jeudi 25 avril 2024
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Le boulanger alsacien Antoine Jung fête ses 30 ans de vie en Bavière

Il y a de l’allégresse et de la bonhomie en ce boulanger originaire de Rittershoffen, qui fête pile-poil ses trente ans de vie en Bavière. Il n’existe pas meilleur ambassadeur pour dire haut et fort, où qu’il passe, combien l’Alsace est merveilleuse et combien sa vie est un « conte de fées ».

Après son apprentissage à Hatten et un an à travailler comme ouvrier à Drusenheim, il traversa en mars 1994 le Rhin pour devenir boulanger en Allemagne. Se languissant de trouver une femme, il répondit à l’offre d’une agence matrimoniale qui figurait dans une gazette boulangère. Il trouva cœur à prendre en Bärbl, la fille du boulanger de Schönberg, Heinz Fichtl, ravi de trouver à la fois un gendre et un successeur. Antoine ne mit pas longtemps à s’intégrer à Schönberg. « Ma femme jouait du «Hackbrett» (de la cithare) et de la guitare. Elle m’a de suite emmené dans son association de danses traditionnelles. On m’a donné un pantalon de cuir. Et c’était parti ! » Bärbl et Antoine se sont mariés en 1994 et ont donné naissance à une famille de quatre filles, Nicole, Catherine, Nathalie, Lucia, et d’un fils, Philipp.

Lorsque je lui ai téléphoné il y a quelques jours, un dimanche matin, il était en train d’éplucher des pommes de terre pour cuisiner pour sa grande famille. Car le boulanger-star de Bavière aime aussi mitonner des plats. J’ai aimé entendre sa voix joyeuse, la même qui m’avait déjà marquée en 2003 lorsque, au retour d’une semaine en Autriche, je m’étais arrêtée à Schönberg, un village de 1050 âmes, en Basse-Bavière, à 80 km de Munich, en direction de Passau. Je voulais alors préparer l’émission de la série Sür un Siess dont il allait être l’invité et qui fut diffusée sur France Alsace le 3 décembre 2003. À son arrivée en mars 1994, il travaillait avec son beau-père et deux employés. Il était évident que cette grande masse de muscles et d’énergie qui développe dix idées à la seconde allait vite agrandir le fournil. L’aubaine était trop belle pour montrer que l’art alsacien de la boulange, fusionnant avec celui de Bavière, donnerait un cocktail à succès. Le fournil passa de 70 m² à un laboratoire ultramoderne de 300 m². Aujourd’hui, son enseigne Elsass-Bäcker emploie
72 personnes et sa chaîne compte sept boulangeries.

La passion du vélo a fait entrer Antoine Jung au Tour Alsace.
/ ©Wolfgang Glück

Véritable ambassadeur de l’amitié franco-bavaroise, ce passionné de vélo initia le jumelage Schönberg – Rittershoffen en été 2013 : deux cyclistes de son équipe ont couvert les 420 kilomètres qui séparent Schönberg de Rittershoffen. Ils furent accueillis pour les 40 derniers kilomètres par Christophe Kern, le champion cycliste de Rittershoffen. La fête se poursuivit par une soirée bavaroise dans la salle polyvalente de Rittershoffen. Antoine a participé aux cinq derniers « Tour Alsace », une course cycliste dans laquelle une forte amitié s’est développée entre les 400 bénévoles et les directeurs Francis Larger et Jean-Pierre Reverdy. Passionné comme tout Alsacien et tout Bavarois par les bretzels, Antoine inventa la « bretzel cycliste » (Radlbrezel) en forme de vélo. Une année, il emmena même un four à Sausheim, l’installant à côté de la mairie, au départ du Tour Alsace, pour y cuire des « bretzels cyclistes » fraîches pour les bénévoles et les spectateurs.

L’enthousiasme, le sens de l’entraide de celui que les Bavarois ont vite nommé der Elsass-Bäcker (le boulanger d’Alsace) furent vite connus à la ronde. Il participa dès sa venue en Bavière à de nombreuses œuvres caritatives, réunissant des sommes importantes pour faire avancer les recherches concernant les maladies cardiaques infantiles.

Pour la fondation Stiftung Kinderherz pour laquelle il se mobilise depuis dix ans, il a réuni 35 000 euros. L’argent est destiné à faire avancer les recherches du Deutsche Herzzentrum München pour sauver des enfants atteints de pathologies cardiaques. Son engagement pour les « enfants du cœur » fleurit à tout bout de champ et lui inspire des idées : ainsi, en 2017, il invita 180 personnes pour son 50e anniversaire. « Je n’ai pas voulu de cadeaux. Les invités ont fait don de 8000 euros pour la fondation ». L’an dernier, un car rempli de copains vint de Gaggenau chez lui à Schönberg. Antoine leur offrit de la bière à volonté et de la saucisse blanche bavaroise (dite Weisswurscht). Le groupe lui donna en remerciements 1000 euros de pourboires destinés à la fondation du cœur munichoise.

Par passion du vélo, il a inventé la « bretzel cycliste » dite Radlbrezel. / ©Wolfgang Glück

Pour fêter ses trente ans de présence en Bavière, Antoine a programmé un voyage de quelques jours en Alsace avec sa femme et avec les beaux-parents de leur fille Catherine. Ils fêteront leurs « noces de perle » au Royal Palace à Kirrwiller. En faisant visiter son Alsace adorée dont il est un chantre infatigable, Antoine n’oubliera pas de montrer, sur la route du vin, le vignoble situé le plus au nord, celui de Cleebourg, auquel il est attaché et qui n’est éloigné que d’une quinzaine de kilomètres de son village d’enfance.
Sa fierté réside dans le fait que son fils Philipp est devenu à son tour boulanger, puis pâtissier. Le temps de passer son brevet de maîtrise à Munich, et Philipp rejoindra d’ici un an la boulangerie familiale. Un bonheur arrivant rarement seul, ce printemps verra naître le premier enfant de sa fille Catherine.

En guise de conclusion, Antoine dit ces mots en alsacien : « Ich fühl mich Söjwohl, ich hàb soviel Glìck in dem Elsàss-Bayern Lawe. Was wìtt meh ? » Comprenez : « Je prends mon pied, j’ai tant de chance dans cette vie entre Alsace et Bavière. Que vouloir de plus ? »

Site d’Antoine Jung : elsassbaecker.com
Son blog pour ses actions pour la fondation des enfants du cœur :
www.stiftung-kinderherz.de/blog/aktuelles/antoine-toni-jung
Le site de la fondation des enfants du cœur : www.stiftung-kinderherz.de


Les infos en plus

  • Antoine Jung est aussi le héros de la BD Le fabuleux voyage d’un maître boulanger, scénario André Muller, illustrations Chris Guetat, parue en versions française et allemande aux éditions du Signe (2023) (un article à retrouver sur maxi-flash.com).
  • Antoine Jung a commencé la cuisson des brioches de Pâques bavaroises dites schönberger Osterfladen, qui sont proches des pains de Pâques alsaciens (dits Oschterbrot) encore préparés en quelques rares régions d’Alsace dont la région d’Erstein. Il vous en livrera la recette ici la semaine prochaine.
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