dimanche 23 juin 2024
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Ce jour-là, j’étais là – Les harengs du Frère Médard au FEC

Le lundi 4 septembre 1972, c’est la rentrée universitaire, mon premier jour en Fac à Strasbourg. Je suis arrivé en auto-stop de Haguenau, j’ai rempli les papiers au CUEJ, l’école de journalisme et à midi un copain étudiant me dit, pour les restaurants, tu as le choix : Gallia, Paul’Ap, l’Espla, –le mercredi jour de frites, Laure Weil, –parfois du couscous, le Stift, Pasteur ou le FEC.

Va pour le FEC, place Saint-Étienne ; à l’entrée un monsieur tout habillé de noir, très souriant sous de broussailleux sourcils, lance des bienvenus encourageants. C’est un religieux, me dit-on, le Frère Médard, de la congrégation de Matzenheim. Comme je n’ai pas de ticket, (je ne savais pas qu’il fallait les acheter au Crous, 13,50 francs le carnet de dix), le curé me dit alors d’aller au rab ! Le rabiot, c’est la sortie par où entrent les étudiants fauchés qui peuvent alors manger du « supplément » gratuitement. C’est aussi le rendez-vous des clodos.

Je croise alors Émile Baas, c’est mon oncle qui est prof de philo, il me présente au Frère Médard : ici il n’y a pas que le resto U, nous organisons aussi des conférences, viens la semaine prochaine, le thème sera « La deuxième gauche » par un jeune politicien qui monte, Michel Rocard. Et ce week-end, on t’invite au chalet du FEC au col de Steige, Germain Muller y présentera son nouveau « Barabli ».

Le Frère Médard me raconte qu’en 1925, il avait été nommé au FEC « provisoirement », et il était toujours là ! Il avait rassemblé des étudiants humanistes « qui parlaient le latin à en être fou » et qui s’engageaient à défendre les valeurs de la culture alsacienne et des institutions chrétiennes, « religion, famille, patrie ». Les jeunes du FEC voulaient dénoncer l’injustice sociale et défendre la liberté ; ils furent traités de « rouges » en 1936.

Au FEC on savait aussi chahuter : lancement de harengs lors de la visite de l’Évêque et arrosage des filles depuis les balcons de la salle des Ritter, les chevaliers d’Alsace. Que de bons souvenirs, me dit Frère Médard,
attendri.

Frère Médard, Mémoires, 1988, éd. Bueb et Reumaux

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