dimanche 23 juin 2024
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Ce jour-là j’étais là – Le révolutionnaire de la vallée de Wissembourg

Notre chroniqueur Ambroise Perrin nous propose pour cette rentrée une série qu'il intitule « Ce jour-là (en Alsace !) j'étais là... ». Chaque semaine une intrépide plongée littéraire dans des textes qui jalonnent l'identité de notre région. Cela commence toujours par une date précise pour raconter, avec un peu de dérision, une petite histoire. La littérature ayant le privilège de ne pas vérifier si tout est vrai, il reste l'essentiel, amuser les lecteurs de Maxi Flash.

Le lundi 13 juin 1791, c’est la fête à Wissembourg. J’ai invité mon collègue qui est maire également, Jacques Dillmann de Surbach. Lundi de Pentecôte de l’Ère-Nouvelle ! La Fête de la Liberté ! On va planter l’arbre symbolique sur la Grand’place ! Car le seigneur de Pierrebourg s’est enfui lorsque la Révolution a éclaté ! Quelle époque épique !

C’est Charles Althorffer qui raconte cette histoire de mes administrés. Son ancêtre wissembourgeois Jean-Christophe Scherer a consigné toute la vie locale dans un gros cahier, de l’arrivée de Stanislas Leszczynski en 1719 au mariage de sa fille Maria avec Louis XV en 1725 et à l’invasion des Pandours en 1744. Son fils a poursuivi ce journal jusqu’en 1841 ! Lui, Charles Althorffer, est né à Woerth en 1881, son père était tanneur à Wissembourg. Étude de théologie, pasteur notamment à Lembach, actif partout en Alsace dans le domaine social, francophile, député du Bas-Rhin en 1919, chargé des réfugiés à Périgueux en 1939, solidarité avec la communauté juive en 1944, il est élu maire de Strasbourg en 1955.

En 1956 il publie « l’Appel de la Vallée », un roman qui s’inspire du journal de ses ancêtres. L’intrigue est classique : Louis apprenti cordonnier est amoureux de Sidonie, la fille du Comte, mais pour ne pas partir soldat il traverse le Rhin. Il trouve du travail à Worms chez le bottier Lederer, qui a une fille, Apollonia, au regard malicieux. Le jeune homme poursuit son chemin, 70 lieues à pied, jusqu’à Hanau chez un autre bottier, maître Schwindenhammer, qui a une fille, la douce Anne.

Le temps passe et il a la nostalgie de sa vallée alsacienne. On apprend qu’à Paris une guillotine fait couler le sang à flot. Puis la bataille de Valmy est gagnée par le général alsacien Kellermann. Il paraît que toute la jeunesse de Wissembourg et environs s’engage alors dans l’armée du Rhin. Louis est tenaillé entre ses sentiments pro-français et sa sympathie pour les Allemands chez qui il travaille !

« Grand nigaud », lui souffle son patron, « ce n’est pas à nous, peuple allemand, que les Français révolutionnaires font la guerre ! C’est aux princes, aux tyrans et aux émigrés de la noblesse ! »

L’Appel de la Vallée, Charles Althorffer, 1956, éd. Oberlin

Ambroise Perrin

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