreuses autres communautés de la région.

On les reconnaît en matière de progrès agricole, leur notoriété est telle, par exemple pour les soins vétérinaires, les assolements, les labours profonds, la fumure et l’utilisation de différents engrais, que leur savoir-faire est publié dans des almanachs très populaires.

Je réceptionne la réponse du ministre qui n’est pas étonné, il a déjà constaté que les communautés mennonites « entreprennent de longs voyages à travers les mers avec une facilité étonnante, ce qui explique le petit nombre qui réside encore dans nos contrées. Ils espèrent en Amérique vivre en toute liberté la confession de leur foi. Ainsi l’Alsace se vide… ».

Françoise Naas, thèse sur les anabaptistes-mennonites de la Haute-Vallée de la Bruche, 2011.

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