mardi 25 juin 2024
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Guillaume d’Andlau : « L’homme reste l’homme et les messages doivent être renouvelés »

Tout comme ses précédents livres sur les châteaux-forts ou l’action humanitaire, Le KL Natzweiler-Struthof-Un camp de concentration en Alsace annexée est lié à la fonction qu’a occupée Guillaume d’Andlau à la direction du CERD, le Centre européen du résistant déporté, de 2019 à 2023. Au contact des 200 000 visiteurs annuels, Guillaume d’Andlau a répondu à un besoin pédagogique.

Comment vous est venue l’idée du livre ?

Guillaume d’Andlau : Tout d’abord, c’est l’identification d’un besoin : il n’y avait pas d’intermédiaire entre l’ouvrage scientifique sur le Struthof—la thèse de Robert Steegman–, et le petit opuscule très simple que l’on vend à l’accueil du CERD. Il est destiné aux gens qui ont envie d’aller plus loin sans s’enfoncer dans les détails et aux enseignants qui ont besoin de matériau pour approfondir une visite. J’ai proposé plusieurs entrées dans le livre, une partie historique classique, une partie photos et dessins, et une partie témoignages avec des textes qui incarnent le sujet. Chacun peut lire un encadré ou regarder une photo.

Mais était-ce aussi une nécessité pour vous d’écrire sur votre expérience de quatre années dans les murs du Struthof ?

Oui, c’est un moyen cathartique de déposer des connaissances. C’est un travail assez particulier dans un lieu comme celui-ci, même si je n’ai pas évoqué le sujet personnellement. J’ai eu besoin de prendre un peu de distance sur l’activité quotidienne, et rassembler les connaissances que j’ai grapillées de part et d’autre, comme pour chacun de mes livres. Mais ce qui m’a frappé assez rapidement, c’est le devoir d’aller vers le public et non qu’il vienne vers nous. Je l’ai écrit en 18 mois, dans une nécessité pédagogique.

Qu’avez-vous constaté auprès du public ?

Les gens ne font pas la différence entre camps d’extermination et de concentration, leur souvenir c’est la Shoah. Je souhaitais expliquer que le Struthof, c’est un élément dans un système qui se crée progressivement, et l’histoire n’était pas écrite au départ. Il y avait par exemple plusieurs milliers d’Allemands détenus, cela étonne, mais les camps étaient d’abord pour les opposants au régime. Et le deuxième point concerne l’Alsace annexée : un territoire occupé et annexé, ce n’est pas la même chose. En Normandie, le référentiel familial, c’est la France occupée. C’est un livre qui ne commence pas à la construction du Struthof, un livre de médiation et non de recherche.

L’historien Johann Chapoutot a écrit la préface, quel regard apporte-t-il ?

C’est un grand historien de cette période, très pointu en particulier sur les questions idéologiques. Il n’est pas dans les dates et les chiffres, mais essaie de comprendre comment les gens ont réfléchi, dans leur formation intellectuelle. C’est assez intéressant d’imaginer comment l’homme vit dans un milieu contraint et fermé, où il faut survivre, mais aussi faire perdurer des valeurs, ou pas. Et c’est intéressant pour la société d’aujourd’hui, les questions autour du collectif, de la solidarité, vivre pour soi, partager un bout de pain, le racisme… C’est d’une certaine actualité de se dire “mais qu’est-ce que j’aurais fait ?” Toutes les familles ont eu des parents concernés, cela nous apprend des choses, mais en même temps l’homme reste l’homme et les messages doivent être renouvelés, car des choses abominables se passent toujours. Un camp, c’est simplement un élément d’une formation, d’un vouloir vivre collectif, d’une identité, d’une histoire, et un lieu comme le Struthof malgré le départ des derniers déportés reste un élément important.
ID l’édition, 20€.

Présentation du livre le mardi 12 décembre à 18h à la salle polyvalente de La Broque. Inscriptions, renseignements et demandes de conférences par mail : g.dandlau@wanadoo.fr

La couverture du livre édité chez ID-l’édition. / ©Documents remis

Extrait

« Les bâtiments, les objets, l’omniprésence de la violence, de la torture et de la mort permettent de dépasser les pages glacées des manuels scolaires, de marquer profondément les esprits, de laisser se mêler la connaissance historique à l’expérience, à l’émotion. C’est ainsi toucher du doigt les épreuves traversées même si, comme l’a écrit l’ancien déporté Boris Pahor, nous resterons toujours “Pèlerin parmi les ombres” ».

 


De l’humanitaire au Struthof en passant par le château d’Andlau

Descendant d’une famille alsacienne, Guillaume d’Andlau est né en Normandie en 1962, et n’a longtemps eu que le nom pour le relier à l’Alsace. « Le seul véritable lien était la ruine du château d’Andlau qui appartenait à mon père », confesse-t-il.

En 1999, après des missions humanitaires au Rwanda et au Laos pour les Nations Unis et la Croix rouge, il devient directeur du Conseil économique et social d’Alsace à sa demande.
Au même moment, « un pan de mur s’est effondré au château. J’ai monté l’association des Amis du château d’Andlau en 2000 et mon père m’a donné la ruine pour une valeur estimée de 500€, alors que son père la lui avait transmise pour 500Fr ! ».

Aujourd’hui, les travaux passés « du curatif au préventif» continuent notamment grâce aux bénévoles et aux chantiers d’insertion.

Par la suite, Guillaume d’Andlau crée l’association des Châteaux-forts d’Alsace pour « faire connaître la forêt derrière le tronc—le Haut-Koenigsbourg » et soutenir le développement du monde associatif autour des châteaux. Alors qu’il est responsable des relations publiques et du mécénat du Crédit Agricole, il monte également la Fondation Passions Alsace en 2009, dont l’objectif est de redistribuer de l’argent à de petites associations de proximité.

En 2019, il pose sa candidature au CERD-Mémorial du Struthof, qu’il dirige jusqu’en 2023. « Mon père est décédé juste avant. Il avait rejoint l’Afrique du Nord en 1941, c’était un peu un signe, et la période m’intéressait tout comme la mission de transmission pédagogique. » Avec son « profil de couteau suisse », Guillaume d’Andlau a « réorganisé le Struthof, dans sa gestion humaine, opérationnelle et économique ».

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