vendredi 24 mai 2024
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L’ami du prince de Marianne Jaeglé

Avec l’évidence des grands romans, ce livre nous invite à revisiter les dernières heures de Sénèque. Brillant. Éditions L’Arpenteur.

La seule chose que j’aurais envie de vous dire c’est de vous engouffrer dans ce texte. J’en suis ressortie avec la sensation de m’être frottée à la littérature dans ce qu’elle a de plus noble, le fond et la forme se faisant écho dans la plus parfaite harmonie. Ce récit a su harponner mon âme de lectrice.

Nous sommes à Rome. En ce 12 avril 65, Néron intime l’ordre à Sénèque de se donner la mort. Les heures sont comptées et avant de mourir il va les utiliser pour écrire une lettre à son fidèle ami Lucilius, dressant le bilan de ce que furent ces 15 années passées au côté d’un prince devenu despote. Et si ce discours a bien existé, il s’est perdu dans les siècles. Alors quoi de plus romanesque que de donner voix à ce que put laisser s’exprimer Sénèque, en se glissant dans la peau de ce personnage avec autant de talent ? De ces dernières heures, Marianne Jaeglé nous livre un texte maîtrisé et bouleversant. Dans ce moment où ne compte plus que la vérité, dans cette lumière rasante embrassant le Palatin, dans cette vie où le précepteur devint l’ami, presque le père, Sénèque va interroger sa responsabilité dans cette transmission qui n’a pas pris la tournure qu’il souhaitait lui donner, dans cette volonté première d’éduquer le prince à maintenir un Empire pacifié qui a échoué, dans cette barbarie qui a marqué son règne. En affrontant ses propres erreurs, il examine avec intelligence son impuissance, cherchant l’origine du mal dans cette incapacité à avoir pu changer le cours de l’histoire, même en étant au cœur du pouvoir. Et l’on embrasse les regrets d’un philosophe épris de vertu dont le savoir n’aura pu supplanter la férocité de caractère et le désir démesuré du pouvoir.

De quoi la transmission est-elle faite, de quels facteurs dépend-elle ? Vaste question qui poursuit le lecteur de bout en bout. Dans cette volonté de Sénèque de faire de la philosophie la meilleure arme pour faire croître le bien commun, on retiendra le destin d’un homme rigoureux et attachant, dont la seule erreur fut sans doute de ne pas comprendre à quoi rêvent les princes. Un grand roman aux échos si contemporains qu’il serait dommage de passer à côté !

Isa sur insta : L\’Odyssée des Mots

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